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Le robot du futur ressemblera-t-il à une pieuvre ?

ÉCLAIRAGE - Des chercheurs planchent actuellement sur une nouvelle génération de robots, inspirés de ces étranges créatures sous-marines.

Stickybot, un robot inspiré de l'allure et de la structure corporelle d'un lézard.
Stickybot, un robot inspiré de l'allure et de la structure corporelle d'un lézard. Crédit : Wikimedia Commons
Camille Kaelblen
Camille Kaelblen
Journaliste

Et si le destin des robots n'était pas d'avoir une forme humaine mais plutôt... celle d'un poulpe ? Selon le journal Nature, cette hypothèse est loin d'être loufoque. On connaît bien les robots androïdes, ces machines dont l'apparence et la structure se rapprochent beaucoup de celles des humains. Mais depuis plusieurs années, des chercheurs travaillent sur un tout autre type de robotique : les "soft robots" (robots souples), inspirés des poulpes, chenilles et même des poissons.

Pourquoi ces animaux intéressent-ils autant les scientifiques ? En réalité, c'est avant tout parce que la structure de leur corps, très différente de celle du corps humain, offre des possibilités jusque-là inexplorées par le monde de la robotique. Cette nouvelle manière d'appréhender la robotique répond au nom un peu barbare de "biomimétisme", qui consiste pour les chercheurs à tirer parti des solutions et mécanismes inventés par la nature pour les intégrer dans leurs propres créations. 

Du poulpe d'Italie au robot-tentacule

Si les robots qui copient la structure et la démarche d'un être humain représentent aujourd'hui une grande part de la recherche, les scientifiques se heurtent à un problème majeur : la rigidité des membres artificiels, qui rend les mouvement saccadés, pas toujours près précis et nécessite des calculs parfois très complexes. En copiant la structure malléable de certains animaux marins, les chercheurs espèrent supprimer cette rigidité. Résultat : les robots peuvent se fondre plus facilement dans leur environnement et y interagir avec une plus grande précision.

L'histoire de ces robots souples débute en 2007. Cecilia Laschi, une chercheuse italienne spécialisée dans les microprocesseurs, demande alors à son père de lui ramener de la pêche une pieuvre pour l'une de ses expériences. Interloqué, l'homme répond tout de même à sa demande. Dans son laboratoire, Cecilia Laschi plonge alors l'animal dans un bassin pour étudier avec précision les mouvements et la motricité de l'animal, relate Nature.

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Puis, avec d'autres chercheurs de l'école Santa Anna de Pise (Italie), la chercheuse met en place une véritable tentacule artificielle, faite de minuscules câbles qui reproduisent l'action des muscles de l'animal. Les chercheurs recouvrent ensuite ces câbles d'une matière élastique et flasque, capable d'onduler, de s'étirer et de se replier comme une véritable tentacule de pieuvre.

Cette nouvelle branche de la robotique n'aurait peut-être pas vu le jour sans les récentes avancées d'une autre discipline : la recherche autour des impressions 3D, qui permet aujourd'hui de créer des objets complexes dans des matières souples. "Au début, les conférences de robotique 'traditionnelle' n'acceptaient pas mes papiers. Mais maintenant, il y a des sessions entières consacrées à ce sujet", explique Cecilia Laschi à Nature.

En 2013, 30 universités et centres de recherche ont ainsi rejoint la RoboSoft collaboration, dont le but est de partager les connaissances sur ce domaine encore en plein défrichement.

Une aide incroyable lors de séismes ou d'avalanches

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A Modular Soft Robotic Gripper Crédit Image : Capture d'écran YouTube |

Des robots sauveteurs à l'impressionnante dexterité

Les perspectives ouvertes par cette nouvelle génération de robots sont aussi nombreuses que passionnantes. Certains chercheurs songent ainsi à développer des robots secouristes, capables, grâce à leur souplesse, de se faufiler dans de petits espaces et d'aider des gens à s'extirper de débris, lors de l'effondrement d'un bâtiment ou d'une avalanche.

Ces robots "pliables" pourraient également révolutionner l'aide au quotidien pour les personnes âgées, handicapées ou les enfants. "Songez un peu à la difficulté de nouer ses lacets : c'est ce genre de capacités que nous aimerions développer en robotique", résume ainsi Daniela Rus, directrice du laboratoire de Sciences informatique et d'intelligence artificielle de l'institut de Technologie du Massachussets (MIT) à Nature. Son équipe a mis en place un bras robotique terminé par une pince en matériau souple, désormais capable d'attraper de très petits objets fragiles sans les casser.

Une "niche" à côté de la robotique traditionnelle

Ces robots pourraient-ils finir par totalement remplacer les autres types de robots ? Selon le Dr Lanschi, il s'agirait plutôt de les faire évoluer en parallèle, et d'en combiner les usages. Car pour les tâches qui nécessitent de la force, les robots "traditionnels" restent plus performants. 

D'autant que pour les scientifiques, le monde des robots souples reste encore plein de défis à relever dont, notamment,  le perfectionnement des mouvements des robots pour leur permettre de mieux se plier et de s'étendre.

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