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Willylancien, artiste IA.
Crédit : Capture d'écran Instagram
Cagoule sur la tête, oreilles de lapin, identité inconnue : Willylancien n’est pas un artiste comme les autres. Ses morceaux sont générés par intelligence artificielle, ses clips composés d’images de films ou créées, elles aussi, par IA. Une production à coût quasi nul, mais qui a trouvé son public.
Avec environ 20.000 abonnés sur Instagram, plus de 75.000 sur TikTok et près de 250.000 auditeurs mensuels sur Spotify, il s'est imposé rapidement avec un style hybride, entre les univers de Tiakola, Théodora et Naza. Son titre Magique, devenu une signature, écouté plus d’un million de fois, a rencontré un succès notable en France et à l’étranger.
Le lundi 20 avril, une étape décisive a été franchie : le morceau est entré en playlist sur les antennes de Skyrock à Casablanca et Alger. Une première pour un projet reposant largement sur l’IA. Le directeur de la radio, Laurent Bouneau, l'a lui même annoncé sur son compte X, et a assumé ce choix auprès de Franceinfo : "Ce qui m’importe, c’est l’émotion que les gens ressentent face à une œuvre, même générée par l’IA", a-t-il exprimé.
L’annonce a immédiatement fait réagir. Skyrock n’avait encore jamais programmé un tel projet et sur les réseaux sociaux, les avis sont divisés. Certains ont salué la qualité du morceau : "Quand j’écoute Willy l’ancien, j’arrive à percevoir l’humain à travers l’IA", ou encore "vous pouvez pas nier que le son est très très bon". D’autres ont dénoncé une menace pour la création : "On va aller voir des robots en concert ?", "l’art est mort", ou encore "l’IA n’apporte pas de musicalité nouvelle". Tandis que d'autres ont tenté de nuancer : "Au début, les gens repoussent les nouvelles technologies, mais ils s’y habituent toujours" a écrit un autre.
La question a rapidement dépassé le simple jugement esthétique. Elle a touché à la définition même de l’art. "Il y a une énorme différence entre utiliser l’IA comme outil et remplacer un artiste", a résumé un internaute.
Si certains internautes ont réduit les sons à "de l'IA", le chercheur François Pachet, ancien directeur de Spotify contacté par RTL.fr a rappelé que ces créations ne sont jamais totalement autonomes : "Aujourd’hui, il n’y a pas d’IA qui fasse de la musique à partir de rien". Derrière chaque morceau, il y a des prompts, des choix, parfois des modifications humaines. Cette "contribution humaine significative" reste essentielle, notamment pour les questions de droit d’auteur, même si la frontière reste floue.
Si le succès fait beaucoup parler, le mystère autour de Willylancien alimente davantage le phénomène. Sur TikTok et X, les hypothèses sur son identité se sont multipliées : certains ont pensé au créateur de contenus "Le Motif" suivi par plus de 840.000 abonnés, pour avoir fait la plaidoirie de l'artiste. Dans une vidéo largement relayée, il s'est réjoui : "Pour moi Willy l’ancien est le meilleur artiste de 2026". Avant d'ajouter : "la création musicale a toujours été la première forme artistique à s’adapter aux nouveaux courants technologiques". D’autres ont supputé qu'il s'agissait de l'artiste Will Zamm puisque des rapprochements entre leurs textes ont été faits.
Une chose est sûre, de nombreux indices ont penché vers une production qui reste largement automatisée. Le média Tarmac a analysé l'un des titres de Willylancien avec cinq outils de détection (The ghost production, AHA Music, Hive Moderation dashboard, Submit Hub et letssubmit) : quatre ont conclu à un usage de 70% d’IA. Deezer a également signalé que certains morceaux de l’album Demain c’est vide avaient été générés par intelligence artificielle. Sur Spotify, aucun crédit n’a été renseigné. Aussi, sur la pochette de l'album, le média a repéré des anomalies typiques des contenus générés, comme le fait que l'une des personnes sur la couverture ait six doigts.
IA ou pas, l'artiste n'a cessé de fasciner sur les réseaux sociaux. C’est le cas du créateur de contenus et artiste "Docteur.yaro", suivi par plus de deux millions d’abonnés, qui s’est lancé dans une tentative de faire "mieux que l’IA".
D'autres se sont amusés sur ce succès.
"'Est-ce qu’il y a de l’IA' est devenue une question obsolète aujourd’hui. La vraie question, c’est : est-ce que ça touche des gens ?"
François Pachet, expert en intelligence artificielle musicale
Mais pour François Pachet, expert en intelligence artificielle musicale, la question du recours à l'IA est déjà dépassée : "'Est-ce qu’il y a de l’IA' est devenue une question obsolète aujourd’hui. La vraie question, c’est : est-ce que ça touche des gens ? Et à mon avis cette musique touche".
Poser la question de la "préparation" avant le rendu final importe peu face au produit fini. "C'est comme manger un plat, on va surtout juger le goût, on ne va pas se demander si le produit était bio ou pas".
Selon lui, seuls les professionnels perçoivent encore certains "artefacts de production", de plus en plus imperceptibles pour le grand public.
Contrairement à l’idée d’un contenu "au rabais", l’expert a insisté sur un point : "La qualité musicale est au niveau d’une majorité de la production humaine". L’IA ne crée pas "un choc comme dans l’histoire de la musique, comme les Beatles (...) Mais elle est largement au niveau de la majorité de la musique actuelle (...) il faut reconnaître que l’IA touche".
Pour François Pachet, l’IA ne fait finalement qu’accentuer un phénomène déjà existant : produire des titres calibrés, capables de plaire aux auditeurs. Pour les radios, la logique reste inchangée : diffuser ce qui fonctionne. "Les radios vont passer des titres qui marchent, autrement dit qui plaisent à l'audience, elles s’en foutent que ce soit de l’IA ou pas", a résumé François Pachet.
L’entrée de Magique en playlist, même limitée à l’Afrique du Nord, s’inscrit dans une tendance plus large a rappelé le spécialiste. Aux États-Unis, des titres générés par IA ont déjà atteint les premières places des classements.
Le succès de Willylancien a aussi révélé une mutation du rapport à la musique. Si certains ont cherché encore à savoir "qui est derrière", d’autres s’en sont détachés. "On n’a pas besoin de savoir, on est juste habitués", a observé François Pachet. "Les ados s’en foutent. La question, c’est : est-ce que la musique me plaît ?".
Il s'est souvenu qu’avant Internet, les auditeurs découvraient déjà des morceaux sans connaître leurs auteurs. L’attachement à une œuvre ne passait pas forcément par une identité. " Il y a une cinquantaine d'années on écoutait un titre, on ne savait pas qui il y avait derrière parce qu'il n'y avait pas internet. On écoutait des groupes et sur la couverture il n'y avait aucune d’information sur eux. En fait, on se posait des questions seulement dès lors que la musique nous touchait".
Reste une limite majeure : l’IA peine encore à créer de véritables ruptures artistiques. "Les musiques générées restent très typées, elles ne cassent pas les codes, elles restent dans des styles établis", a souligné l’expert. Mais cette situation pourrait évoluer. "Je pense que c’est possible de créer de nouveaux styles à l’avenir. Là, ce sera complètement acté".
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