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Éleveurs en colère : le gouvernement saisi par l'urgence

Face à une mobilisation d'ampleur, un plan d'urgence doit être présenté par François Hollande en personne lors du Conseil des ministres de mercredi 22 juillet.

Une manifestation d'éleveurs à Caen, mardi 21 juillet
Une manifestation d'éleveurs à Caen, mardi 21 juillet
Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
La rédaction numérique de RTL & AFP

Face à la colère des éleveurs qui ont étendu leurs blocages à travers la France, le gouvernement est passé à la vitesse supérieure et prépare un plan d'urgence qui doit être annoncé d'ici mercredi. C'est François Hollande, lui-même, monté en première ligne dans ce dossier, qui a souhaité présenter les mesures en Conseil des ministres.

Afin de faire baisser la tension, croissante sur les barrages des éleveurs de Normandie, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll s'est rendu à Caen en fin de journée pour y rencontrer les producteurs de lait qui se battent eux aussi pour une revalorisation du prix de leur travail. Dans un premier temps le ministre avait fixé à jeudi la réunion avec les représentants des agriculteurs.

Les blocages toujours pas levés

"On n'était pas là pour négocier" a lâché M. Le Foll après deux heures de réunion, confirmant que des mesures seraient présentées visant notamment "un recalibrage des aides aux exploitations les plus endettées".
"L'ensemble des filières", viande porcine, viande bovine et surtout lait a été évoqué avec les éleveurs normands, principal bassin laitier français, a-t-il insisté. Mais les éleveurs n'ont pas encore décidé de lever leurs barrages.  "On réfléchit à maintenir les points de blocages et à rassembler les agriculteurs" a prévenu le président de la FDSEA du Calvados Jean-Yves Heurtin à l'issue de la réunion. A la mi-journée, le Premier ministre, Manuel Valls en avait appelé à "la responsabilité de chacun", ciblant en particulier les "industriels" et la "grande distribution", pour qu'ils agissent sur les prix et donnent un coup de pouce aux éleveurs en colère.

Un rapport crucial sur les prix de la viande bovine

Le ministre devait regagner Paris en soirée pour prendre  connaissance d'un rapport sur les prix et les marges, très attendu, du médiateur qu'il a désigné et dont la remise a été avancée de 24 heures pour endiguer la crise. 
Ce rapport, commandé à l'issue d'une table ronde de la filière bovine le 17 juin, traite spécifiquement des prix de la viande bovine et du rôle des intermédiaires (industrie et distribution).

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Il sera scruté de très près par les professionnels et les autorités pour déterminer qui, de la grande distribution ou des industriels des abattoirs, manque à sa parole et refuse d'appliquer des hausses de tarifs convenues. Ce rapport ne concerne pas les prix du lait. Mais "clairement", a jugé M. Le Foll devant les éleveurs du principal bassin laitier de France, la filière est en crise: "302 à 304 euros la tonne, c'est insuffisant". Les producteurs réclament "au minimum 30 centimes" par litre de mieux.

Sur le terrain, les éleveurs normands avaient étendu leurs actions mardi pour la 3e journée de mouvement, bloquant l'accès à Caen, Evreux, au Mont Saint-Michel et aux ponts de Normandie et de Tancarville. Les manifestants ont aussi élevé des barrages sur plusieurs routes ou autoroutes de la région, entraînant notamment de gros embouteillages dans la ville de Rouen. Les blocages se sont étendus à la Bretagne, vers Saint-Malo et Brest, dans le Sud-Ouest autour de la grotte de Lascaux, et en Picardie. Les éleveurs de Rhône-Alpes s'apprêtaient à rejoindre le mouvement mercredi, prévoyant des barrages filtrants dans la Loire. Pour Jean-Pierre Royannez, président de la FRSEA Rhône-Alpes, la sécheresse vient de plus s'ajouter à la baisse des prix de la viande dans la région.

Le climat s'en mêle

"C'est l'amalgame des deux qui devient dramatique. Les exploitations ont atteint un tel niveau de fragilité que les agriculteurs ne peuvent plus faire face. Avant on avait un peu de trésorerie pour nous aider à passer ces coups-là mais plus maintenant car on n'a plus de bonnes années" explique-t-il. Les atermoiements du ministre ont alimenté un tir nourri de critiques de l'opposition,tel Bruno Le Maire (Les Républicains) qui y a vu un signe de "mépris". Parmi les annonces attendues, le gouvernement pourrait opter pour des mesures de désendettement des exploitations (un milliard d'euros de dettes cumulées selon la FNSEA) en prenant à sa charge une partie des intérêts. Stéphane Le Foll a estimé récemment que 10% des élevages, soit 22.000 exploitations, étaient au bord du gouffre.

Des mesures d'urgence, c'est pas ça qui va sauver l'élevage

Samuel Bidert, secrétaire général adjoint de la FDSEA du Calvados

Le patron des Jeunes Agriculteurs (JA), Thomas Diemer, attend "des annonces fortes sur l'endettement et une mise au pas des acteurs de la filière qui ont refusé de s'engager sur les hausses de prix". "Des mesures d'urgence, c'est pas ça qui va sauver l'élevage", a déjà prévenu Samuel Bidert, secrétaire général adjoint de la FDSEA du Calvados. "On veut des mesures sur le long terme". Pour Thomas Diemer, "le rapport du médiateur n'est pas une fin en soi mais il va nous aider à cibler plus finement les opérateurs en cause". 

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