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FN : Jean-Marie Le Pen se rallie à la thèse du "Grand remplacement"

En prédisant un "remplacement des populations" françaises par celles issues de l'immigration, le président d'honneur du Front national (FN) prend le contre-pied de la ligne officielle de son parti.

Jean-Marie Le Pen, le 15 mars 2014, à Toulouse. (archives)
Jean-Marie Le Pen, le 15 mars 2014, à Toulouse. (archives) Crédit : REMY GABALDA / AFP
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La France et l'Europe connaissent "une invasion migratoire" qui "risque de produire un véritable remplacement des populations" françaises par des extra-européens en "grande partie" musulmans, a lancé Jean-Marie Le Pen, ce mardi 23 mai.

Ce n'est que "le début du commencement", a-t-il prophétisé. Jean-Marie Le Pen, âgé de 85 ans, qui mène la liste du Front national aux Européennes dans le Sud-Est.

Thèse portée par l'écrivain Renaud Camus

Selon les spécialistes, les fondements de cette thèse du "remplacement des populations française" est "insidieux" mais "bien pratiques". Ce discours fait écho à une thèse portée depuis 2010 par l'écrivain Renaud Camus, qui se décline en trois points : les noirs et les arabes vont remplacer les français de "souche"; ils veulent saper la "civilisation" française ; il suffit d'ouvrir les yeux pour s'en rendre compte mais les élites nient cette réalité.

Cette théorie du "Grand remplacement", qui a d'ailleurs inspiré une liste "anti-remplaciste" aux Européennes (dans la circonscription Sud-Ouest) menée par Renaud Camus lui-même, est très populaire dans les milieux d'extrême droite.

Un taux d'immigration parmi les plus bas d'Europe

Sur internet, elle donne lieu à une profusion de diagrammes affichant les taux de natalité des femmes africaines versus ceux des "Blanches européennes" ou de photos où l'on voit des Noirs ou des femmes voilées dans le RER ou à un arrêt de bus.

"Oui, il y a des personnes originaires du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne dans la rue parce que dans les années 60 et 70, il y a eu une proportion plus importante de migrants en provenance de ces régions", souligne Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l'OCDE.

"Mais en terme de flux récents d'immigration, on est parmi les pays occidentaux où les niveaux sont les plus bas", rappelle-t-il : avec moins de 250.000 entrées permanentes en 2012, dont 100.000 Européens, le nombre d'immigrés qui s'installent durablement en France représente moins de 0,4% de la population totale, contre une moyenne de 0,6% dans l'OCDE.

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"Des Français de papier"

Pour lui, la présence de minorités visibles "n'a rien à voir avec la politique migratoire actuelle, l'Europe ou la mondialisation" mais découle des politiques menées pour attirer la main d'oeuvre étrangère jusqu'au choc pétrolier de 1974.

Surtout il est "insidieux", selon Christophe Dumont, "de faire le mélange entre les immigrés et leurs enfants", dont une partie sont issus de couples mixtes et qui "sont Français et ont été éduqués à l'école de la République."

Pour Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l'extrême droite, la thèse du "grand remplacement" consiste effectivement à dire "qu'une partie de la population française n'est pas vraiment française. Ce seraient des Français de papier."

Une thèse qui gagne du terrain dans le parti

Cette lecture est contraire à la ligne officielle du FN selon laquelle "si on s'assimile, on peut venir de partout et être Français", remarque-t-il. Pourtant elle "fait son chemin petit à petit" dans le parti. Outre Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, ancien numéro deux, Julien Rochedy, patron des jeunes du FN, Philippe Martel, chef de cabinet de Marine Le Pen ou encore Fabien Engelmann, maire de Hayange (Moselle) ont déjà manifesté leur adhésion à cette théorie.

Marine Le Pen, elle, ne l'a jamais officiellement validée. Récemment, elle a toutefois lancé lors d'une débat qu'il "suffit d'aller dans la rue pour voir le problème de l'immigration". La thèse perce au FN car, en visant spécifiquement les musulmans, elle est "bien pratique", estime le sociologue Raphaël Liogier : "elle permet de faire la jonction entre les valeurs traditionnelles de l'extrême droite nationaliste et chrétienne et l'image plus progressiste endossée par Marine Le Pen, notamment avec la défense de la laïcité."

"Et en période de crise identitaire, regrette Raphaël Liogier, les gens finissent par écouter ce discours qui répond à leurs angoisses." Pour Jean-Yves Camus, le patron historique du FN connaît son sujet : "il exprime quelque chose de central, partagé par beaucoup de militants".

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