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"L'algorithme est un danger pour la démocratie" : comment vos réseaux sociaux biaisent votre perception du mouvement lycéen

Sur le mouvement lycéen, deux utilisateurs d'Instagram peuvent voir des vidéos radicalement différentes. En cause : les algorithmes des réseaux sociaux, qui renforcent les biais et enferment dans des bulles informationnelles.

Une adolescente sur son téléphone portable (image d'illustration).

Crédit : Unsplash

Comment les algorithmes biaisent nos perceptions

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Vincent Serrano

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Immersion dans les bulles des algorithmes sur les réseaux sociaux. Selon votre profil, vous recevez depuis le début du mouvement des lycéens, des images de jeunes blessés par les forces de l'ordre ou des images de policiers agressés, piégés par des casseurs. RTL a fait le test avec une lycéenne et sa maman. 

Sahar et sa maman Zibah ont fait le test : chacune a pris son téléphone portable, est allée sur son compte Instagram respectif et a fait la même recherche. "Manifestation lycéen". Elles ne sont pas tombées sur les mêmes vidéos.

"Sur mon téléphone, ça montre les jeunes. C'est comme si ça nous invitait à intégrer leur groupe. Je vois aussi des policiers qui sont en train d'abattre les jeunes. Et sur le téléphone de ma maman, on voit une maman inquiète et beaucoup de jeunes qui sont en train de faire le bordel dans la ville", décrit l'adolescente.

Ce résultat plonge la maman dans une inquiétude encore plus grande. "J'ai peur parce que mon fils a 14 ans, il est au lycée, Moi je l'ai obligé à rester à la maison", explique Zibah. "Il nous a envoyé un message comme quoi il y avait un blocus au lycée. Il nous a informées et ma mère n'était pas d'accord pour que lui participe", ajoute sa fille.

"Il faut toujours vérifier les sources"

"On voit tous quelque chose de différent", souligne Sahar. Ces vidéos peuvent "inciter les jeunes à ne pas écouter leurs parents, à prendre des risques ou faire des choses qui ne sont pas forcément censées faire ou les influencer", craint la mère de famille. "Il faut toujours vérifier les sources, il faut toujours voir aussi la réalité", a indiqué Sahar.

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Tout cela n'est pas le fruit du hasard. Au micro de RTL, Arthur Grimampont, chercheur et auteur du livre au titre évocateur Vivre libre à l'heure des algorithmes, explique que "cela a été vérifié pendant les 'Gilets jaunes'. Quand il y a un événement de ce type, ce que font les algorithmes, c'est qu'ils tentent de montrer davantage des contenus qui retiennent notre attention et nous font réagir", souligne-t-il. 

"Il se trouve que la colère est très efficace pour nous pousser à réagir et pour nous pousser à regarder par exemple une vidéo qu'on trouve vraiment outrancière ou très désagréable à regarder", ajoute-t-il. 

Des revenus publicitaires liés au temps de visionnage d'une vidéo

Le but est simple, vous faire rester sur le réseau social pour continuer de regarder des vidéos. "Les plateformes essayent de maximiser ce temps passé puisque leurs revenus sont presque exclusivement d'origine publicitaire et donc plus les utilisateurs passent du temps sur ces plateformes et plus les plateformes ont de revenus publicitaires", analyse Arthur Grimampont.

"Les algorithmes, qui sont un peu aveugles au type de contenu qu'ils recommandent, promeuvent essentiellement des contenus qui génèrent beaucoup d'engagement et donc souvent beaucoup de colère. L'algorithme est absolument un danger pour la démocratie, un danger absolument majeur", dénonce-t-il.

Tout cela a été théorisé. L'algorithme vous maintient dans ce qu'on appelle une bulle informationnelle, un cocon qui vous conforte dans vos idées et vous fait rester. 

Comment enrayer l'algorithme ?

Pour sortir de sa bulle algorithmique sur les réseaux sociaux, la tâche est très compliquée, parce qu'il suffit à l'algorithme d'un quart de seconde, un like perdu pour vous abreuver d'un type de contenu. En sortir impliquerait de nettoyer son historique, créer un nouveau compte, regarder des vidéos d'ours en peluche par exemple, en boucle pendant 5 minutes. 

Ce que n'a pas réussi à faire Anna, 20 ans, qui n'a vu que des scènes de pillages et des violences en cherchant justement "manifestation lycéen". "C'est peut-être une question d'abandon de ma part, où je me dis que ça ne sert à rien et qu'il faudrait peut-être le faire, mais pour l'instant, non", indique-t-elle. "Je n'ai jamais fait ce genre de choses. On subit et on verra après. C'est malheureux, mais du coup, on ne voit que ça. C'est difficile d'avoir une vision optimiste du monde en ce moment", explique-t-elle.

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