3 min de lecture Décès

Décès de Jérôme Monod : qui était ce grand patron et conseiller de Jacques Chirac ?

PORTRAIT - Jérôme Monod, décédé ce jeudi 18 août à Lourmarin (Vaucluse) à l'âge de 85 ans, a été une figure emblématique du groupe Suez Lyonnaise des Eaux, ainsi que l'influent conseiller de Jacques Chirac.

Jérôme Monod, industriel et homme politique francais, le 29 avril 2009.
Jérôme Monod, industriel et homme politique francais, le 29 avril 2009. Crédit : BALTEL/SIPA
Geoffroy Lang
Geoffroy Lang
et AFP

Décédé jeudi 18 août à Lourmarin (Vaucluse) à l'âge de 85 ans, Jérôme Monod a été un grand commis de l'État, un grand patron, figure emblématique du groupe Suez Lyonnaise des Eaux, ainsi que l'influent conseiller de Jacques Chirac. Il était issu d'une grande famille protestante du pays de Gex (aujourd'hui partie de l'Ain) qui comprenait le prix Nobel Jacques Monod, le spécialiste des déserts Théodore Monod, le cinéaste Jean-Luc Godard ou encore nombre de banquiers suisses.

De petite taille, la bouche mince, des éclairs dans les yeux, il avait la réputation d'être batailleur, autoritaire, orgueilleux, mais surtout doté d'un humour ravageur. Au début des années 2000, quand il conseillait Jacques Chirac, la presse le qualifiait de "Cardinal armé" pour Le Figaro, de "L'ombre du président" selon Le Parisien, de "L'homme des castings chiraquiens" chez Libération, de "L'homme le plus puissant de France" (France-Soir) ou de "L'indispensable Monsieur Monod" (Le Monde).

Lieutenant de Jacques Chirac et créateur du RPR

Jérôme Monod, né le 7 septembre 1930 à Paris, s'assoit dès son plus jeune âge sur les bancs des écoles les plus prestigieuses, avant de suivre la filière classique des hauts fonctionnaires, Sciences-Po et l'ENA. Son père est chirurgien, sa mère fille de pasteur. Jeune auditeur à la cour des Comptes, il entre dans les cabinets ministériels du Premier ministre Michel Debré (qu'il admire) et du ministre Maurice Schumann, avant de devenir, de 1967 à 1975, délégué à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR).

En arpentant la campagne pendant cette décennie, il rencontre tous les dignitaires politiques que compte le pays. Parmi eux, un chargé de mission au cabinet de Georges Pompidou : Jacques Chirac. Cette rencontre se transforme en amitié indéfectible. En 1975, Monod devient le directeur de cabinet de Jacques Chirac lorsque ce dernier est Premier ministre. "Il dirigeait l'équipe d'une main de fer, en trois minutes tout devait être dit, sinon il nous fusillait de son regard bleu acier", se souvient un ancien du cabinet. En 1976, avec Chirac, il crée le RPR, le parti gaulliste chargé de remporter les législatives de 1978. Il dit alors ne pas aimer la politique, mais agir juste par amitié pour un homme. Sa seule expérience directe des urnes est l'élection municipale de 2001 à Lourmarin, où il a été battu.

Deux décennies consacrés à la promotion de la Lyonnaise des Eaux

À lire aussi
Un camion de pompiers (illustration). accident
Loire Atlantique : une femme décède percutée par la voiture de son mari

Mais, une fois la partie gagnée, il quitte le monde politique pour le privé où, dit-il, "on peut faire bouger une entreprise". En 1979, il rejoint la Lyonnaise des Eaux pour en devenir le patron un an plus tard. Il devient le VRP numéro un du groupe, et part à la conquête du monde, parcourant les chantiers de l'Amérique du Sud au Japon, en passant par le Moyen-Orient ou la Chine. Sans états d'âme. À ceux qui lui reprochent d'ignorer la répression sanglante de Tienanmen, il rétorque "travailler pour le bien-être des masses".

Il se lance aussi dans la construction d'un pôle communication autour de la télévision et du câble. En 1997, la fusion avec Suez marque l'apogée de deux décennies consacrées à la promotion de son groupe, notamment face au rival de toujours la Générale des Eaux, devenu Vivendi. Mis en cause dans les affaires liées au financement des partis politiques dès la fin des années 80, Jérôme Monod a été l'un des premiers grand patrons français à mettre en place une charte éthique dans le groupe.

Stratège de la présidentielle 2002

En 1999, il signe avec un psychiatre, Ali Magoudi, un livre inattendu plaidant en faveur de la souveraineté politique de l'Europe face aux Etats-Unis et intitulé : "Manifeste pour une Europe souveraine". Sur le modèle de la Ve République, il propose un président de la République européenne élu au suffrage universel. À l'âge de 70 ans, il redevient en 2000 un des proches conseillers de Jacques Chirac, qui le charge de préparer l'élection présidentielle de 2002 et la création de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP).

Proche d'Alain Juppé, il s'impose vite comme l'éminence grise du cabinet du président, quand celui-ci est réélu en 2002. C'est lui qui distribue les investitures, exerçant en outre une grande influence dans la sphère économique. Même dans son propre camp, il n'a pas que des amis. Ses relations avec Nicolas Sarkozy sont notoirement mauvaises mais, en 2007, il appelle à le soutenir à la présidentielle. Père de trois enfants, marié à une avocate d'affaires, Françoise Gallot (petite-fille d'Henri Queuille, élu radical de Corrèze et président du Conseil sous la IVe République), Jérôme Monod était président d'honneur de la Fondation pour l'innovation politique.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Décès Patronat Patrons
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants