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Propos de Ségolène Royal sur Israël : le Crif condamne une "trahison de l'idéal républicain", la socialiste évoque "une parole déformée"

En appelant "plus de voix israéliennes et juives" à s'exprimer sur le conflit à Gaza afin de lutter contre l'antisémitisme, Ségolène Royal a provoqué une levée de boucliers après le premier débat de la primaire.

Ségolène Royal le 22 septembre 2026

Crédit : AFP

Aymeric Parthonnaud

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Si sa sortie a été contestée très directement sur le plateau par ses rivaux Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, la phrase de Ségolène Royal sur "les voix israéliennes et juives" déborde désormais loin des caméras. Lors du premier débat de la primaire de la gauche sociale-démocrate, l'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a considéré qu'il fallait que "plus de voix israéliennes et juives" s'expriment sur le conflit à Gaza afin de lutter contre l'antisémitisme. Un appel qui a provoqué, depuis, l'indignation d'associations juives.

Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), comme "une trahison de l'idéal républicain". "En sommant les Juifs de se positionner sur Gaza et non les antisémites de cesser de s'en prendre aux Juifs au nom d'un conflit à 3.000 kilomètres, cette injonction fait des Juifs les responsables de la haine dont ils sont les victimes", a-t-il écrit dans un message sur X.


"Non, être juif ne rend suspect d'aucune allégeance. Et il n'existe pas de tribunal chargé de trier les 'bons' Juifs des autres", a affirmé de son côté Philippe Meyer, vice-président du Crif, dénonçant des propos "moralement et politiquement intolérables". Ariel Goldmann, président de la Fondation du Judaïsme français, a interpellé Ségolène Royal en lui demandant si elle "[oserait] demander aux musulmans de France de se mobiliser pour dénoncer la dictature en Algérie ou la répression sanglante en Iran ?" L'Union des étudiants juifs de France a rappelé que "les Juifs ne sont pas et ne seront jamais responsables de l'antisémitisme." 

La ministre de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a aussi réagi : "Il n'y a pas un seul Français juif responsable de la situation à Gaza", a-t-elle souligné, estimant qu'"essentialiser, assigner" mène à l'antisémitisme.

Ce qu'a dit Ségolène Royal

Ségolène Royal a estimé que "la montée de l'antisémitisme très inquiétante n'est pas due à Israël" mais "aux actuels dirigeants" du pays. 

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"Mais c'est très difficile pour eux de dénoncer ce que font les dirigeants d'Israël avec cette théorie de dire : 'Si on commence à les critiquer, on va nous affaiblir'. Moi, je crois au contraire qu'il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe [à Gaza] est absolument intolérable. C'est ça qui va freiner la montée de l'antisémitisme". 

Et de préciser son propos : "Les gens mélangent tout en voyant Gaza. Ils se disent : c'est les Juifs en général. Mais non. Ce sont les actuels dirigeants. C'est Netanyahu et ceux qui l'entourent." Relancée par David Pujadas, sur cet appel à prendre la parole, Ségolène Royal a précisé : "Bien sûr [qu'il faut dénoncer] les excès qui se passent à Gaza. Certains le font. Ce n'est pas une injonction, certains le font heureusement".

"À chaque fois qu'on parle de ce sujet, la parole est déformée.

Ségolène Royal

Une injonction qualifiée d'"incroyable" par Jérôme Guedj sur le plateau de LCI. "Dire que c'est aux Juifs de se justifier du gouvernement israélien, c'est essentialiser le conflit", a-t-il expliqué, rejoint par Raphaël Glucksmann qui a jugé que c'est "avec ce type de discours qu'à la fin on se retrouve avec un père et ses enfants qui marchent dans la rue et qui se font traiter de génocidaires juste parce qu'ils ont une kippa". Ségolène Royal a dénoncé des "caricatures" et des "procès d'intentions" appelant ses voisins à ne pas déformer ses propos et à "accepter les nuances".

Quelques heures après le direct et face aux critiques, Ségolène Royal a tenu à préciser sa pensée. "Voilà ce que j'ai dit : il faut soutenir et encourager les Israéliens qui se dressent contre le régime du criminel de guerre Netanyahu. Je n'ai jamais essentialisé nos compatriotes de confession juive". Interpellée sur BFMTV, l'ancienne ministre a affirmé "que chaque fois qu'on parle de ce sujet, la parole est déformée".

Prononcer ou non le mot "génocide"

Raphaël Glucksmann n'a cependant pas fait de cadeaux aux actuels dirigeants israéliens : "Moi je dénonce Netanyahu pas parce que j'ai des origines juives mais parce que je suis un humaniste qui est révolté par l'extrême droite, Netanyahu, Smotrich (le ministre des Finances), Ben-Gvir (le ministre de la Sécurité nationale)... Ce que font ces bouchers à Gaza ou en Cisjordanie où la colonisation, c'est juste de la purification ethnique."

Lors du même débat, Olivier Faure a de son côté plaidé pour que le mot de "génocide" soit utilisé pour évoquer ce qui se passe à Gaza, ce que refuse de faire Raphaël Glucksmann. "Prononcer le mot de génocide, ça a un poids. Quand Pedro Sánchez parle d'un gouvernement génocidaire, ça a du poids. Et nous avons besoin de ce poids-là pour dire stop à ce massacre insupportable", a insisté Olivier Faure. 

"Il y a des mots qu'il ne faut pas employer (...) Les Juifs ne sont en aucun cas responsables de la politique de Netanyahu. Les musulmans ne sont pas liés au Hamas. On peut y aller à l'infini... On est en France, dans une République", a répondu Raphaël Glucksmann.

"Si les mots sont importants, alors il faut reconnaître le génocide", a immédiatement rétorqué Ségolène Royal provoquant un moment de flottement chez son concurrent très commenté sur les réseaux sociaux. "La cour pénale internationale parle de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. C'est pas la qualification [qu'on emploie qui importe], mais l'action qu'on mène", a conclu l'eurodéputé.

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