4 min de lecture Affaire Snowden

"Snowden" : Oliver Stone, le réalisateur qui flirte avec le complot

ÉCLAIRAGE - Avec "Snowden", Oliver Stone ajoute un long-métrage à sa filmographie, en pleine quête de vérité.

Joseph Gordon-Levitt dans "Snowden", réalisé par Oliver Stone.
Joseph Gordon-Levitt dans "Snowden", réalisé par Oliver Stone. Crédit : Capture d'écran YouTube
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Le cas Edward Snowden divise les États-Unis : a-t-il agi par patriotisme ou est-il un traître ? Oliver Stone a fait son choix. Il s'agit d'un patriote et le réalisateur a décidé de lui consacrer son dernier long-métrage, Snowden, sorti mardi 1er novembre. Edward Snowden, c'est l'homme à travers qui les méthodes très controversées de l'agence de sécurité NSA ont été révélées. Tout a basculé le 6 juin 2013 au moment où cet informaticien de 30 ans met à nu PRISM, c'est-à-dire le système d'espionnage mondial mis en place par les États-Unis. 

Sorte de héros des temps modernes, Edward Snowden a pour objectif de "dire au public ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui", comme le rapporte une vidéo de l'INA. Ses révélations auront un effet boule de neige, touchant le citoyen américain mais aussi les chefs d'États comme François Hollande ou encore la chancelière allemande Angela Merkel.

Le rôle clé est interprété par Joseph Gordon-Levitt (Inception, 500 jours ensemble, Don Jon). D'après l'acteur, il existe "deux formes de patriotisme. Celui qui s'apparente à une allégeance à votre pays sans vous poser de questions, et une autre forme de patriotisme que je voulais montrer dans ce personnage et qui est un patriotisme dans lequel j'ai grandi depuis le début de cette histoire et qui m'interpelle". 

Comprendre le personnage Snowden

Ainsi Snowden se concentre sur cette histoire digne des meilleurs polars d'espionnage. Oliver Stone a confié au Huffington Post : "Ce que je tiens vraiment à faire comprendre, c'est qu'en dépit de toutes les révélations d'Edward Snowden, on ne sait pas encore tout. On sait juste qu'il y en a bien davantage. Dans le film, nous parlons des écoutes généralisées et de la surveillance par drone, et nous évoquons brièvement la guerre cybernétique. On voit Snowden s'apercevoir qu'au cours d'une visite officielle au Japon, des agents américains introduisaient des programmes malveillants dans les systèmes informatiques de leurs hôtes. Alors que ce sont nos alliés ! Qui aurait pu l'imaginer ?".

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Le réalisateur des deux volets de Wall Street estime qu'Edward Snowden "a toujours joué franc-jeu. Il aime son pays, les États-Unis et il veut rentrer chez lui. C'est un patriote qui veut réparer une injustice et passer à autre chose. Un type extrêmement doué qui aurait pu aider la NSA. Mais il n'a pas pu le faire. On ne peut donc pas le qualifier de traître. Il ne laisse rien passer aux Russes, que ce soit en public ou en privé".

Il y a des gens comme ça, qui travaillent pour le bien commun. Je suis admiratif

Oliver Stone dans "Sud Ouest"
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Le choix de raconter l'histoire de Snowden n'est pas étonnant de la part d'un réalisateur de la trempe d'Oliver Stone. Dans un entretien à Sud Ouest, il raconte avoir "eu le privilège de rencontrer Edward Snowden neuf fois à Moscou". Il ajoute : "Il m'a raconté des choses qu'il n'avait jamais évoquées auprès de qui que ce soit. Parler de lui et de ce qu'il a réalisé est essentiel, parce qu'il a donné des informations internes au système de sécurité américain, et personne n'avait osé faire ça avant lui. En juin 2013, quand l'information est sortie, j'ai trouvé que ce qu'il avait fait, pour un garçon de son âge en plus, était extrêmement courageux. Il a révélé tout ce qu'il avait découvert à trois journalistes, gratuitement, en leur disant juste : 'Publiez ce qui vous paraît bien et utile'. Il y a des gens comme ça, qui travaillent pour le bien commun. Je suis admiratif".

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Snowden - Bande-annonce VOST officielle HD

Dans un entretien au Point, il raconte que le projet initial du film ne le séduisait pas mais il a changé d'avis car la "transformation" d'Edward Snowden était "intéressante". "Comment ce jeune conservateur qui croyait à la guerre en Irak en est-il arrivé à remettre en question le système ?". 

Un cinéma varié et renvendicateur

Oliver Stone ajoute que "le gouvernement a démontré qu'il était incapable de nous protéger. Aujourd'hui, on a 17 ou 18 agences de renseignement et aucune n'a pu empêcher les bombes à Boston ou Orlando. C'est un contrat kafkaïen. Retirer les droits civiques, c'est ce que les nazis ont fait en 1933. On a la même mentalité que les Allemands à l'époque. J'ai ma vie privée, j'ai mes secrets et j'ai le droit de les garder. Liberté, égalité, fraternité : ils veulent tout nous prendre. Voltaire se retournerait dans sa tombe".

Le cinéaste n'a rien d'un idéaliste et a "l'impression que l'histoire américaine est devenue un conte Disney". Son cauchemar ? Qu'on l'enferme à Disneyland pour le reste de sa vie. Mais pas question pour le réalisateur de se revendiquer comme un chantre du cinéma politique. "Je ne fais pas de cinéma politique ! J'ai fait des films sur des criminels, du football, de l'économie, de l'histoire... Jason Bourne est très bien fait. Mais si je rencontre un Snowden et que j'apprends ce que j'apprends, comment pourrais-je préférer un Bourne?", explique-t-il au Point.

Décrit par AlloCiné comme ayant "un tempérament aventurier", Oliver Stone restera marqué par son engagement dans l'armée américaine et la guerre du Vietnam. "Il rentrera au pays auréolé de deux prestigieuses décorations (l’Étoile de Bronze et la Purple Heart) (...) Son orientation politique et artistique s'en ressentira", ajoute le site. Et c'est ainsi qu'Oliver Stone ne cache pas son côté paranoïaque et ajoute dans Sud Ouest : "Vous devriez l'être aussi !". Ce n'est pas la première fois que ce réalisateur décide de s'attaquer à une histoire vraie et soumise à des théories controversées. En particulier dans un film sorti en 1991, dont le titre, comme Snowden, est le nom du personnage central de l'histoire, JFK. Oliver Stone bouscule les certitudes et livre une contre-enquête sur la mort du président américain. 

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