2 min de lecture
Etienne Gernelle - Edito
Crédit : Sebastien TOUBON
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Siffler La Marseillaise est choquant. C’est une atteinte à cette belle idée selon laquelle on s’unit, par-delà nos divergences, derrière un drapeau, derrière un hymne. Et le fait qu’un élu de la République n’y voie pas de problème n’est pas très flatteur pour ses convictions républicaines. C’est aussi un cadeau offert aux identitaires de tous bords.
Mais c’est aussi, au fond, le mérite, la gloire même de notre République et, plus largement, d’un régime de liberté : laisser s’exprimer ceux qui la contestent. À la fin, cette déclaration est donc aussi un hommage, volontaire ou non, à la République française.
Il suffit de regarder ailleurs pour le mesurer. Essayez de siffler l’hymne russe à Moscou, essayez de siffler l’hymne cubain à La Havane, et vous verrez ce qui se passe. Cette liberté de contester les symboles nationaux n’a rien d’évident dans une grande partie du monde.
C’est d’ailleurs ce que disent, malgré eux, les propos de Bally Bagayoko. Il affirme dans L’Opinion : "Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d’ici mais aussi de là-bas."
Or, ce "là-bas", comme il dit, rappelle aussi qu’on peut parfois aller en prison pour une offense au drapeau, notamment en Algérie. Kamel Daoud, écrivain franco-algérien, l’a encore rappelé cette semaine. C’est aussi pour cette raison que tant de gens, venus du monde entier, rejoignent la France.
Il existe bien une loi de 2003 qui réprime l’outrage public à l’hymne ou au drapeau national dans une manifestation publique. Mais elle n’est pas vraiment appliquée. Et il n’est pas certain qu’elle soit bien inspirée. La bonne réponse est politique, pas pénale.
L’histoire le montre. En 1881, lors du débat sur la grande loi sur la liberté de la presse, celle qui permet encore aujourd’hui de s’exprimer librement, certains députés républicains veulent ajouter un délit d’outrage à la République. Le sujet est alors tout sauf théorique : à la Chambre des députés, entre bonapartistes et monarchistes, ceux qui veulent abolir la République représentent environ un tiers des voix.
Georges Clemenceau, pourtant républicain farouche, s’y oppose. Il se brouille avec ses amis et prononce cette phrase magnifique : "La République vit de liberté."
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