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La psychiatre d'un meurtrier rejugée ce lundi à Aix-en-Provence

La psychiatre Danièle Canarelli est rejugée, ce lundi, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). En 2012, elle avait été condamnée à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire à la suite du meurtre commis par l'un de ses patients.

Danièle Canarelli, lors de son procès à Marseille, le novembre 2012.
Danièle Canarelli, lors de son procès à Marseille, le novembre 2012. Crédit : AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
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Au cours d'un procès inédit qui avait fortement ému la profession, le tribunal correctionnel de Marseille avait estimé en première instance que "les défaillances relevées" dans le suivi de Joël Gaillard, de 2000 à 2004 à l'hôpital Edouard-Toulouse, étaient "à l'origine de l'errance du patient, de la fuite de l'établissement puis du passage à l'acte".

Vingt jours après sa fugue, le malade tuait à coups de hachette, le 9 mars 2004 à Gap (Hautes-Alpes), le compagnon octogénaire de sa grand-mère, Germain Trabuc. Le "point d'orgue d'un parcours médical marqué d'une succession d'échecs", soulignait le jugement, aux mots très durs à l'encontre du docteur Canarelli.

L'avis de ses confrères négligé

Des antécédents sous-estimés, des incidents banalisés, des alertes méconnues : selon le tribunal, "l'attitude de cette dernière a confiné à l'aveuglement". "Elle a persisté dans son approche thérapeutique en négligeant les avis multiples et concordants émanant de ses confrères", qui avançaient le diagnostic d'une "schizophrénie paranoïde" chez un patient ayant commis avant le drame plusieurs agressions, dont une tentative d'assassinat.

Pendant la période de soins, Joël Gaillard, 44 ans aujourd'hui, fut hospitalisé d'office à quatre reprises. Or, à chaque fois, la praticienne lui a très vite accordé des sorties d'essai, mettant en avant "une relation de confiance avec l'équipe", "une bonne adhésion aux soins" et "une absence de symptomatologie patente".

A l'audience, elle avait reconnu avoir été confrontée à un "problème de diagnostic", évoquant une "énigme". Dans ces conditions, pourquoi ne pas avoir passé la main? Elle aurait pu "envisager une hospitalisation en UMD" (Unité pour malades difficiles) ou confier à une autre équipe la prise en charge de ce patient, ont relevé les magistrats, affirmant qu'elle s'était "arc-boutée sur ses convictions".

Pas de risque zéro

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Danièle Canarelli, 59 ans, s'est retrouvée sur le banc des prévenus après la plainte de Michel Trabuc, un des fils de la victime, qui avait également engagé une action contre le préfet, le directeur du centre hospitalier, un autre médecin et des proches du meurtrier. "J'ai fait ce combat pour la mémoire de mon père parce qu'un non-lieu (Joël Gaillard ayant été déclaré irresponsable pénalement en raison de ses troubles psychiatriques), ça ne me satisfaisait pas du tout", explique Michel Trabuc qui espère que la cour d'appel confirmera la peine de la psychiatre.

Seule personne poursuivie, celle-ci est jugée au titre de l'article 121-3 du code pénal, qui implique l'existence d'un lien de causalité indirect entre le fait allégué et le dommage, ainsi que la démonstration d'une faute caractérisée. "Le tribunal ne juge pas la psychiatrie, il juge un cas d'espèce", avait pris soin de rappeler le président Fabrice Castoldi en rendant son délibéré en décembre 2012. En effet, "la loi n'impose pas au médecin une obligation de résultat", de surcroît "la prédictivité et le risque zéro n'existent pas".

Dans le cas présent, "contrairement à d'autres médecins ou catégories de médecins qui doivent agir et réagir dans l'urgence", la prévenue "a pu inscrire ses observations cliniques et ses analyses dans la durée". Pour autant, elle "est restée dans l'incapacité de poser un diagnostic".

L'avocat de Danièle Canarelli, Me Sylvain Pontier, n'a pu être joint. "On aurait compris" si le meurtre avait eu lieu immédiatement après la fugue, mais "20 jours après, il s'est passé mille événements dans la vie de ce patient", avait-il réagi à l'issue du premier procès, craignant "un durcissement des mesures prises à l'égard des malades, dans un but de protection du médecin".

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