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Isabelle Morini-Bosc : "Les témoignages sont impératifs à condition qu'ils aient un intérêt"

Isabelle Morini-Bosc s'interroge sur le devoir du journaliste, qui doit remplir l'écran et composer avec des témoignages qui ne sont pas toujours pertinents.

La redevance TV pourrait être élargie aux nouveaux écrans
La redevance TV pourrait être élargie aux nouveaux écrans
Crédit : AFP
Isabelle Morini-Bosc

Les reprises, c'est toujours nécessaire et pas seulement dans le domaine de la couture. Les reprises télé sont ainsi très attendues : elles permettent aux chaînes (qui en tout cas le croient) de repartir d'un bon pied, ou plutôt d'un bon point, ces points d'audience qu'elles veulent engranger tout en jurant ne pas être obsédées par Médiamétrie.

Mais bien sûr. Il suffit de regarder avec quelle ardeur elles ont toutes présenté sous leur meilleur profil leurs parts de marché d'été. Un été à la télé sur lequel j'aimerais également m'attarder une dernière fois, moi qui, en Haute-Savoie, ai beaucoup nagé à contre-courant dans le lac Léman et beaucoup regardé ensuite les programmes d'été.

Écran total en journée, écran télé en soirée. Une soirée commençant bien sûr par l'information et par des JT qui, soit dit sans vouloir faire de vagues (Léman ou pas), ont nourri ma réflexion. 

Le moins que nous puissions faire est de leur donner l'appellation de victimes.

Isabelle Morini-Bosc

Un exemple ? Prenons les dramatiques incendies qui viennent de ravager des milliers d'hectares en France. Pas besoin de voter Europe Écologie - Les Verts pour relever cette expression exaspérante que j'ai entendue rabâcher durant 2 mois : "l'incendie n'a fait aucune victime". Aucune victime, est-ce bien certain? Aucune "victime humaine", dieu merci oui... mais pour le reste ? 

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Ce ne sont pas des victimes, les arbres qui paient un si lourd tribut à la vie moderne ? Ce ne sont pas des victimes, tous les animaux qui participent, quand on les laisse vivre, au maintien d'un écosystème utile à tous, et bien sûr en premier lieu à nous les Hommes ? Je veux bien croire qu'elles n'émeuvent pas grand monde, les malheureuses tortues qui restent coincées et crament, mais comme elles vivaient et qu'elles ne vivent plus, le moins que nous puissions faire est de leur donner cliniquement l'appellation de victimes. À elles comme aux autres espèces. 

Le problème des témoignages à la télévision

Et côté enquêtes, que dire du travail d'excellents reporters envoyés sur les lieux d'un drame à couvrir mais trop souvent condamnés à interroger n'importe quels locaux parce qu'il faut coûte que coûte assurer l'antenne et rassurer les rédacteurs en chef. Bien sûr que les reportages et les témoignages sont impératifs. À condition que les intervenants aient un vrai lien avec le fait divers, l'incident ou l'accident qui s'est produit. Qu'ils aient au moins vu, entendu. Que leur apport ait un intérêt quel qu'il soit. 

C'est le devoir du journaliste de ne pas garder de telles phrases à l'antenne.

Isabelle Morini-Bosc

C'est, hélas, loin d'être toujours le cas. On ne compte plus le nombre de témoins qui ne l'ont en fait quasiment pas été, voire qui ne le sont que par oui dire, et qui s'affichent traumatisés par principe. Je me souviens de cette voisine recherchant la caméra et disant d'une femme affligée par la perte d'un proche, "c'est exactement comme si cela m'était arrivé à moi". Mais non, ayons la pudeur de ne pas nous approprier une insoutenable douleur "à vie", dont nous n'avons pas le droit de dire qu'elle est la nôtre. 

C'est alors le devoir du journaliste de ne pas garder de telles phrases à l'antenne. Suis-je en train de mettre en accusation toute la population française ? Évidemment non. Je m'interroge simplement sur notre responsabilité à nous, les médias, qui avons des écrans à remplir et qui devons compenser et composer quand nous n'avons pas les scoops demandés. 

Des témoignages sensés

Cela n'en rend que plus remarquables les vrais témoignages sensés et sensibles, comme celui proposé hier dans Sept à huit. On y découvrait ce père de deux garçons qui, encore hospitalisé suite à l'attentat de Barcelone, rendait hommage avec une infinie délicatesse aux bénévoles ayant secouru sa famille. Cet homme pudique avait des choses à dire et il les disait remarquablement bien, ce qui changeait des malheureux qui n'ont rien à dire et qui, donc, le disent forcément mal. Parce qu'on le leur demande. 

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