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Sollicitations sexuelles, recrutements criminels, vente de produits illégaux... Pourquoi Snapchat est dans le viseur de l’Union européenne

L’Union européenne durcit le ton contre les plateformes numériques. Dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA), Snapchat fait désormais l’objet d’une enquête approfondie. Bruxelles soupçonne l’application, très populaire chez les adolescents, de ne pas suffisamment protéger ses utilisateurs mineurs face à des risques graves.

L'application Snapchat, très prisée des jeunes

Crédit : AFP / LIONEL BONAVENTURE

AFP & Yasmine Boutaba

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Le réseau social Snapchat, qui revendique 97 millions d’utilisateurs actifs mensuels en Europe fin 2025, est dans le viseur de la Commission européenne. Cette offensive, annoncée jeudi 26 mars, s’inscrit dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA), entré en vigueur en 2023, qui impose aux grandes plateformes des obligations strictes en matière de sécurité.

Dans ce sens, l'exécutif bruxellois a annoncé l’ouverture d’une enquête visant la plateforme du groupe Snap Inc. estimant que l’application ne respectait pas ses obligations en matière de protection des mineurs.

L'investigation n’est pas une surprise : dès octobre dernier, la Commission avait déjà annoncé examiner les dispositifs de protection des mineurs sur plusieurs plateformes, dont Snapchat, YouTube ou encore les boutiques d’applications d’Apple et de Google.

Des risques graves pour les mineurs pointés par Bruxelles

Dans ses conclusions préliminaires, la Commission européenne s’inquiète de l’exposition des jeunes utilisateurs à des sollicitations à des fins sexuelles, à des recrutements criminels, ainsi qu’à des contenus liés à la vente de produits illégaux.

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Elle pointe notamment la circulation d’informations facilitant l’accès à des stupéfiants, à l’alcool ou encore à des cigarettes électroniques, y compris pour des mineurs. Les outils de modération de Snapchat sont jugés insuffisants pour empêcher la diffusion de ces contenus.

D'autant plus que les mécanismes de signalement des contenus illicites sont jugés peu accessibles et peu conviviaux, ce qui limiterait leur efficacité. 

"Snapchat semble avoir oublié que la loi sur les services numériques impose des normes de sécurité élevées pour tous les utilisateurs", a averti Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission.

La fin de l'auto déclaration pour vérifier l’âge

L’autre principal aspect reproché à Snapchat concerne la vérification de l’âge. La plateforme, officiellement interdite aux moins de 13 ans, se contente de demander leur date de naissance aux inscrits, sans véritable mécanisme de vérification. Pour Bruxelles, cette approche est largement insuffisante au regard des exigences du DSA.

La Commission pointe également des paramètres de confidentialité qui ne protégeraient pas assez les jeunes utilisateurs, notamment face aux interactions avec des inconnus. La Commission estime que les mineurs ne devraient pas être facilement identifiables ni proposés comme contacts à des adultes, ce que permettrait aujourd’hui le système de recommandation "trouver des amis".

Ces critiques trouvent un écho en France. L’Arcom souligne que près de la moitié des moins de 13 ans utilisent Snapchat au moins une fois par mois, un chiffre qui dépasse 80% chez les 13-14 ans.

Ce service ne protégerait pas suffisamment la vie privée, la sûreté et la sécurité des mineurs et pourrait exposer les plus jeunes à des contacts avec des adultes malveillants ou à des contenus faisant la promotion de produits ou de contenus illicites ou préjudiciables.

Arcom

Une enquête qui peut déboucher sur des sanctions

L’ouverture de cette procédure va permettre à la Commission de recueillir davantage de preuves, notamment via des entretiens ou des inspections. Elle pourra ensuite déboucher sur des mesures coercitives, imposer des changements ou prononcer une décision de non-conformité.

Snapchat pourrait aussi proposer des engagements pour corriger les manquements identifiés. À terme, comme pour d’autres plateformes, des sanctions financières restent possibles.

Cette offensive européenne intervient dans un contexte politique tendu, alors que certaines autorités américaines, notamment sous l’administration de Donald Trump, critiquent les régulations européennes visant les géants du numérique. Malgré cela, Bruxelles affiche sa volonté de faire respecter le DSA.

Dans le même temps, Henna Virkkunen a salué la condamnation récente d'Instagram et de YouTube aux États-Unis pour leur rôle dans l’addiction aux réseaux sociaux, évoquant une "convergence" des préoccupations des deux côtés de l’Atlantique.

Les sites pornographiques également épinglés

En parallèle, l’Union européenne a épinglé plusieurs plateformes pour adultes, dont Pornhub, Stripchat, XNXX et XVideos.

Ces sites sont accusés de ne pas mettre en place de véritables systèmes de vérification d’âge, se contentant d’une simple déclaration des utilisateurs. Des conclusions préliminaires qui pourraient, à terme, conduire à des amendes pouvant atteindre 6% de leur chiffre d’affaires annuel mondial.

Ces procédures interviennent alors que l’Union européenne prépare un protocole commun de vérification de l’âge, actuellement testé dans plusieurs pays. La France et le Danemark figurent parmi les plus avancés, avec un déploiement envisagé dès avril. Snapchat et Pornhub participeraient déjà aux discussions autour de cette expérimentation.

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