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Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, en mars 2024.
Crédit : DIMITAR DILKOFF / AFP
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Il quitte son poste à peine dix mois après sa prise de fonctions. L'ancien ministre socialiste Pierre Moscovici a démissionné de la Cour des comptes européenne, moins d'un an après sa nomination, a indiqué jeudi 22 octobre l'institution basée au Luxembourg. L'ancien président de la Cour des comptes française invoque des raisons personnelles et sa volonté de conserver sa liberté de parole, à l'approche de l'élection présidentielle en France.
Pierre Moscovici dit quitter son poste "à regret, car l'institution est importante et ses travaux de grande qualité". Mais il estime "plus raisonnable de ne pas poursuivre son mandat", explique-t-il dans un entretien au Point.
"Concilier ma vie familiale, à laquelle je suis attaché avant tout, et la vie à Luxembourg est vraiment trop compliqué. (...) Et puis, dans la période difficile voire tragique qui vient, je pense qu'avec l'expérience qui est la mienne, ma place est aussi de contribuer au débat public ici en France", dit-il.
Selon lui, l'état des finances publiques de la France "pose des problèmes de liquidité, de soutenabilité et surtout de souveraineté". "La charge de la dette dépassera largement 90 milliards d’euros en 2027, voire approchera les 100 milliards. L’Éducation nationale, c’est environ 70 milliards, la Défense 55 milliards. C’est absurde ! Un État surendetté est un État impuissant, paralysé, étranglé", assure-t'il.
Pour autant, "la France n'est pas en faillite", tempère-t-il, évoquant "des fondamentaux solides", à savoir "des impôts qui rentrent bien, une épargne abondante, un tissu économique dense et diversifié"?. "Rien à voir avec la Grèce des années 2008-2015", assure-t'il.
Pour Pierre Moscovici, les difficultés budgétaires de la France sont aussi aggravées par l'instabilité politique. L'absence de majorité à l'Assemblée nationale empêche, selon lui, de définir une trajectoire crédible pour les finances publiques, alors que 58 % de la dette française est détenue par des investisseurs étrangers. "Les échéances de 2027 sont les plus importantes depuis très longtemps, parce que la situation est grave, et parce que l’extrême droite pourrait arriver au pouvoir pour la première fois par les urnes", estime-t-il.
L'ancien premier président de la Cour des comptes considère que les Français ont pris conscience de la gravité de la situation, mais qu'ils doivent désormais accepter d'y contribuer individuellement. "Tout le monde sait que la France doit faire des efforts, mais chacun doit encore se demander : lesquels suis-je prêt à faire, moi ? C’est la question clé. Et puis, il nous faut une stratégie cohérente, qui fixe le rythme et le partage des efforts", résume-t-il.
Âgé de 69 ans, Pierre Moscovici a notamment été commissaire européen, ministre, député socialiste et premier président de la Cour des comptes française. Il avait rejoint la Cour des comptes européenne le 1er janvier dernier pour un mandat de six ans.
Son successeur sera nommé par les représentants des Etats européens, sur la base de la proposition du gouvernement français et après avoir consulté le Parlement européen. La Cour des comptes européenne est une institution indépendante chargée de contrôler l'utilisation des fonds de l'UE.
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