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Biens mal acquis : pour la première fois, un fils de dictateur en procès à Paris

Le 2 janvier prochain, Téodorin Obiang, le fils du président équato-guinéen, doit comparaître pour corruption et détournement de fonds publics.

Teodorin Obiang, fils du président équato-guinéen, est soupçonné de détournement de fonds publics
Teodorin Obiang, fils du président équato-guinéen, est soupçonné de détournement de fonds publics
Crédit : JEROME LEROY / AFP
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Loïc Farge
Loïc Farge

C'est un procès exemplaire qui sera suivi par tous dictateurs de la planète. Et les enfants de dictateurs. C'est l’aboutissement d’une interminable procédure lancée il y a dix ans. La procédure des "biens mal acquis" a donné lieu à l'une d’une des perquisitions les plus incroyables que des enquêteurs français aient eu à mener, tellement le magot du fils du dictateur équato-guinéen est dément. Sa fortune est estimée à 600 millions d'euros.

Lors de ses séjours parisiens, Téodorin Obiang logeait dans les palaces. Il a laissé en espèces 580.000 euros au Crillon en cinq ans. Après, il s’est acheté un hôtel particulier ("très exceptionnel", écrivent les juges d’instruction), situé avenue Foch, pas loin de la place de l'Étoile. Six étages, une salle de sport, un hammam, une discothèque privée, un salon de coiffure et une robinetterie en or. Superficie : 5.000 mètres carrés. Au total : 101 pièces refaites à neuf pour 12 millions de travaux.

Il a tenté en vain d'échapper à la justice

Tout cela a été payé par le détournement de l’énorme rente pétrolière de la Guinée Équatoriale, par l’intermédiaire notamment d’une filiale de la Société Générale, témoin assisté dans la procédure. Pour ses déplacements, le fiston fêtard du président, 47 ans, avait l’embarras du choix puisqu'il possédait un parc automobile "hors du commun" (toujours selon les juges). L'inventaire est sans fin : Maserati, Rolls Royce, Bentley, Ferrari, Aston Martin. Et on en oublie.

Sauf énorme surprise, le fils Obiang ne viendra pas à son procès début janvier. Il ne rend plus en France. Pour échapper à la justice, il a tout tenté. Du jour au lendemain, l'hôtel particulier est devenu l'ambassade de Guinée Équatoriale pour éviter une saisie. En vain. Obiang junior était ministre. Son père président l'a nommé vice-président de la Guinée Équatoriale pour renforcer son immunité. En vain. Il a été mis en examen par vidéoconférence.

Ce procès va avoir une valeur historique symbolique très forte

William Bourdon, avocat en lutte contre les "biens mal acquis"
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Ce procès est "à la fois une goutte d'eau dans un océan d’argent sale et une victoire inimaginable", se félicite l'avocat William Bourdon, à l’origine de la procédure en 2007. "Le message est le même que celui envoyé aux grands génocidaires ou aux grands criminels contre l'Humanité : cette idée que le temps ne pouvait, et ne serait pas un allié indéfini", explique-t-il.

"Ce procès va avoir une valeur historique symbolique très forte", selon lui. "Cela souligne le fait qu'on est en train de basculer d'une culture du fatalisme par rapport à ces énormes flux de corruption, qui sont un cancer pour l'État de droit, la démocratie et le développement, à une forme d'intolérance qui s'universalise de plus en plus. Il y a quelque chose d’irréversible", note William Bourdon.

Deux autres procédures en cours d'instruction

Deux procédures pour "biens mal acquis" sont en cours d'instruction aujourd'hui. Les enfants du Congolais Sassou N'Guesso pourraient être mis en examen au cours du premier trimestre 2017. La procédure contre le clan Bongo au Gabon devrait être plus longue. Mais il ne faut pas en rester l'inventaire des fortunes extravagantes et aux condamnations, insiste notamment le CCFD-Terre Solidaire. Il faut aussi restituer l’argent spolié aux populations. C’est le sens même du combat des "biens mal acquis".

Quand les familles cleptomanes sont toujours au pouvoir, on ne peut pas rendre à l'État (c’est le cas ici avec la Guinée Équatoriale). Mais on peut trouver des formules. Au Kazakhstan, l’argent volé récupéré par les Suisses a été directement versé pour la scolarisation d’enfants défavorisés. En Angola, il a servi pour des opérations de déminage.

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