4 min de lecture Le Canard enchaîné

Les 100 ans du "Canard Enchaîné" en 6 scoops

Le journal satirique, créé le 10 septembre 1915, est devenu un fer de lance du journalisme d'investigation en révélant des affaires qui ont ébranlé la Ve République.

Un exemplaire du "Canard enchaîné" au Centre d'impression de la Presse parisienne, le 2 septembre 2003 à Saint-Denis
Un exemplaire du "Canard enchaîné" au Centre d'impression de la Presse parisienne, le 2 septembre 2003 à Saint-Denis
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

C'est une référence de la presse qui fête son centenaire. Le Canard Enchaîné souffle en effet ses 100 bougies, ce jeudi 10 septembre. Depuis 1915, le journal satirique, qui paraît tous les mercredis dans les kiosques et dont les pages sont dépourvues de publicité, fait trembler la classe politique française et plusieurs institutions en dévoilant des petites phrases, des affaires gênantes mais aussi d'énormes scoops.

Les impôts de Chaban-Delmas

Le 19 janvier 1972, le Canard Enchaîné dévoile les feuilles d'impôts de Jacques Chaban-Delmas. Le document révèle ainsi que le premier ministre de Georges Pompidou n'a pas payé d'impôt sur le revenu pendant quatre ans, entre 1967 et 1970. Il bénéficiait d'exonérations fiscales, totalement légales. Le mécanisme utilisé, créé en 1965, a même un nom : l'avoir fiscal.

L'image de Jacques Chaban-Delmas en prend donc un sacré coup. Quelques mois plus tard, alors que la situation politique ne lui est pas non plus favorable, il rend sa démission. Mais le mal est fait auprès de l'opinion publique. Ce scandale expliquera, entre autres, sa cuisante défaite face à son rival, Valéry Giscard d'Estaing, au premier tour de l'élection présidentielle de 1974. Il ne recueille en effet que 15,11% des voix.

Giscard d'Estaing et l'affaire des diamants de Bokassa

Le 10 octobre 1979, Valéry Giscard d'Estaing est dans la tourmente. Selon Le Canard Enchaîné, le chef de l'État en fonction s'est vu offrir des diamants par l'empereur centrafricain Bokassa Ier. Le journal évoque notamment des objets de 30 carats et, surtout, d'une valeur de 1 million de francs. Ces diamants auraient été donnés lors de déplacement dans le pays africain entre 1970 et 1975.

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Après plus d'un mois de silence, "VGE" se défend fermement et assure avoir tout reversé à des "œuvres de bienfaisance ou musées". Mais ces cadeaux causent de considérables dommages à sa campagne présidentielle perdue en 1981.

Le prêt de Bérégovoy

Le 3 février 1993, le journal dévoile que Pierre Bérégovoy a obtenu un prêt, sans intérêt, d'un million de francs de la part de l'industriel Roger-Patrice Pelat, un ami de François Mitterrand. Cette opération financière avait été réalisée dans le but d'acheter un appartement parisien. 

La justice s'empare de l'affaire mais le prêt s'avère être légal. Toutefois, des suspicions de corruption pèsent sur le Premier ministre, député de la Nièvre au moment des faits. Il lui est aussi reproché de ne pas avoir remboursé la totalité du prêt. Le 1er mai, un mois après son départ de Matignon, il se suicide. La stupeur est totale, d'autant qu'aucun mot d'explication n'accompagne son geste. Son entourage évoque cependant une dépression liée, entre autres, à cette polémique.

Les appartements parisiens de Juppé

Le 7 juin 1995, Alain Juppé est dans le collimateur de l’hebdomadaire. Celui-ci indique que le Premier ministre bénéficie d'un appartement de six pièces dans la rue Jacob du VIe arrondissement de Paris pour un loyer inférieur aux prix du marché de ce quartier parisien prisé (14.500 francs mensuels). Le logement de 180 mètres carrés appartenait au domaine privé de la Ville de Paris.

Peu après, le Canard Enchaîné en remet une couche et affirme que l'appartement a été rénové aux frais de la municipalité, pour une somme de 1,2 million de francs. Dans le même temps, le fils d'Alain Juppé est lui aussi épinglé pour avoir obtenu un passe-droit, dans un immeuble voisin, pour un autre appartement de la Ville de Paris. Une enquête est ouverte. Si l'affaire est classée quatre mois plus tard, Alain Juppé et son fils sont contraints de déménager.

Tiberi et les faux électeurs du Ve arrondissement

En 1997, le Canard découvre une vaste fraude électorale dans le Ve arrondissement de Paris, fief de Jean Tiberi, concernant les élections municipales de juin 1995 et les législatives de mai-juin 1997. Le journal assure que près de 4.000 électeurs étaient inscrits illégalement. En contrepartie, les personnes qui acceptaient d'être sur ces listes, alors qu'elles n'étaient pas domiciliées dans le Ve, obtenaient des avantages sociaux. À la suite de cette publication, une plainte est déposée.

En 2008, après une longue enquête, Jean Tiberi, qui a toujours contesté les faits qui lui sont reprochés, est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, avec sa femme Xavière qui est, elle aussi, poursuivie. En 2009, il est condamné à dix mois de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité. Une peine confirmée en appel en 2013 puis par la Cour de cassation en 2014.

Les vacances en Tunisie d'Alliot-Marie

Le 26 janvier 2011, le détail des vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, est rendu public. Il apparaît que ce voyage, datant de la fin d'année 2010, s'est déroulé pendant les grandes manifestations contre le président Ben Ali. Surtout, il se trouve que "MAM" et son compagnon ont voyagé à bord d'un jet privé appartenant à un homme d'affaires, proche de Ben Ali. Les parents de l'actuelle députée européenne auraient par ailleurs fait des affaires avec ce même homme.

Dans les semaines qui suivent, Michèle Alliot-Marie réfute les soupçons, dénonce des "mensonges" et déplore que sa "vie privée" soit passée "au peigne fin". Malgré tout, la polémique continue d'enfler et son poste de ministre se trouve de plus en plus fragilisé, d'autant que Mediapart abonde dans le sens du Canard Enchaîné. Elle démissionne finalement du gouvernement le 27 février 2011, tout en assurant "n'avoir commis aucun manquement".

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2015-09-10 10:00:00
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