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"Ça fait un drôle de sentiment quand le volant tourne tout seul" : êtes-vous prêt à monter dans une voiture autonome ?

Déjà bien implantée en Chine et aux États-Unis, la voiture autonome arrive plus timidement en France, où RTL a testé une navette électrique sur l'autoroute A10, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris.

Une navette autonome capable de rouler à 90 km/h est actuellement testée sur l'autoroute en Ile-de-France.

Crédit : Gaël Arnaud pour VINCI Autoroutes

Etes-vous prêts à monter dans une voiture sans chauffeur ?

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Christophe Bourroux & La rédaction numérique de RTL

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Seriez-vous prêt à monter dans une voiture autonome ? Ces véhicules commencent à faire leur entrée en France, mais encore loin des robotaxis sans chauffeur déjà visibles aux États-Unis ou en Chine. Leur déploiement reste freiné par un cadre juridique strict, des questions de responsabilité en cas d'accident, des coûts élevés et une confiance du public encore à construire.

La voiture capable de circuler seule n'est pourtant plus une perspective lointaine. Plusieurs villes américaines et chinoises accueillent déjà des services commerciaux de robotaxis. En France, on prépare progressivement le terrain, notamment à travers des expérimentations grandeur nature.

RTL a pu tester une navette autonome sur l'A10

RTL a pu embarquer dans l'une d'entre elles. Depuis un an, une navette autonome circule en phase de test sur un tronçon de l'A10, entre les Yvelines et l'Essonne. Notre journaliste Christophe Bourroux a pu monter à bord. Surveillée à distance par des caméras mais sans chauffeur, cette navette 100% électrique peut accueillir jusqu'à 12 passagers. 

Une navette autonome est actuellement testée sur l'A10 en Ile-de-France.

Crédit : Gaël Arnaud pour VINCI Autoroutes

"Là on va s'insérer sur l'autoroute, on passe déjà la gare de péage. Il faut passer le chenal, il faut que la barrière s'ouvre, il faut passer au vert. On envoie des informations depuis l'infrastructure au véhicule autonome. Notamment, quelle voie choisir, quel est l'état de la barrière, si elle est levée ou abaissée. L'infrastructure assiste le véhicule autonome pour rester en mode autonome sur ce tronçon", explique Pierre Delaigue, directeur innovation chez Vinci Autoroute.

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Le volant tourne tout seul, la navette accélère et se place au milieu des camions sur la voie de droite sur l'autoroute. "On a réussi à s'insérer parfaitement en mode autonome. Là, on est à pleine vitesse autoroutière pour ce type de véhicule. La vitesse réglementaire, c'est 90 km/h, donc là, on est pile à 90 km/h", explique Pierre Delaigue. À terme, Vinci prévoit de déployer pas moins de 10 navettes sur son réseau pour une trentaine de trajets par jour. 

Une autonomie sous surveillance en France

Pour l'heure, la législation reste encore très stricte en France sur ce type de véhicule : la loi ne permet pas de conduire en mode 100% autonome en France et en Europe. Même si la voiture est autonome, il faut encore quelqu'un derrière le volant pour pouvoir à tout moment reprendre la main en cas d'incident, contrairement aux États-Unis et à la Chine.


Sur le plan juridique, le cadre existe depuis plusieurs années. Céline Dogan, avocate en droit numérique, rappelle que "la législation, elle est quand même prête depuis 2021". Elle distingue les véhicules "partiellement, hautement et totalement automatisés". Le point clé se situe entre le niveau 3 et le niveau 4.

Au niveau 3, la voiture peut conduire seule dans certaines situations, mais le conducteur doit rester en mesure de reprendre la main dès que le système le demande. Au niveau 4, l'autonomie devient complète, mais seulement dans certaines zones et sous certaines conditions, notamment météorologiques. En France, ce niveau 4 "est actuellement interdit pour les particuliers, mais autorisé pour les transports publics", précise Céline Dogan. Autrement dit, pour un automobiliste, la voiture autonome reste aujourd'hui une autonomie sous surveillance.

Cette distinction change aussi la question de la responsabilité. En cas d'infraction avec un véhicule de niveau 3, "a priori, ça va être toujours le conducteur", explique l'avocate. Dans les pays où le niveau 4 est autorisé, "c'est le constructeur qui est responsable". Et si un excès de vitesse est commis alors que le système avait le contrôle total, le conducteur pourrait se retourner contre le constructeur en invoquant un "logiciel défectueux".

Une expérience spectaculaire et contre-intuitive pour les usagers

Pour ceux qui ont déjà testé ces véhicules, l'expérience peut s'évérer spectaculaire. Tel est ainsi le ressenti de Sylvie, qui a emprunté un robotaxi à San Francisco en juin. Elle raconte à RTL : "C'était fabuleux." Elle se dit surtout marquée par le sentiment de sécurité : "On se sent vraiment totalement en sécurité dans ces véhicules." Le fonctionnement ressemble à celui d'une plateforme de VTC : "Vous avez une appli, vous commandez", puis la voiture arrive, se déverrouille avec le téléphone et conduit seule jusqu'à destination.

Elle décrit également ce moment déroutant où la voiture agit sans intervention humaine : "Ça fait un drôle de sentiment quand on voit le volant qui tourne tout seul, le clignotant qui se met en marche, la voiture qui déboite, qui pile si quelqu'un essaye de traverser devant sans prévenir." Lors d'un trajet, dit-elle, "la voiture s'est arrêtée immédiatement" lorsqu'un piéton est sorti entre deux voitures. Elle l'assure : "Moi je me sentais plus en sécurité qu'avec un être humain qui ne réagit pas forcément à la seconde ou au millième de seconde."

Christophe Bourroux confirme l'effet de surprise face à "l'impression qu'il y a un homme invisible qui conduit". Mais il souligne aussi une réaction très humaine : l'envie de reprendre le volant, même quand il n'y a rien à faire. "C'est vraiment contre-intuitif", dit-il. Selon lui, la machine traite "des millions et des millions d'informations à la minute, à la seconde", ce qu'"aucun humain ne peut faire".

"L'enthousiasme de voir une technologie, c'est toujours séduisant. On est toujours passionné par les nouvelles choses", tempère pour sa part Jean-Michel, inquiet de "perdre l'habitude de conduire" et qui fustige le "gaspillage d'énergie" pour perfectionner les logiciels au sein des véhicules. "Il faut concentrer l'intelligence artificielle qu'on ne va pas pouvoir éviter pour des choses importantes", conclut-il.

L'acceptabilité et le coût restent des freins majeurs

Les progrès techniques ne suffiront cependant pas à eux seuls à imposer la voiture autonome. Pour Christophe Bourroux, l'enjeu central reste celui de "l'acceptabilité". Les industriels sont prêts, les infrastructures également, mais les Français accepteront-ils de confier leur trajet à un véhicule sans chauffeur ?

Le coût est l'autre frein majeur. Caméras, radars, capteurs et logiciels alourdissent déjà nettement la facture des voitures neuves. Christophe Bourroux rappelle que ces équipements pèsent environ "2.000 euros". Avec une voiture entièrement autonome, "ça va faire flamber le prix des voitures". C'est aussi pour cette raison, selon lui, que les constructeurs français ont "mis la pédale douce" : "pour l'instant c'est pas rentable et ça coûte beaucoup beaucoup trop cher".

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