4 min de lecture Everest

"Everest" : une alpiniste confronte le film avec sa propre expérience

NOUS L'AVONS VU / INTERVIEW - Nathalie Lamoureux, 7e Française à avoir atteint le plus haut sommet du monde, a trouvé "Everest" très réaliste. Pour RTL.fr, elle compare le film avec sa propre expérience.

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La bande annonce d'Everest Crédit Image : dailymotion | Crédit Média : Universal Pictures France | Date :
Martin Cadoret
Martin Cadoret

Atteindre le toit du monde, à 8.848 mètres au-dessus du niveau de la mer n'a rien d'une partie de plaisir. Il faut s'acclimater à l'altitude, s'habituer au manque d'oxygène et résister à la pression psychologique de la haute montagne. Comme l'explique Rob Hall, incarné par Jason Clarke dans le film Everest, "le corps humain n'est tout simplement pas fait pour fonctionner à l'altitude de croisière d'un 747".

Le long-métrage de l'Islandais Baltasar Kormákur retrace le parcours de deux équipées pour atteindre le toit du monde, une épopée qui s'est terminée par la mort de 6 alpinistes, auxquels le film est dédié. Le scénario est basé sur l'histoire de ces jours tragiques de mai 1996, telle que racontée par Jon Krakauer, journaliste et lui-même participant à l'expédition, dans son livre Tragédie à l'Everest. Un livre que Nathalie Lamoureux a lu mais seulement après avoir elle-même grimpé au sommet de la plus haute montagne du monde. Cette journaliste de 48 ans est la 7e Française à avoir réalisé cet exploit, en 2013, à sa quatrième tentative. Elle en a tiré un livre, L'Everest à la folie, paru en 2014RTL.fr l'a invitée à la projection du film pour recueillir ses impressions.

Des décors fidèlement reproduits

L'alpiniste constate d'abord que la reproduction des lieux est très fidèle. "C'est exactement ça, j'ai même reconnu les lieux ! Notamment l'arête sud-est, un petit couloir de pierre qui a l'air tout simple mais avec le vent, les conditions sont épouvantables, confie la journaliste à la sortie du film. Je me revois encore tomber comme l'un des personnages principaux". Un réalisme sans doute dû aux indications de Guy Cotter, incarné par Sam Worthington dans le film, et consultant sur le tournage. "Le film pose tous les problèmes liés à l'Everest : l'importance des relations humaines, la difficulté d'envoyer des secours, la question du renoncement", poursuit Nathalie Lamoureux.

J'ai enjambé des cadavres

Nathalie Lamoureux
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Car comme certains personnages du film, l'alpiniste a également dû faire demi-tour avant d'arriver au sommet. "On était à 8.500 mètres, mon sherpa avait des problèmes d'oxygène, les valves avaient gelé, se souvient Nathalie Lamoureux. J'ai compris que de là où je m'arrêtais, il fallait encore 5 heures pour arriver au sommet". Même si le toit du monde paraît tout proche, il faut savoir s'arrêter et conserver de l'énergie pour la descente. À ces altitudes, le moindre mouvement devient difficile. "Par contre, une fois en haut, les personnages du film paraissent plutôt en forme", constate l'alpiniste.

Nathalie Lamoureux et Pasang, son guide pour l'ascension, au sommet de l'Everest
Nathalie Lamoureux et Pasang, son guide pour l'ascension, au sommet de l'Everest Crédit : Nathalie Lamoureux

L'envie d'atteindre le sommet

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Dans Everest, plusieurs téméraires veulent absolument arriver au sommet. Comme Doug Hansen, un facteur qui a déjà tenté une fois sans succès d'atteindre le toit du monde. Au prix de l'expédition - quelques dizaines de milliers de dollars, pas question de repartir bredouille une seconde fois. Parfois, des alpinistes imprudents poursuivent leur montée au mépris du danger.

"Le désir du sommet est tellement fort. J'ai évolué avec une Népalaise, qui est morte tout en haut. Après avoir consommé ses 6 bouteilles d'oxygène, il ne lui restait plus rien", confie la journaliste. Sur la montagne, la mort est omniprésente. Les héros du film traversent notamment le mémorial des alpinistes disparus et tombent sur des dépouilles gelées. "J'ai enjambé des cadavres. Mais toi, tu es dans l'action, tu n'y penses pas. Tu te dis que ça n'arrivera pas pour toi, qu'eux n'ont pas eu de chance", lâche Nathalie Lamoureux.

Quand il a fallu que l'on redescende, avec mon sherpa, il nous a suffi d'un regard pour nous comprendre

Nathalie Lamoureux
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Les deux équipes, menées par Rob Hall et Doug Hansen - incarné par Jake Gyllenhall, paraissent très soudées et la solidarité est omniprésente. Au camp de base, à plus de 4000 mètres d'altitude, l'ambiance est bon enfant. "Effectivement, il y a des fêtes sur l'Everest. Je me souviens notamment des participants à une expédition russe qui avaient amené de la vodka et de la bière", s'amuse Nathalie Lamoureux. Une fois la montée amorcée, les relations humaines deviennent très importantes et notamment le contact avec le guide et le sherpa. "Il (le sherpa, ndlr) te motive, te dit qu'il faut que tu réussisses. Quand il a fallu que l'on redescende, il nous a suffi d'un regard pour nous comprendre", se souvient la journaliste.

Un drame qui a presque 20 ans

La tragédie racontée dans le film a laissé des traces sur place. "Parmi les victimes, il y avait deux guides. Ça rappelle que l'Everest, ce n'est pas une promenade de santé mais évidemment ce n'est pas le côté morbide qui prime quand on fait la montée, tempère Nathalie Lamoureux. Depuis 1996, les choses ont quand même évolué. Dans le film, on voit les personnages installer eux-même les cordages, alors que maintenant l'arête sud-est est complètement équipée. Et je crois que maintenant, il n'y a le droit qu'à deux échelles bout à bout comme pont pour franchir les crevasses (dans le film, 4 à 5 échelles arrimées entre elles sont parfois utilisées, comme on peut le voir dans la bande annonce, ndlr)", raconte la 7e Française à avoir atteint le sommet de l'Everest. En revanche, Adventure Consultants et Mountain Madness, les deux agences fondées par Rob Hall et Scott Fischer, pionnières dans la vente d'expéditions au sommet de l'Everest, existent toujours.

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