3 min de lecture Justice

Procès Cahuzac : le parquet requiert 3 ans de prison ferme

L'ancien ministre du Budget est jugé pour fraude fiscal. Son ex-femme, Patricia, risque jusqu'à 2 ans de prison ferme.

>
Procès Cahuzac : le parquet requiert 3 ans de prison ferme Crédit Image : LIONEL BONAVENTURE / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
et AFP

Des comptes en Suisse, à Singapour ou sur l'île de Man. Des montages toujours plus sophistiqués. Le parquet a demandé des sanctions contre Jérôme Cahuzac, l'ex-ministre du Budget poursuivi pour avoir menti des années au fisc français. 3 ans de prison ferme et 5 ans d'inéligibilité contre Jérôme Cahuzac ainsi que 2 ans de prison contre son ex-femme Patricia.

L'ancien héraut de la lutte contre l'évasion fiscale est jugé depuis le 5 septembre pour fraude fiscale et blanchiment, ainsi que pour avoir minoré sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement en 2012. Celui qui est à l'origine du plus retentissant scandale politico-financier du quinquennat encourt une peine de sept ans de prison et un million d'euros d'amende. 

C'est aussi le procès d'un couple dans la tourmente, "conscient de l'illégalité" de montages toujours plus sophistiqués. Patricia et Jérôme Cahuzac ont reconnu une fraude "familiale", une plongée dans l'opacité offshore comme une fuite en avant, mais nié avoir construit "un système organisé". 

Au contraire, l'audience a révélé une "fraude sophistiquée", inscrite dans la durée et témoignant de la "faute grave" d'un ministre qui prétendait que "payer l'impôt est le premier geste citoyen", pour les avocats de l'État et de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), qui ont commencé à plaider mercredi matin, avant de céder la parole au parquet. Jusqu'au bout, Jérôme Cahuzac a ménagé ses effets. Il a affirmé n'avoir "pas menti au président les yeux dans les yeux" car François Hollande ne lui avait "jamais demandé" s'il avait "oui ou non un compte à l'étranger". L'Élysée a démenti. Le premier jour du procès, l'ancien ministre avait fixé une nouvelle ligne de défense. À la surprise générale, il avait déclaré avoir ouvert un premier compte à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève en 1992 par l'intermédiaire d'un ami pour "financer les activités politiques" de feu Michel Rocard. Une affirmation inédite et une piste écartée par les juges d'instruction mais qui explique, pour le prévenu Cahuzac, toute son aventure "folle". Une stratégie risquée au procès du mensonge, celui d'un homme enferré dans ses secrets et dont la "vérité" sera jugée "sur pièces", comme l'a prévenu le président de la 32e chambre correctionnelle Peimane Ghaleh-Marzban. 

"Opacité" des mers du Sud

À lire aussi
Toulouse justice
Les infos de 18h - Toulouse : des trafiquants de drogue relâchés pour vice de procédure

Au fil des jours, l'ex-ministre devenu le fraudeur se faisant livrer du cash à Paris a livré ses secrets bancaires: l'ouverture dès 1993 d'un compte en son nom propre chez UBS, nom de code "Birdie". Compte très vite géré par la banque genevoise Reyl, qui organise en 2009 le transfert de tous les avoirs - quelque 600.000 euros - à Singapour, via des sociétés offshore enregistrées au Panama et aux Seychelles. 

La banque Reyl a nié toute "volonté d'opacité", assurant n'avoir répondu qu'au désir de "confidentialité accrue" de son client. Patricia Cahuzac a décrit une fraude familiale bien rodée: "De même que je savais qu'il y avait un compte en Suisse - sur lequel j'avais procuration -, le compte à Man était pour nous deux, à nos deux noms", a dit l'ex-épouse. "On était très conscients de l'illégalité de tout cela". Le couple de médecins versera aussi, de 2003 à 2010, des chèques de patients de leur clinique d'implants capillaires sur les comptes de la mère du chirurgien gagné par le virus de la politique. 

J'ai 64 ans, ma vie politique est terminée

Jérôme Cahuzac
Partager la citation

Cet argent a servi à acheter des appartements aux enfants, à Londres et à Paris, des tableaux, à payer de luxueuses vacances à l'île Maurice ou à La Baule. A eux deux, les Cahuzac ont subi un redressement majoré d'environ 2,5 millions d'euros. Quand l'affaire éclate en décembre 2012, Jérôme Cahuzac, qui a "peur de tout perdre", nie. Il dira à la barre, la voix brisée, avoir "renoncé au suicide" pour "dire la vérité et en payer le prix". Le ministre démissionne le 19 mars 2013, avoue le 2 avril. Trois ans et demi plus tard, il assume "une faute impardonnable". Et constatait mardi: "J'ai 64 ans, ma vie politique est terminée". 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Jérôme Cahuzac Info
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants