3 min de lecture Justice

Affaire Tarnac : Julien Coupat ne sera pas jugé pour terrorisme

Les huit militants accusés d'avoir saboté des lignes TGV sont renvoyés en correctionnelle, mais la juge d'instruction n'a pas suivi le parquet et écarte la qualification de "terrorisme".

Un policier arrête un des suspects le 11 novembre 2008 à Tarnac (Corrèze).
Un policier arrête un des suspects le 11 novembre 2008 à Tarnac (Corrèze). Crédit : THIERRY ZOCCOLAN / AFP
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Coup de tonnerre dans l'affaire Tarnac. Julien Coupat et ses co-accusés seront bien jugés, mais pas pour terrorisme. La juge d'instruction renvoie en correctionnelle les huit militants libertaires soupçonnés d'avoir saboté des lignes TGV - dont leur leader présumé. Mais elle ne retient pas la qualification de "terroriste". Parmi les prévenus, Julien Coupat, son épouse Yildune Lévy et deux autres personnes sont renvoyés en procès pour "association de malfaiteurs". 

Dans son ordonnance rendue vendredi 7 août, Jeanne Duyé, la juge d'instruction antiterroriste en charge du dossier, n'a pas suivi les réquisitions du ministère public. Celui-ci demandait que la circonstance aggravante d'"entreprise terroriste" soit retenue à l'encontre de trois militants, dont Julien Coupat et sa compagne. "Cette qualification a été abandonnée pour l'ensemble des infractions", confirme une source judiciaire à l'AFP. Le parquet a cinq jours pour faire appel. 

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Comprendre l'affaire de Tarnac Crédit Image : dailymotion | Crédit Média : Equipes AFPTV, pl / AFPTV / AFP | Date :

Instrumentalisation politique ?

"Après près de sept années d'instruction complètement à charge, nous avons enfin une décision de justice courageuse. C'est un désaveu total pour le parquet", ont réagi Marie Dosé et William Bourdon, avocats des prévenus. "Depuis le début, nos clients ont été considérés et traités comme des terroristes. On se rend compte enfin que ce qualificatif ne tient pas". 

À l'époque des faits, en 2008, cette affaire avait suscité une vive polémique. Le gouvernement et la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie ont été accusés d'instrumentaliser le dossier en insistant sur son caractère terroriste. "Notre arrestation était uniquement politique et basée sur de faux témoignages de la police. Tout ceci va éclater au grand jour lors du procès", se félicite Mathieu Burnel, l'un des prévenus.

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Le "groupe de Tarnac", présenté comme proche de l'ultra-gauche, est soupçonné d'avoir saboté des caténaires sur des lignes SNCF sur des dans l'Oise, l'Yonne et la Seine-et-Marne. 

Un livre qui a intéressé les enquêteurs

Julien Coupat, 41 ans, et son épouse Yildune Lévy, 31 ans, ont reconnu leur présence dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 à Dhuisy (Seine-et-Marne), aux abords de la voie ferrée où passe le TGV Est. Mais ils ont toujours nié avoir participé à la pose d'un fer à béton, retrouvé plus tard sur la caténaire. Tordu en forme de crochet, ce fer avait causé d'importants dégâts matériels au premier TGV du matin et fortement perturbé le trafic. Pour les agents SNCF interrogés par les enquêteurs, cet acte ne pouvait pas menacer la sécurité des voyageurs.

Souvent présenté comme brillant intellectuellement, Julien Coupat, fils de famille aisée, est considéré comme le fondateur de ce groupe d'une vingtaine de jeunes, qui gravitaient autour d'une propriété agricole proche de Tarnac (Corrèze). Pour le parquet, l'enquête avait mis en évidence le "basculement dans le terrorisme" de ce collectif, baptisé officieusement "comité invisible, sous-section du parti imaginaire".

À l'appui de cette vision, le ministère public mettait en avant des extraits du livre L'Insurrection qui vient (2007), attribué à Julien Coupat. Cet ouvrage fait l'apologie de modes de sabotage propres à "finaliser la chute de l'État" et désigne le réseau TGV comme "cible "aisée". "On est dans une procédure où on ose se baser sur un livre en vente à la Fnac pour justifier une incrimination de terrorisme, ce qui est tout simplement risible", avait alors réagi Julien Coupat, refusant de dire s'il était l'auteur du livre.

Pas poursuivi pour un sabotage en Moselle

Outre les faits de Dhuisy, le parquet impute à Julien Coupat, qui a effectué plus de six mois de détention provisoire jusqu'en mai 2009, une participation à un autre sabotage du TGV Est, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2008, à Vigny (Moselle). La juge d'instruction a rendu un non-lieu dans ce volet de l'affaire, ne retenant que les faits de Seine-et-Marne.

Parmi les autres membres du groupe, quatre personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel pour avoir refusé de donner leur ADN et, pour deux d'entre elles, pour "falsification de documents administratifs".

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