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Un livreur Uber Eats (illustration)
Crédit : Koen van Weel / ANP / AFP
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Selon une information de RTL, quatre associations représentant des collectifs de livreurs à Bordeaux et Paris ont déposé plainte contre Uber Eats et Deliveroo pour traite d'êtres humains.
Selon leur avocat bordelais, Me Thibault Laforcade, les éléments réunis correspondraient à cette qualification pénale : les plateformes recruteraient des personnes en situation de précarité durable, dont de nombreux étrangers parfois en situation irrégulière, pour les employer à des tarifs très inférieurs aux minimums légaux.
Me Thibault Laforcade estime également que la qualification juridique est fondée : "On a déposé plainte pour traite des êtres humains parce que lorsqu'on se réfère au texte, on est en plein dans cette qualification pénale. (...) Uber connaît la vulnérabilité de ses livreurs puisqu'ils savent que la très grande majorité est sans titre de séjour, n'a pas accès aux soins correctement et utilise cette vulnérabilité pour imposer des conditions que aucune personne qui n'est pas dans une démarche de simple survie ne pourrait accepter".
Dans une plainte de 84 pages transmise à la procureure de Paris, les associations dénoncent une relation de dépendance des livreurs envers les plateformes, liée à leur précarité extrême.
Elles s'appuient notamment sur plusieurs études, dont une publiée fin mars par l'INED (Institut national d'études démographiques) et Médecins du Monde.
La traite d'êtres humains est passible de 10 ans de prison et 1,5 million d'euros d’amende. Parallèlement, une action de groupe est engagée au civil pour discrimination, visant l'opacité des algorithmes de rémunération, qui ferait que deux livreurs effectuant la même course ne seraient pas payés de la même manière.
À Bordeaux, la Maison des Livreurs fait figure de lieu de soutien. Youssouf, livreur à vélo, y raconte des conditions qu'il juge intenables : "Le plus dur dans ce métier, c'est la rémunération. 6 km à 3 euros, ça ne marche pas du tout. On était obligé de faire plusieurs courses comme ça. Nous avons trois jours de travail pour 67 euros. C'est pour cela que nous disons que c'est un esclavage moderne".
Il soutient pleinement la plainte déposée contre les deux plateformes. Une plainte déposée notamment par l'association La Maison des Livreurs, à Bordeaux, un lieu où les livreurs peuvent souffler, réparer leur vélo sous l'œil de Jonathan L'Utile Chevallier, coordinateur du site.
Pour lui, la responsabilité des plateformes est claire. "Impossible pour elles d'ignorer la vulnérabilité de ces travailleurs, qui ont peur de perdre leur travail car Uber et Deliveroo ont la capacité de déconnecter les personnes du jour au lendemain en un claquement de doigts. Cela crée énormément de souffrance. C'est un travail à la tâche, rémunéré de manière misérable. Nous aujourd'hui on considère que c'est constitutif de traite des êtres humains", explique-t-il au micro de RTL.
Les plateformes, elles, contestent fermement ces accusations. Deliveroo "réfute avec la plus grande fermeté toutes les allégations en lien avec la qualification visée par cette plainte". De son côté, Uber Eats estime que "ce dépôt de plainte ne repose sur aucun fondement".
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