2 min de lecture Justice

Marseille : début du procès des "esclaves modernes" bulgares

La justice juge à partir de mardi six Bulgares soupçonnés d'esclavage moderne pour avoir forcé sept de leurs compatriotes à la mendicité et à la prostitution.

Photo d'illustration de la balance de la Justice au tribunal de Rennes.
Photo d'illustration de la balance de la Justice au tribunal de Rennes. Crédit : AFP / DAMIEN MEYER
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Les six prévenus sont poursuivis pour traite d'êtres humains. Tous membres d'une même famille de ferrailleurs bulgares, ils auraient organisé ces activités de mendicité et de proxénétisme jusqu'en juillet 2013, date où ils ont été interpellés dans un camp rom du XIe arrondissement de Marseille, où ils résidaient.

Leur arrestation fait suite à une dénonciation, en juin 2013, émanant de l'une des victimes, une prostituée. Accablant, son témoignage est confirmé par les enquêteurs. Recrutée en Bulgarie, elle a détaillé comment elle était forcée de travailler sept jours sur sept, de 20h à 5h : contrainte de lui remettre tous ses gains - de 100 à 200 euros par nuit -, elle était régulièrement frappée, à coups de barre, à mains nues, mais aussi brûlée avec des cigarettes.

Régulièrement frappés

Réfugiée chez un client "qui s'est épris d'elle" selon les enquêteurs, la victime fait aussi état de maltraitances à l'encontre de mendiants, tenus sous le joug de la famille. L'enquête révélera ainsi que 6 mendiants, recrutés en Bulgarie, étaient exploités par la famille Hristov. Le père Yordan est présenté comme le chef de "clan". Entendus, les mendiants ont eux aussi, pour la plupart, assuré que, malgré les promesses, il n'avaient jamais pu garder pour eux "un seul centime d'euros".

Âgés de 43 à 69 ans, certains étant malades ou infirmes, ils mendiaient chaque jour et par tous les temps, de 7h30 à 19h, et "avaient droit pour toute pitance à un café le matin, à 2 sandwiches le midi et à des restes récupérés des poubelles de supermarchés le soir". Ils subissaient régulièrement fouilles et mises à nu humiliantes en rentrant au camp, pour vérifier qu'ils ne cachaient pas d'argent.

Eux aussi régulièrement frappés, ils ont expliqué aux policiers ne pas avoir pu se soustraire au joug du clan Hristov, notamment "par peur de représailles".

"C'est la pauvreté qui exploite la misère"

Les relevés de compte du père Hristov ont mis au jour le dépôt en espèces de 11.670 euros entre mars 2012 et juin 2013. L'un des mendiants a raconté que Yordan Hristov possédait en Bulgarie une "très belle maison, avec des jets d'eau décoratifs, un verger. Elle est très bien meublée".

Lors de sa garde à vue, Yordan Hristov a, lui, affirmé que tous reversaient volontairement les gains dans "un pot-commun", formant ainsi "une grande famille", l'argent déposé sur son compte devant, "bien sûr", leur être reversé.

"C'est la pauvreté qui exploite la misère, comme si c'était rassurant de trouver quelqu'un plus bas que soi, cela montre qu'on n'est pas au degré zéro", commente Yann Prévost, avocat des parties civiles et représentant de l'ONG marseillaise Organisation internationale contre l'esclavage moderne (OICEM).

Le défenseur des 6 prévenus, Julien Blot, objecte : "cela peut paraître effrayant, mais ce sont des moins pauvres qui s'occupent des plus pauvres qu'eux. Tout de même, ils n'étaient pas à l'hôtel mangeant grassement pendant que les mendiants travaillaient pour eux. En Bulgarie aussi, ils vivent en communauté".

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