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Un smartphone affichant les icônes de certaines des principales applications d'intelligence artificielle.
Crédit : Martin LELIEVRE / AFP
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Elles vont influencer le cours de la campagne pour 2027. A leur manière, les intelligences artificielles font de la politique, comme le montre les résultats d’une étude de l’agence Angie et Météoria, menée sur sept "modèles d’intelligence artificielle générative" durant le mois de septembre 2026, que RTL révèle ce lundi 5 octobre.
Les intelligences artificielles génératives, dites LLM, "agrègent, hiérarchisent et retranscrivent les informations à propos de différents sujets" : la santé, la pratique sportive... et même la politique, expliquent les résultats de cette étude. Mais alors que pensent ChatGPT, Claude, Gemini ou Perplexity de la présidentielle de 2027 ? Ces outils puisent leurs informations principalement auprès des médias, des réseaux sociaux, des forums en ligne et de Wikipédia et en tirent des conclusions sur la hiérarchie et la valeur des candidats.
L'étude montre que les IA ont identifié un trio de tête pour cette présidentielle : Édouard Philippe (Horizons), Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) comme principaux candidats "à un niveau assez proche", observe Pierre-Hadrien Bartoli, l'auteur de cette étude. Derrière arrivent Gabriel Attal (le candidat Renaissance tire son épingle du jeu en étant assez identifié, mais sans jamais toutefois apparaître au même rang de favori qu’Édouard Philippe) et Bruno Retailleau (LR), tandis que Raphaël Glucksmann (Place publique) est nettement moins identifié.
"L'IA va se nourrir de tous les contenus qui sont disponibles sur internet, et va ensuite se former une opinion à propos des différents candidats", nous explique Pierre-Hadrien Bartoli.
Une "opinion" qui s'éloigne de la réalité. Marine Le Pen, Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon "à un niveau assez proches"? Les IA ne tiennent pas en compte la très large avance de Marine Le Pen dans les sondages et surclassent, au contraire, Édouard Philippe, présenté comme le principal favori alors même qu'il est menacé par Jean-Luc Mélenchon. Le danger, pour les candidats, c'être tout bonnement effacés de la photo. C'est ce qui arrive au candidat de Place publique Raphaël Glucksmann. Un cas d'école. "Il est un peu moins identifié parmi les candidats importants de l'élection, avec une singularité : en fonction des IA, on a des réponses très différentes. ChatGPT, Gemini, le considèrent comme favori. En revanche, les aperçus IA de Google qui apparaissent en haut des recherches et Perplexity, qui est très utilisé par les jeunes, ne le voient pas du tout parmi les favoris, et ça va empêcher de le faire émerger comme les autres candidats", détaille Pierre-Hadrien Bartoli.
Les IA donnent aussi leur avis : elles estiment par exemple qu’Édouard Philippe réalise jusqu'ici la meilleure campagne et Bruno Retailleau la moins bonne. Mais là encore, ces outils sont loin d'être objectifs. Ils valorisent certains candidats et pas nécessairement ceux que l'on imagine. "Il y a un vrai sujet sur les préférence de l'IA. Les candidats les plus modérés semblent avoir des réponses plus favorables. L'IA parle bien mieux des candidats centristes, voire de centre-droit et beaucoup moins des candidats des extrêmes. Marine Le Pen, Eric Zemmour, et dans une moindre mesure, Nicolas Dupont-Aignan eux, bénéficient d'une tonalité beaucoup plus négative", explique Pierre-Hadrien Bartoli. "L'IA aime bien être neutre. Elle va donc avoir tendance à éviter de remonter des propositions plus extrêmes, des choses plus étonnantes et à lisser le contenu", complète Victor Cohen directeur du pôle IA au sein de l'équipe de Gabriel Attal.
Sans compter que toutes les IA ne donnent pas toutes les mêmes réponses, puisqu'elles n'utilisent tout simplement pas les mêmes sources. " Or, les Français utilisent principalement un modèle d'IA aujourd'hui et donc, il y a un risque que les Français se retrouvent dans un système de bulle, en réalité, où ils vont avoir des informations qui vont être filtrées par une IA et qui vont différer de celle de leur voisin qui utilise un autre modèle d'IA", met en garde l'auteur de l'étude. Un biais similaire à celui des "bulles cognitives" produites par les algorithmes des réseaux sociaux, accentué, en outre, par ce phénomène, souligne Victor Cohen : "L'IA a tendance à vouloir faire plaisir et répondre dans le sens de l'usager. Si on lui pose des questions colorées à gauche, elle va répondre avec des arguments plutôt de gauche. Si on lui pose des questions colorées à droite, elle va répondre avec des arguments plutôt de droite. On peut donc s'enfermer, plus facilement qu'on ne le croit, dans des manières de penser."
Il ne fait aucun doute que l'intelligence artificielle sera un enjeu considérable pour les équipes de campagne. "Ce qui est très frappant, c'est la proportion qui nous disent 'je vais m'en servir pour m'aider à identifier le candidat qui correspond le plus à mes idées. L'IA va devenir quelque part un nouveau déterminant du vote", souligne Adélaïde Zulfikarpasic, de l’institut de sondage Ipsos-BVA, qui explique qu'un quart des Français comptent utiliser l'IA dans le cadre de la présidentielle. "Avec l'arrivée cet été des aperçus IA en haut des recherches Google, on va avoir en réalité jusqu'à l'élection quasiment 100% des Français qui auront eu malgré eux des réponses passées par le filtre de l'IA sur la présidentielle", renchérit Pierre-Hadrien Bartoli.
Alors les équipes de campagne s'organisent pour alimenter ces outils et influencer les réponses de l'intelligence artificielle. Au QG d'Edouard Philippe, cela occupe une personne à temps plein. Une à deux, chez Gabriel Attal. "Déjà, il est important de poser régulièrement des questions aux différentes IA sur le candidat pour qu'elles se rendent compte que ces sujets-là peuvent intéresser les gens, qu'il faut donc qu'elle indexe les données pour répondre plus rapidement et de manière plus exhaustive. On travaille aussi sur la quantité de contenus disponibles. Tous nos articles, toutes nos mesures sont rédigées aussi en pensant à ce que l'IA va lire, et ce qui l'intéresse le plus. On va citer beaucoup plus nos sources, des chiffres, parce que l'IA y accorde beaucoup d'importance", explique Victor Cohen, le responsable IA du QG Renaissance. L'équipe Philippe énumère les bonnes pratiques : "Des informations structurées sur le site de campagne, facilement lisibles, en termes simples, compréhensible."
Du côté de Bruno Retailleau, on veille aussi à ce qu'il n'y ait aucun PDF, que des textes "en clair" sur le site, afin qu'ils puissent être absorbés par les modèles IA. L'équipe du candidat LR s'emploie aussi à nourrir les réseaux sociaux préférés de l’IA, LinkedIn ou X. Une autre écurie présidentielle nous livre également ce secret de fabrication : scripter "en caché" toutes les vidéos YouTube de son candidat, en remplaçant toutes les fois où il dit "je" par son nom, car... la célèbre plateforme vidéo est une sources importante pour les IA. "C'est un sujet qu'il faut complètement intégrer à la stratégie de communication, ça fait partie de la campagne. C’est simple, il faut tout penser par ce prisme-là", résume un stratège d’une équipe concurrente.
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