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Le film "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", plaidoyer anti-raciste ou catalogue de préjugés ?

Le film "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?", est-il un plaidoyer anti-raciste efficace ou un catalogue de préjugés? Des chercheurs et spécialistes du secteur nous éclairent.

Christian Clavier et Chantal Lauby dans "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?"
Christian Clavier et Chantal Lauby dans "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?"
Crédit : UGC distribution
La rédaction numérique de RTL & AFP

Plaidoyer efficace pour un rapprochement des cultures selon les uns, accumulation de clichés racistes pour d'autres, la comédie "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?", qui domine actuellement le box-office français, reste un simple divertissement, éloigné de la réalité de la société actuelle, selon des sociologues.

Le film, qui a franchi cette semaine les cinq millions d'entrées en salles, introduit le spectateur dans la famille Verneuil dont les parents, catholiques provinciaux bon teint, ne voient pas vraiment d'un bon oeil leurs quatre filles épouser un Juif, un Arabe, un Chinois et un Noir.

"En France, le communautarisme est d'abord celui des Blancs"

Les déjeuners familiaux se transforment en catalogue de préjugés sur les différentes communautés. Un sujet périlleux et certains critiques se sont d'ailleurs émus de l'ambiguïté du propos, qui pourrait banaliser le racisme. "Le film donne une vision inversée de la société en décrivant une famille bourgeoise multiculturelle alors que les mariages mixtes, en France, se rencontrent plutôt dans les classes populaires", analyse Eric Fassin, sociologue à l'Université Paris 8.

"On est plus dans le fantasme que dans le réel car on décrit un communautarisme des non-Blancs. Or, en France, le communautarisme est d'abord celui des Blancs, les non-Blancs vivant entre eux non par choix mais par un phénomène de ségrégation", relève-t-il aussi.

"Il ne s'agit pas d'un "film militant mais bien d'un divertissement"

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Pour son réalisateur, Philippe de Chauveron, ce film est avant tout un moyen de "dynamiter" les préjugés d'où qu'il viennent. Il ne veut pas "porter de message" politique mais "parler de tolérance", assure-t-il à l'AFP. Il note d'ailleurs que "le film marche aussi fort à Neuilly qu'à Rosny-sous-Bois et que les gens rient au même moment".

"On savait avec Guy Laurent, mon scénariste, qu'on s'attaquait à un sujet sensible. On s'est dit tout de suite qu'il ne fallait surtout pas en avoir peur et s'autocensurer. Alors on traite tous les personnages à égalité", explique le cinéaste. Il ne s'agit pas d'un "film militant mais bien d'un divertissement(...). Il joue sur des sentiments de la vie quotidienne placés dans des situations inhabituelles, voire cocasses", estime le sociologue Eric Donfu.

Comparaison avec Rabbi Jacob

Pour Patrick Lozès, premier président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), le film pourrait même "avoir sur la société française le rôle joué aux États-Unis par 'Devine qui vient dîner' " (sorti en 1967) où un brillant médecin noir, interprété par Sidney Poitier, épouse une jeune fille blanche issue de la bourgeoisie.

Loin de véhiculer un quelconque racisme, "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?" "vaut à lui tout seul des dizaines de spots et de campagnes antiracistes devenues inefficaces", affirme-t-il. Par les thèmes qu'il aborde (le racisme, les préjugés), "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?" est aussi comparé à Rabbi Jacob. Le personnage incarné dans les années 1970 par Louis de Funès est d'ailleurs cité dans les dialogues du film.

"Sept à dix millions d'entrées" visées

Sorti le 16 avril, il a déjà battu le record du nombre d'entrées en deux semaines pour un film français depuis 2011, même s'il a pu bénéficier des vacances scolaires, du pont du 1er mai et du mauvais temps. Plus inhabituel toutefois, selon les spécialistes, le nombre d'entrées continue d'augmenter après trois semaines d'exploitation.

"Le film devrait mécaniquement atteindre les sept à dix millions d'entrées", explique à l'AFP Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Mais on est encore loin des records français du box office détenus par "Bienvenue chez les Ch'tis" (20,4 millions d'entrées) et "Intouchables" (19,4 millions). "Pour atteindre de tels sommets, un film doit répondre à la fois à une demande de cinéma familial et populaire et à une question plus sociétale", analyse Marc-Olivier Sebbag.

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