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Mort de Lyhanna : comment la classe politique s'est emparée de l'affaire, qui révèle "un immense échec" judiciaire

La mort de Lyhanna soulève de nouveau la question de la prise en charge judiciaire des dossiers concernant des violences sexuelles, notamment sur mineurs. De nombreuses personnalités politiques se sont emparées de la question en pointant du doigt des défaillances systémiques.

Des participants à la marche blanche pour Lyhanna le 7 juin 2026 à Fleurance, dans le Gers.

Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP

Mort de Lyhanna : une affaire désormais devenue politique

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Julien Fautrat - édité par Laurène Rocheteau

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C'est aujourd'hui la question qui agite la classe politique : à qui revient la responsabilité des failles judiciaires autour de la mort de Lyhanna ? Le corps de la jeune fille de 11 ans a été retrouvé dans un silo à grain dans le Gers, plusieurs jours après que sa disparition a été signalée. Le principal suspect dans cette affaire, Jérôme Barella, est désormais visé par une enquête pour séquestration et meurtre d'une mineure de moins de 15 ans. Mais il avait déjà fait l'objet de plusieurs plaintes pour viols et agressions sexuelles, sans que celles-ci n'aboutissent au niveau judiciaire. 

Une défaillance qui fait aujourd'hui réagir la classe politique : le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué un "immense échec" dans le traitement du dossier, affirmant que l'argument du manque de moyens "n'est pas un bon argument" pour justifier une telle faille dans le système judiciaire. La responsabilité de divers magistrats est pointée du doigt dans cette affaire, notamment celle de la procureure d'Auch, puisqu'une plainte pour viol sur mineure visant le suspect avait été classée sans suite, faute d'éléments jugés suffisants. 

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé sur RTL ce dimanche qu'une "enquête a été lancée" et doit permettre "d’établir très concrètement les responsabilités dans la chaîne, l’engrenage qui a conduit à ce que cet homme, pédocriminel récidiviste, puisse ainsi commettre un crime". Il précise que cette enquête "conduira sans doute à ce que des sanctions soient prises".

Les magistrats pointés du doigt

L'Union syndicale des magistrats fait état d'une "impression qu'il faut des boucs émissaires et vite. Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n'y a que les rapports d'inspection qui peuvent dire ça", a indiqué son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini, auprès de l'AFP. Il pointe la multiplication des circulaires "sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer". 

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Édouard Philippe, candidat Horizons à l'élection présidentielle de 2027, s'est lui aussi emparé du sujet, en proposant de supprimer aux magistrats le droit d'être syndiqués. "On ne peut pas donner le sentiment, quand on sert à ce point la République, d'avoir des préférences ou des opinions qui viennent entrer en friction avec les affaires qu'on mène. Je m'interroge très sérieusement sur le bien-fondé, dans un domaine aussi sensible que la magistrature, d'un pouvoir syndical qui donne le sentiment d'être assez intouchable", a-t-il déclaré. 

L'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a quant à lui proposé de remplacer l'actuel Conseil supérieur de la magistrature, qu'il juge trop corporatiste, par une cour qui serait composée notamment d'un collège de citoyens désignés par tirage au sort. L'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, s'est lui aussi exprimé sur la question en proposant la création d'un parquet national spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants, afin de s'attaquer à une question qui relève aujourd'hui d'une "urgence nationale", a-t-il déclaré sur BFM. 

Gérald Darmanin appelé à démissionner

Pour la gauche, la responsabilité doit être prise à un niveau plus haut que celui des magistrats, qui pâtissent du manque de moyens alloués à la justice française. La députée insoumise Mathilde Panot rappelle ainsi sur LCI que la France compte en moyenne 11 juges pour 100.000 habitants, contre 22 pour la moyenne européenne. Pour la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, c'est à Gérald Darmanin de prendre ses responsabilités dans cette affaire, en présentant sa démission.

"Je trouve indigne d’avoir un garde des Sceaux qui a aussi été ministre de l’Intérieur, qui est responsable politiquement d’une 'clochardisation de la justice', comme l'appellent eux-mêmes les magistrats, c’est-à-dire une baisse des moyens année après année à tous les services publics, notamment à la justice. Mais un problème qui n’est pas qu’un simple dysfonctionnement, mais qui est un problème systémique, et c’est qu’en France, en 2026, on continue de mourir d’être un ou une enfant, on continue de mourir d’être une femme", déclare-t-elle sur LCI, soulignant un problème "pour lequel il y a une responsabilité politique". 

Une "défaillance sociétale"

Le maire de Fleurance, où s'est déroulée la marche blanche en hommage à Lyhanna ce dimanche, dénonce lui aussi une "défaillance sociétale" là où les déclarations politiques des derniers jours pointent du doigt une "somme de défaillances individuelles". "On veut nous faire croire que cette tragédie n’est qu’un dysfonctionnement au milieu d’un système qui, lui, marcherait bien. La réalité, c’est que Lyhanna est le dernier acte d’une tragédie qui se joue depuis bien trop longtemps : celle de nier la parole des enfants", a-t-il déclaré devant la foule de 6.000 personnes rassemblées dans le Gers. "Combien de marches blanches, combien de minutes de silence encore faudra-t-il vivre ? Aujourd'hui, nous attendons des actes, des lois, une volonté d'État", a-t-il conclu. 

Si la classe politique ne semble pas s'accorder sur les mesures à prendre pour réformer le système actuel, elle s'accorde toutefois pour souligner une faille systémique dans la justice française. Plusieurs associations appellent quant à elles à la tenue d'un "Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs", alors même que 73% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, souvent pour manque de preuves, rappelle l'association France Victimes. 

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