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Eurovision : pourquoi le concours s’exporte en Asie pour la première fois de son histoire

C’est une première en 70 ans d’existence. L’Union européenne de radio-télévision (UER) a officialisé, mardi 31 mars, le lancement de l’Eurovision Song Contest Asia. La finale se tiendra le 14 novembre à Bangkok, en Thaïlande, avec déjà dix pays participants. Derrière cette expansion inédite : un potentiel d’audience colossal, une volonté d’innovation et des enjeux culturels et politiques majeurs.

Logo Eurovision de 2025

Crédit : Harold Cunningham / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Yasmine Boutaba

C'est inédit. Après plusieurs tentatives avortées depuis 2009, le projet devient enfin concret. L’Union européenne de radio-télévision (UER) a confirmé la tenue de la première édition de l’Eurovision Song Contest Asia à Bangkok le 14 novembre 2026. L’ambition est claire : créer un événement fidèle à l’ADN du concours tout en reflétant "les voix, les identités et les ambitions de la région", déclare Martin Green, le directeur de l’Eurovision dans un communiqué de presse.

Dix pays ont déjà confirmé leur participation : la Thaïlande, les Philippines, le Népal, la Malaisie, le Laos, le Cambodge, le Bangladesh, le Vietnam, le Bhoutan et la Corée du Sud, berceau de la K-pop et de groupes mondialement connus comme les BTS, Blackpink ou Big Bang. D’autres nations pourraient rapidement rejoindre la compétition, dans une région qui compte 48 pays selon les Nations unies. À titre de comparaison, la version européenne réunit environ 35 participants.

Alors que nous célébrons le 70e anniversaire du concours Eurovision de la chanson, cela fait particulièrement sens d’ouvrir ce nouveau chapitre avec l’Asie, une région riche en culture, en créativité et en talent.

Pour Martin Green, directeur de l’Eurovision

Chaque pays devra organiser une sélection nationale pour désigner son représentant. Les artistes, en solo ou en groupe, devront présenter une chanson originale et l’interpréter en direct à chaque étape.

Un potentiel d’audience cinq fois supérieur à l’Europe

L’un des principaux moteurs de ce lancement est économique et médiatique. Les organisateurs espèrent attirer jusqu’à 600 millions de téléspectateurs pour la finale asiatique, soit près de cinq fois plus que les 160 millions ayant suivi la dernière édition européenne, remportée par l’Autrichien JJ.

"Notre ambition est de créer un spectacle qui reflète l’énergie créative de l’Asie, où artistes et fans interagissent de manière nouvelle et profonde", explique dans un communiqué Peter Settman, directeur de Voxovation, société productrice cité par BFMTV.

L’Eurovision Asia pourrait ainsi devenir l’événement non sportif le plus regardé au monde, renforçant considérablement la portée internationale de la marque Eurovision.

Une innovation pour offrir de nouvelles expériences pour le public

Cette déclinaison asiatique s’inscrit aussi dans une stratégie d’innovation. Comme pour l’édition européenne 2026, prévue en mai à Vienne pour les 70 ans du concours, l’interactivité sera au cœur du dispositif.

Les fans pourront échanger avec les artistes et rejoindre des communautés de fans via une plateforme numérique dédiée, baptisée "Zoop". Une manière de renouveler l’expérience et de séduire un public plus jeune et connecté.

Un outil de soft power pour certains pays

Au-delà du divertissement, l’événement porte aussi des enjeux d’image. Pour certains pays participants, comme la Malaisie ou le Népal, régulièrement critiqués par des ONG, cette vitrine culturelle représente une opportunité de "soft power" : se montrer sous un jour plus attractif sur la scène internationale.

Les organisateurs insistent néanmoins sur la dimension fédératrice du projet. "Bangkok est un lieu où tradition et innovation se nourrissent mutuellement. C’est l’esprit même de l’Eurovision", souligne Chuwit Sirivajjakul, de l’Autorité thaïlandaise de tourisme cité par 20 Minutes.

Une concurrence géopolitique en toile de fond

Le lancement de cette version asiatique intervient également dans un contexte géopolitique tendu. En 2022, la Russie a été exclue du concours après son invasion totale de l’Ukraine. Israël, aussi, a fait face à des appels pour être exclu du concours et un boycott à cause de sa guerre à Gaza. L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont tous deux participé au concours alors qu’ils étaient engagés dans un différend de plusieurs décennies autour de la région du Haut-Karabakh.

Ces conditions créent, inévitablement, des rivalités culturelles. Le concours pourrait faire de l’ombre au Concours Intervision de la chanson, relancé récemment sous l’impulsion de Vladimir Poutine comme alternative à l’Eurovision, dont la Russie est exclue depuis 2022.

Prévue en 2026 en Arabie saoudite, cette compétition peine encore à rassembler, avec peu de pays confirmés. Pour le moment, seuls le pays hôte, la Russie, le Bélarus et le Brésil ont confirmé leur participation. Certains, comme la Thaïlande ou le Vietnam, pourraient alors privilégier l’Eurovision Asia, ce qui pourrait affaiblir l’influence culturelle que Moscou cherche à développer. 

Si l’enthousiasme de cette exportation de l'Eurovision en Asie est réel, le succès n’est pas garanti. L’UER avait déjà tenté d’exporter le concept aux États-Unis en 2022 avec l’American Song Contest diffusée sur la NBC, avec la participation des 50 États et de plusieurs territoires américains, sans parvenir à installer durablement le format. L'édition n'a pas été renouvelée l'année suivante.

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