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Les journalistes Emmanuel Andréani et Anthony Mansuy retracent les liens tissés par Jeffrey Epstein.
Crédit : RTL
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Quelques années après sa condamnation dans l’affaire des mineures de Palm Beach, Jeffrey Epstein revient à Paris, dans une ville qu’il connaît bien pour tenter de redorer son image.
Dans une vaste enquête publiée par le magazine Society, les journalistes Emmanuelle Andréani et Anthony Mansuy, invités de RTL ce jeudi 21 mai, retracent les liens tissés par le pédocriminel en France après avoir été jugé aux États-Unis. "Quand il revient en France, c’est déjà une de ses premières destinations après sa libération, parce qu’il a envie de se sentir libre, qu’il aime beaucoup Paris", explique Emmanuelle Andréani. "Tout son objectif, c’est de faire oublier cette condamnation qui, en réalité, ne cesse de pourrir un peu son image."
Le milliardaire cherche alors à se recréer un réseau d’influence en France, profitant d’un contexte qu’ils jugent plus favorable qu’aux États-Unis. "Il a besoin à tout prix d’améliorer sa réputation et donc de se faire des nouvelles relations qui vont être des garants pour lui ouvrir des portes", poursuit la journaliste.
Les deux journalistes racontent que le financier tente d’approcher les sphères du pouvoir français par l’intermédiaire de personnalités connues, notamment grâce au réalisateur Woody Allen. L’un des noms qui revient régulièrement dans leur enquête est celui de l'ex ministre de la Culture Jack Lang.
"Il a toujours fonctionné comme ça, c’est-à-dire prendre une personne, se rendre indispensable auprès d’elle ou se lier d’amitié pour avoir accès à une autre", explique Anthony Mansuy. Selon lui, Epstein espère alors se rapprocher du pouvoir politique français après l’élection de François Hollande en 2012.
Le journaliste assure qu’il a tenté d’approcher plusieurs figures politiques, sans succès. "Il a essayé de voir Michel Sapin, ça n’a pas marché. Il a essayé de voir Dominique Strauss-Kahn, ça n’a pas marché non plus. Ça a failli marcher d’ailleurs avec Strauss-Kahn", affirme Emmanuel Andréani. Un rendez-vous aurait même été prévu avant d’être annulé.
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Au fil du temps, une relation financière se met également en place avec Jack Lang. Les journalistes évoquent plusieurs versements : 100.000 euros pour un guide sur les arts, 30.000 euros pour participer au financement d’un film ou encore 58.000 euros pour un documentaire consacré à l'ancien président de l'Institut du monde arabe.
Pour autant, les auteurs de l’enquête ne parlent pas de contrepartie directe. "On a retrouvé un mail assez marquant”, raconte Anthony Mansuy. "En 2018, quand Jack Lang lui demande carrément de contribuer à financer un documentaire à sa gloire, Epstein transfère le mail à un ami et lui dit : 'Tu vois, il me demande encore de l’argent, je vais contribuer afin de les garder dans mon équipe'."
Selon les journalistes, Epstein cherche surtout à conserver autour de lui des personnalités capables de renforcer sa crédibilité malgré les accusations qui s’accumulent contre lui. "Il veut les garder dans son équipe parce qu’il a besoin de gens qui sont ses garants", résume le journaliste.
L’enquête revient également sur les liens entre Epstein et Ariane de Rothschild. Les journalistes décrivent une relation nouée grâce à plusieurs intermédiaires, parmi lesquels un ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy.
"C’est assez hallucinant la façon dont il approche Ariane de Rothschild", estime Emmanuelle Andréani. "Tous ces hommes la rassurent en lui disant : 'Non, non, mais ce type est très bien.'"
Selon certains témoignages recueillis par les auteurs, la banquière consultait fréquemment Epstein sur différents sujets professionnels. "Des salariés nous racontent qu’elle le consultait sur beaucoup de choses", affirment les journalistes, tout en nuançant l’ampleur réelle de son influence dans les décisions de la banque.
Au-delà des réseaux d’influence, les journalistes décrivent surtout un système de prédation extrêmement structuré. "L’image publique de l’affaire Epstein, c’est celle du macro de luxe qui fournit les puissants en chair fraîche", explique Anthony Mansuy. "Mais en réalité, ce trafic vers les autres, c’était plus l’exception que la règle."
Selon eux, le milliardaire mettait avant tout en place un système d’emprise destiné à satisfaire ses propres besoins. "Il recevait parfois jusqu’à trois femmes par jour", affirme le journaliste. "Et pour les garder dans son giron, il y avait un système d’emprise. Presque de secte."
Les jeunes femmes se voyaient promettre des voyages, des carrières ou des postes d’assistantes. "Il avait inventé une espèce d’emploi fictif qui était l’emploi d’assistante", raconte Emmanuelle Andréani. "Il n’y avait pas vraiment de boulot classique. C’était surtout lui faire des massages, attendre toute la journée qu’il ait besoin de quelque chose."
Les journalistes assurent également que certaines victimes étaient ensuite poussées à recruter d’autres jeunes filles, un mécanisme qui renforçait leur dépendance et leur silence. "Quand vous devenez malgré vous complice du phénomène, c’est plus difficile de dénoncer votre agresseur", expliquent-ils au micro de RTL. "C’est vraiment un système hyper calculé."
Pour les deux auteurs, la France occupe une place centrale dans l’histoire d’Epstein, bien plus importante que ce qui avait jusqu’ici été raconté publiquement.
"On a permis de retrouver les traces d’Epstein dès les années 80 à Paris", affirme Emmanuelle Andréani. Selon les auteurs de l'enquête, le financier s’intègre alors dans un milieu du mannequinat où coexisteraient industrie classique et système parallèle de présentation de jeunes femmes à des hommes puissants.
L’enquête s’intéresse également au rôle de Jean-Luc Brunel et de Daniel Siad, décrit comme un "fantôme de l'enquête" par le présentateur. Ces derniers rappellent néanmoins que certaines accusations sont, pour l'heure, au stade de plaintes et relèvent désormais du travail de la justice.
"C’est quelqu’un dont on a découvert au moins quatre ou cinq noms et alias différents", souligne Anthony Mansuy. "Il n’a laissé quasiment aucune trace sur Internet toute sa vie. Donc ce n’est pas très transparent à mon sens."
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