3 min de lecture Procès

Clément Méric : le procès de ses agresseurs s'ouvre ce mardi

Le jeune étudiant, devenu symbole de l’engagement antifasciste, avait été tué le 5 juin 2013, lors d’une rixe à Paris. Cinq ans plus tard, au terme d'une longue instruction, le procès de trois "skinheads" s’ouvre ce aux assises.

Clément Méric est décédé le 5 juin 2013 lors d'une rixe avec un groupe des Jeunesses nationalistes révolutionnaires d'extrême droite
Clément Méric est décédé le 5 juin 2013 lors d'une rixe avec un groupe des Jeunesses nationalistes révolutionnaires d'extrême droite Crédit : PASCAL PAVANI / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
et AFP

Il est 18 heures environ, le 5 juin 2013, quand une rixe éclate entre militants d'extrême gauche et d'extrême droite, à Paris dans le quartier de Saint-Lazare. Une rixe qui se termine par l'effondrement d'un militant d'extrême gauche, Clément Méric, âgé de 18 ans. Son décès est prononcé le lendemain alors qu'il se remettait d'une leucémie la même année. 

Les trois "skinheads" qui ont participé à la bagarre sont jugés à partir de mardi 4 septembre 2018, aux assises de Paris, pour répondre des coups portés contre cet étudiant à Sciences-Po.

Rencontre fortuite ou guet-apens ? Bagarre qui tourne mal ou volonté de tuer ? La question est centrale pour le procès, alors que les antifas dénoncent un "assassinat politique" et que les accusés évoquent la légitime défense.  

Au terme de l'enquête, les juges concluent à une rencontre imprévue qui a dégénéré en bagarre, mais écartent l'intention de tuer chez les principaux mis en cause. Esteban Morillo et Samuel Dufour, 25 ans, sont donc renvoyés aux assises pour des violences "ayant entraîné la mort sans intention de la donner", commises en réunion et avec arme - en l'occurrence un poing américain. Ils encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Après plusieurs mois de détention provisoire, ils comparaissent libres. Un troisième skinhead, Alexandre Eyraud, 29 ans, sera lui jugé pour des violences aggravées passibles de 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. 

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D'après Streetpress, Esteban Morillo s'est fait recouvrir ses tatouages à caractère néonazi, par une ex-militante de Troisième Voie. Le site donne un exemple : il avait sur son avant-bras un tatouage "Travail, famille, patrie", qu'il a remplacé par le dessin d'un homme en cravate.

Le coup de poing américain a-t-il été utilisé sur la victime ?

Esteban Morillo a très vite reconnu avoir frappé Clément Méric, mais toujours nié avoir fait usage d'un poing américain, circonstance aggravante aux coups mortels. "Nous souhaitons que M. Morillo soit jugé strictement sur les faits : il a frappé deux fois, à mains nues, lors d'une bagarre, point", a déclaré un de ses avocats, Antoine Maisonneuve. 

Quant à Samuel Dufour, il "n'a porté aucun coup à Méric", selon son avocat Antoine Vey, qui attend "une juste répartition des responsabilités". L'un des enjeux sera de déterminer s'il y a eu ou pas usage de poings américains, laissant supposer une intention d'en découdre. Sur ce point, les expertises médicales se contredisent. 

Certains témoins ont vu Esteban Morillo armé d'un poing américain, d'autres pas. En garde-à-vue, Morillo lui-même affirme que Dufour frappait les antifas à l'aide d'un poing américain. Et le soir-même, Samuel Dufour envoie des SMS à un ami : "J'ai frappé avec ton poing américain", "On les a défoncés". 

Les récits s'accordent sur l'atmosphère électrique de la rencontre : "Les nazis viennent faire leurs courses" a lancé un antifa aux skins arborant tee-shirts "White power" ou "100% pure race". Dans la rue, chaque camp s'accuse d'avoir frappé le premier. 

On les a défoncés

SMS de Samuel Dufour
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Pour Serge Ayoub, alias Batskin, qui accueille les accusés le soir-même dans son bar, les antifas "ont attendu les 'petits fachos' : malheureusement, on peut être agresseur et en mourir, ça arrive". 

Dans les rangs de l'Action antifascite, on redoute une "dépolitisation" : "Si Clément a été tué, c'est parce qu'il était un antifasciste. C'est un meurtre politique, pas une bagarre entre bandes. Si le procès doit avoir un moment de vérité, c'est ça". 

Leur réponse à la mort du jeune militant a été la création d'un Comité pour Clément, avec la volonté de "ne pas laisser la rue" à l'extrême droite. Plusieurs rassemblements sont prévus à Paris dans les prochains jours. 

Les groupuscules d'extrême-droite dissous après la mort de Clément Méric

Les rixes ne sont pas rares entre ces groupes ennemis, mais pour la première fois depuis longtemps, il y a un mort : un jeune homme engagé, décrit par beaucoup comme brillant et frêle, dont ses amis de l'Action antifasciste Paris-Banlieue affirment qu'il n'était "pas violent" mais "ne baissait pas les yeux". 

Sa mort fait resurgir le spectre des violences de l'extrême droite, dont les rangs s'étoffent à la faveur de manifestations contre le mariage homosexuel. Une mobilisation qui nourrit alors les tensions entre les deux camps. 

Le gouvernement promet de punir "les assassins", puis dissout plusieurs groupuscules identitaires et racistes dont étaient proches certains des accusés, à l'instar de Troisième Voie et de son service d'ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), dirigées par une figure tutélaire de la mouvance, Serge Ayoub

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