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"The Batman" : un film noir brutal où justice et vengeance s'opposent avec brio

NOUS L'AVONS VU - Robert Pattinson reprend le costume du justicier nocturne. Trois heures d'un thriller percutant dans les ténèbres de Gotham. Notre critique sans spoiler.

Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

La nuit, la pluie, le danger. Omniprésents. Gotham City est probablement le personnage le plus fascinant du nouveau film The Batman réalisé par Matt Reeves. Cette nouvelle réinterprétation des aventures de Bruce Wayne, incarné désormais par Robert Pattinson, fait la place belle à la ville maudite directement inspirée par New York.

De tous les films sur Batman, ce The Batman qui sortira en salles le 2 mars 2022, est certainement l'un des plus efficaces dans la création d'une atmosphère. Il faut dire que le réalisateur dispose de près de trois heures pour installer son univers. On ne nous présente plus le milliardaire ténébreux Bruce Wayne qui se transforme pour combattre le crime, on met en avant un univers, une ville montre où chaque ruelle est un coupe-gorge et où chaque rencontre peut être la dernière. 

The Batman n'est pas un film de super-héros comme les autres. Vous ne trouverez pas l'humour des films Marvel ou même le style des productions DC Comics de ces dernières années. Pas de violence joyeuse à la Suicide Squad, d'héroïsme triomphant à la Wonder Woman ou de grande fresque plus ou moins bancale à la Justice League. Ici on conçoit un nouvel univers avec ses codes esthétiques propres. Un film qui emprunte d'ailleurs bien plus au film noir avec détectives ripoux, mafieux et âmes torturées qu'au film de super-héros bondissant. 

Un nouveau Batman convaincant

The Batman, malgré la jeunesse relative de son interprète, n'est pas vraiment une "origin story" non plus. Matt Reeves nous épargne la crise existentielle de Bruce Wayne et les flash-back. Batman est un personnage installé, nul besoin de le présenter. Son trauma d'enfance est évoqué intelligemment à travers une autre affaire criminelle. Le parallélisme fonctionne à la perfection pour offrir à Bruce Wayne l'occasion de fendre l'armure. Il combat le crime la nuit pour tenter d'inverser le sentiment d'insécurité et l'instiller sous les crânes des criminels. C'est ce rapport de forces tout psychologique qui est au cœur de l'intrigue. La menace, les tensions, la peur et, bien sûr, la violence sont des ingrédients du cocktail The Batman

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Mettons-nous d'accord sur une chose : le casting est vraiment convaincant. C'est souvent l'inquiétude première des fans et du public : Robert Pattinson fait-il un bon Batman ? La réponse est oui. Il s'agit-là d'un Batman sérieux, obnubilé par sa mission et son code moral bien à lui. Le film laisse un peu de côté le Bruce Wayne playboy profitant le jour de son immense fortune. Zoë Kravitz est merveilleuse en Selina Kyle, alias Catwoman. Vénéneuse, amie fidèle mais toujours très fragile. The Batman fait un bel effort pour mettre en valeur ses personnages secondaire : Jeffrey Wright fait un très convaincant James Gordon qui trône au milieu d'une police corrompue ou dépassée par les événements. John Turturro et Colin Farrell (méconnaissable) sont d'excellents antagonistes dans les rôles des mafieux Carmine Falcone et du Pingouin. 

Mais puisque l'on parle des méchants, autant s'arrêter sur la prestation absolument terrifiante de Paul Dano qui joue Edward Nashton plus connu sous le titre de l'Homme-Mystère. Ici on ne retrouve pas le costume vert traditionnel du personnage avec son chapeau et sa canne. Seules les lunettes et le goût immodéré du personnage pour les énigmes et les points d'interrogation ont été conservés. Il est le méchant principal du film et a tout du tueur en série psychopathe qui mène en bateau nos héros tout au long du film. En ce sens, on a parfois plus l'impression d'être dans l'ambiance sombre et énigmatique d'un Seven ou Zodiac. Ses alliés (et nous n'en diront pas plus) disent aussi quelque chose d'une frange radicale de l'Amérique d'aujourd'hui. Dans ce registre, on retrouve un peu du propos du Joker de Todd Philipps avec Joaquin Phoenix. 

Action et perversité

Mais en trois heures, il y en aura pour tout le monde. Des plans audacieux et des jeux de lumières et de couleur pour les esthètes. Une intrigue presque policière pour les amateurs de polars. Des liens personnels très bien amenés, avec une belle subtilité entre les personnages, on pense notamment au trio Batman/Catwoman/Gordon. Mais il y a, bien sûr, de l'action

Pour cette dernière catégorie, on trouve un peu de l'âme de Nolan (The Dark Knight) dans la gestion de ces scènes. Les méchants sont brutaux voire vicieux. L'Homme-mystère et sa tenue presque BDSM, sa respiration saccadée et son esprit génial mais profondément dérangé, provoquent un malaise intense. Sa façon d'avoir presque toujours un coup d'avance provoque une frustration très plaisante. Batman lui utilise sa force, ses gadgets et sa détermination mais à aucun moment l'action ne parait artificielle. Mieux encore, Batman n'est pas du tout présenté comme un super-héros indestructible à la Superman. Chaque saut, chaque chute, chaque coup est un risque pour notre solide - mais pas invulnérable - Robert Pattinson. Une cascade particulièrement brutale vient d'ailleurs asseoir le statut très humain de notre héros. Vous ne pourrez pas faire autrement que d'échapper un "Ouch !" dans la salle de cinéma. 

Pour les thèmes, The Batman reste dans une vaste réflexion sur le conflit entre vengeance et justice qui est la colonne vertébrale de cette œuvre. Le film n'est jamais lourd dans son propos. Il privilégie l'action au bavardage et c'est heureux. The Batman n'est pourtant pas un choc ou une réinvention hors du commun. Tout fonctionne, le désespoir final est saisissant mais on aurait sans doute aimé un petit je-ne-sais-quoi en plus.

Mais on peut espérer un souffle supplémentaire dans la saga qui pourrait arriver des prochaines années et dont The Batman ne serait que la fondation. Toutes les pièces sont positionnées pour construire quelque chose qui devrait plaire aux fans et au grand public, particulièrement ceux qui ne veulent plus des batailles cosmiques ou magiques de l'univers Marvel par exemple.

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