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VIDÉOS - "Love", "Girls", "Broad City", "Inside Amy Schumer"... Quand les séries comiques détruisent les clichés féminins

DÉCRYPTAGE - Blagues vaseuses, addictions et corps imparfaits : les nouvelles séries comiques américaines avec des personnages principaux féminins s'attaquent au mythe de la femme parfaite.

La série "Girls" bouscule les codes des séries comiques et dramatiques américaines
La série "Girls" bouscule les codes des séries comiques et dramatiques américaines Crédit : Home Box Office, Inc. All rights reserved
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

L'heure est à la révolution pour le petit écran américain. Ces dernières années sont apparues de nombreuses séries comiques centrées sur des personnages féminins plus réalistes, aux personnalités complexes et à la langue bien pendue. On pense notamment à Girls, créée par Lena Dunham en 2012, Inside Amy Schumer, suite de sketchs hilarants par la comédienne du même nom, Broad City, du duo sans tabou formé par Illana Glazner et Abbi Jacobson, ou encore, Love, de Judd Appatow où le romantisme en prend un sacré coup.

Dans ces nouvelles séries, les héroïnes sont sans fard, les corps ne sont pas "parfaits", le sexe n'est pas idéalisé, et surtout, la quête du prince charmant a disparu, alors qu'elle était l'apanage de Sex and the City, la référence en matière de série "girly" et comique. Épisode par épisode, la télévision américaine met à mal les clichés féminins entretenus depuis longtemps, et montre que les femmes peuvent être tout aussi "trash" que les hommes, et en être drôles. 

Des corps réalistes

L'une des caractéristiques réunissant la majorité de ces nouvelles séries est la présence de personnages féminins principaux aux corps "réalistes", au sens où ils ne correspondent pas aux canons de beauté hollywoodiens.

Girls
 a notamment attiré l'attention par le fait que Lena Dunham (créatrice, co-scénariste, co-réalisatrice et actrice principale de cette série démarrée en 2012 et produite par Judd Appatow) apparaisse souvent nue, "malgré" son embonpoint, et pas toujours à l'occasion d'un rapport sexuel. "C’est important", avait estimé Martine Delvaux, auteure de l’essai Filles en série, auprès de Girls.fr. "Parce que c’est un corps que la télé ne montre jamais nu. Et qu’elle le fait ici de façon ‘ordinaire’, hors de la ‘grande histoire d’amour’ ou la grande scène de sexe torride. On voit ce corps faire toutes sortes de choses, banales et moins banales."

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"Girls" Season 1 - First Trailer

Son physique est devenu l'une des obsessions des critiques de Girls, tant il détonne dans le paysage télévisé américain. Lorsque son personnage vit une aventure passionnée avec un homme très beau et riche, dans la saison 3, bon nombre d'internautes et de médias, dont les réputés Entertainment Weekly et Esquire, ont jugé cette histoire "irréaliste". Il ne leur semblait pas possible qu'une femme avec le physique de Lena Dunham puisse attirer un belâtre tel que Patrick Wilson (The Conjuring : Les Dossiers Warren, Fargo).

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La comédienne Amy Schumer, qui a sa propre série humoristique, Inside Amy Schumer, a aussi affronté ce genre de considérations déplacées : "Je pèse 73 kilos, et je peux avoir n'importe quel homme", a-t-elle déclaré en recevant le prix de Femme de l'année 2015 par le magazine Glamour

Dans Broad City, Ilana Glazer et Abbi Jacobson jouent deux jeunes meilleures amies New-yorkaises délurées, au physique aussi "atypique". Abbi travaille en tant que femme de ménage dans un club de sport de Manhattan, et rêve d'y devenir coach, alors qu'elle n'est pas "taillée" comme une sportive. L'une des blagues récurrentes de Broad City est qu'Illana, par ailleurs bisexuelle, dit souvent à Abby qu'elle est sexy. Les deux jeunes femmes n'ont pas besoin de compliments masculins pour se sentir bien dans leur peau.

Le couple n'est pas la norme

D'ailleurs, les femmes telles qu'elles sont montrées dans les récentes séries comiques américaines ne cherchent pas forcément à être en couple. Dans Broad City, Illana fréquente un dentiste, mais a aussi des aventures d'un soir. [Spoiler] Elle ne s'indigne pas lorsque son "petit ami" lui avoue être amoureux d'une autre. Abbi est quant à elle montrée comme une éternelle célibataire, un type de personnage fréquent, mais elle ne rêve pas pour autant du prince charmant. Elle et Illana forment un "couple" à part entière, qui partage tout sauf le lit. 

Dans 30 Rock, série créée et réalisée par Tina Fey, son personnage de productrice télévisée enchaîne les relations et les déconvenues amoureuses, mais ne s'en désespère pas. Au contraire, elle cultive un côté "ermite préférant passer la soirée seule sous un plaid à déguster du fromage". Très épanouie dans son travail, elle y trouve suffisamment de satisfaction et d'accomplissement personnel pour ne pas ressentir de manque affectif. 

Le cas de la série Love est plus compliqué. Cette série récemment proposée par Netflix et produite par Judd Appatow (encore lui), s'intéresse à la rencontre entre Mickey (jouée par Gillian Jacobs), productrice à la radio au tempérament instable, et Gus (Paul Rust), timide professeur. L'intrigue démarre par la rupture entre Mickey et son petit-ami immature. Peinée, elle se demande si elle parviendra un jour à trouver le vrai amour. Au fil des épisodes, on découvre cependant que Mickey n'est pas le cliché de la jeune femme romantique avide de grands sentiments

Des héroïnes complexes

Ces héroïnes ont non seulement un physique imparfait, mais aussi, une personnalité pleine de défauts. Sauf qu'il ne s'agit pas de clichés, comme "la jalouse" ou "l'hystérique". Désormais, les côtés négatifs sont plus subtils. Mickey, de Love, se dévoile au fur et à mesure de la première saison comme une toxicomane dépressive et égoïste. Rongée par ses angoisses et addictions, elle a tendance à fuir les relations, ou les saboter. Peu à peu, Mickey n'apparaît plus comme "la fille canon et rebelle" du premier épisode, mais comme une femme aux fêlures compliquées.

[Spoiler] Dans Master of None, autre série comique de Netflix, cette fois imaginée par le brillant Aziz Ansari (Parks & Recreation), Rachel (Noël Wells) semble être la fille mignonne et cool par excellence. Gentille, drôle, séduisante "sans en faire trop", elle a l'air d'être "le gros lot". Mais son idylle avec Dev (Aziz Ansari) ne dure qu'un temps, jusqu'à ce que la lassitude s'installe et que ses besoins passent avant son couple.  

Que dire des protagonistes de Girls ? Elles se retrouvent plus définies par leurs défauts, souvent insupportables, que leurs qualités. Hannah est égocentrique et manipulatrice, Marnie est snob, Shoshanna est superficielle, tandis que Jessa est impulsive et indigne de confiance. Au sein d'une saison, voire même, d'un épisode, les filles de Girls prennent souvent de cours le spectateur en ayant des attitudes ou prises de position inattendues. La trame de la série se base sur l'idée que la vie se construit en partie sur des décisions irrationnelles.  [Spoiler] Comme le choix de Marnie de se lancer dans la musique, un milieu instable tranchant avec ses origines bourgeoises et sa propension à vouloir tout contrôler. 

Un humour "trash"

Au-delà des défauts et personnalités complexes, les personnages féminins des séries comiques en vogue sont forcément trash. C'est notamment le cas pour Inside Amy Schumer, série de Comedy Central qui enchaîne les sketchs autour d'Amy Schumer. L'un des plus virulents est la chanson Milk Milk Lemonade, où elle se moque des clips musicaux obsédés par les postérieurs féminins, rappelant "C'est de là que vient mon caca". 

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Inside Amy Schumer - Milk Milk Lemonade

Broad City comporte aussi son lot d'humour sans fard. Illana et Abbi boivent beaucoup, consomment régulièrement de la drogue, mais de manière récréative. L'ébriété ne fait qu'accentuer leur tempérament sans gêne. Elles se retrouvent dans des situations improbables, commec celle où la timide Abbi se voit proposer par son flirt de le pénétrer avec un gode-ceinture. Après l'acte, la jeune femme ne sait pas quoi en faire, et décide de le placer ni vu ni connu dans le lave-vaisselle de son partenaire. 

Ces personnages féminins sont drôles parce qu'ils prennent à bras le corps des ressorts comiques "sous la ceinture" d'ordinaire réservés aux hommes. Or, la société ne s'attend pas à ce genre d'humour de la part d'une femme. Broad City et Inside Amy Schumer provoquent un rire à la fois spontané et plein de gêne, presque cathartique. 

Une bonne dose de féminisme

La plupart des nouvelles séries comiques au casting majoritairement féminin ont une philosophie féministe, plus ou moins appuyée. Certains sketchs d'Inside Amy Schumer inversent les rôles masculins-féminins. Dans "Lunch at O'Nutters", une bande de copines se rend dans un restaurant où les serveurs portent des tenues moulant leur entre-jambes. Le seul homme à table est mal à l'aise. Une manière de singer la chaîne de restaurants américaine Hooters, dans laquelle les serveuses, toujours sexy, affichent un décolleté plongeant et des mini-shorts.

"Je suis fière de dire que je suis féministe. C'est pour cela qu'aujourd'hui, je lance mon premier gang-bang, pour prouver que les femmes ne sont pas des objets. Messieurs : vous ne pénétrez pas nos vagins, nous engloutissons vos pénis", dit Amy Schumer au début du sketch "Gang Bang", avant de se dégonfler quelques instants plus tard. Dans "Last F**kable Day", elle se moque du diktat de la jeunesse, à cause duquel les actrices au-delà d'un "certain âge" ne sont plus considérées comme sexy. La comédienne s'invite à un repas entre Patricia Arquette (Médium), Tina Fey (30 Rock) et Julia Louis-Dreyfus (Veep), qui se disent "soulagées" de ne plus être vues comme attirantes depuis qu'elles ont dépassé la quarantaine. 

Dans Broad City, le féminisme est plus subtil, et se détecte au détour d'une réplique cinglante. Alors que des inconnus leur reprochent de ne pas sourire quand ils les abordent dans la rue, Abbi et Illana dessinent un rictus du bout de leurs majeurs. Par ailleurs, la seconde encourage toujours sa meilleure amie à dépasser sa "condition" de femme, comme avec l'expérience du gode-ceinture. Dans la dernière saison, elle frôle l'orgasme en se retrouvant dans l'équipe de campagne de Hillary Clinton, présentée comme une femme forte.

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Broad City - Hello, Hillary

Concernant Girls, si Lena Dunham est une féministe assumée (de sa newsletter féministe à son soutien envers Hillary Clinton), la série ne se revendique pas comme telle. Elle peut cependant être considérée féministe au sens où ses personnages ne cherchent pas le prince charmant, assument leurs défauts, acceptent leur corps et cherchent ce qui les épanouit le plus. Quitte à se casser les dents à plusieurs reprises. 

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2016-03-26 13:00:00
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