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Jeffrey Epstein, 66 ans, financier américain, retrouvé mort dans sa cellule à New York, décédé le 10 août 2019. (Illustration)
Crédit : Facebook Jeffrey Epstein
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Paris, la mode, les castings, la promesse d’une carrière. C’est dans ce décor de rêve que s’est déployé pendant des années le réseau français lié à Jeffrey Epstein. Dans son enquête Epstein, les secrets de la filière française, le journaliste d'investigation Frédéric Ploquin décrit un système de prédation structuré, au croisement du mannequinat, de l’argent et de l’impunité.
Au cœur de ce dispositif, un nom revient sans cesse : Jean-Luc Brunel, patron d’agence de mannequins, présenté comme "le Français" de l’affaire. Son rôle, selon Frédéric Ploquin, était central : repérer de très jeunes femmes, souvent étrangères, parfois venues aussi de province, attirées par l’espoir de percer dans la mode à Paris.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour traite des êtres humains après la publication le 30 janvier 2026, par les autorités américaines, de milliers de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein. La procureure de Paris Laure Beccuau a indiqué sur RTL, dimanche 17 mai, qu’"une dizaine" de nouvelles victimes présumées se sont manifestées, ce qui porte à une vingtaine le nombre total de personnes signalées auprès du parquet.
À ce stade, aucune personne susceptible d’être mise en cause n’a encore été entendue : les enquêteurs recueillent d’abord les témoignages des victimes avant d’exploiter les éléments matériels.
Le mécanisme était bien rodé. Tout commençait par le "test photo", que le journaliste décrit comme "un peu la scène de crime de tous ces prédateurs". De jeunes candidates se présentaient dans une agence avec l’espoir d’être repérées. Très vite, une relation d’emprise s’installait. "On dit à ces filles : si tu veux réussir, il faut que tu perdes quelques kilos", explique Frédéric Ploquin. Puis venait une autre injonction, plus brutale encore : "si tu veux réussir, il faut coucher".
Selon l’auteur, cette domination psychologique s’exerçait sur des jeunes femmes déjà fragilisées. "La plupart de ces jeunes filles sont poussées vers l’anorexie mentale", affirme-t-il, décrivant des victimes "affaiblies et sous emprise". Souvent isolées, loin de chez elles, elles se retrouvaient prises dans un engrenage mêlant fascination, peur et culpabilité.
Le réseau fonctionnait aussi par la fête et la drogue. Frédéric Ploquin raconte ces soirées parisiennes où "un gars patron d’une agence de mannequins distribue la cocaïne à tort et à travers". Dans cet univers, dit-il, certaines jeunes femmes étaient ensuite "choisies" par Jean-Luc Brunel. Le journaliste insiste sur la violence du basculement : ces victimes étaient en train de vivre "leur rêve de jeune fille, un rêve de conte de fées, Paris, la tour Eiffel, la mode", avant de se retrouver confrontées à des violences sexuelles.
C’est là que le lien avec Jeffrey Epstein se resserre. Entre les deux hommes, Frédéric Ploquin voit "quasiment une forme de fraternité". Leur "principal point commun", dit-il, était "l’attrait pour cette 'chair fraîche' et ces jeunes filles". En difficulté financière, Jean-Luc Brunel aurait bénéficié du soutien d’Epstein, qui investit dans son agence. En échange, selon l’enquête, il lui fournissait de jeunes femmes.
Le recrutement passait aussi par Ghislaine Maxwell, "devenue sa principale pourvoyeuse et rabatteuse". Francophone, disposant d’un passeport français, elle aurait servi d’intermédiaire entre Epstein et Brunel. Pour Frédéric Ploquin, Jeffrey Epstein ne venait pas à Paris seulement pour son art de vivre : "Jeffrey Epstein, d’abord, c’est un prédateur sexuel doublé d’un formidable escroc", rappelle-t-il.
Le journaliste décrit enfin un système protégé par le silence et les réseaux d’influence. Selon lui, "ce système de prédation internationale a duré près de 40 ans". Et si ces hommes ont pu agir si longtemps, c’est parce qu’"ils se croyaient finalement totalement impunis". Plus largement, il dénonce un milieu qui "les a protégés jusqu’au bout".
Aujourd’hui encore, Frédéric Ploquin dit vouloir "s’attaquer au mur du silence, au mur de l’impunité". Son objectif : faire entendre la parole des victimes et pousser la justice française à aller plus loin. Au-delà du seul scandale Epstein, son enquête met au jour un mécanisme de prédation visant de jeunes mannequins, piégées par la promesse de réussir dans un milieu dominé par l’argent, l’influence et la loi du silence. "Toutes sont reparties honteuses", déplore-t-il.
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