- 04m12s
4 min de lecture
Des policiers sur la place de la Nation à Paris lors d'une manifestation autour du mouvement lycéen, le 6 octobre 2026.
Crédit : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
Mettre RTL en favori sur Google
Son usage a été suspendu pour tout ce qui touche au maintien de l'ordre près des établissements. Deux jours après qu'un élève de 15 ans a vu sa main arrachée en marge d'une manifestation à Lens, devant être amputé, Laurent Nuñez a annoncé mercredi 7 octobre sur RTL que les "grenades assourdissantes" ne seront plus employées face au mouvement lycéen.
"Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n'a pas été faite sur ce qui s'est passé dans cette affaire", a expliqué le ministre de l'Intérieur à notre micro. L'inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de dix-huit enquêtes, a également ajouté le ministre. Sur celle concernant Lens, il s'agit notamment d'établir si le lycéen a ramassé la grenade, si elle a atterri sur lui et si le tir était réglementaire.
"Les premiers éléments de l'enquête établissent que plusieurs grenades ont été utilisées le matin des faits après sommations pour disperser l'attroupement, alors que les CRS essuyaient des tirs de projectiles et que des poubelles étaient incendiées : grenades lacrymogènes, puis au moins une grenade assourdissante", a indiqué, mardi soir, le procureur de Béthune, Étienne Thieffry. Pour apprécier de la légalité du tir, il convient donc de distinguer les différents types de grenades.
D'abord, il y a celles qui ne sont - a priori - pas en cause dans cette affaire : les grenades uniquement lacrymogènes (type CM3 ou CM6, en fonction du nombre de capsules employées), qui ne visent qu'à libérer "des fumigènes à effet lacrymogène", ou encore les grenades de désencerclement destinées "à déstabiliser, par effets sonores et d’impacts de plots d’élastomère souples, un ou des individus", selon la fiche du fabricant Alsetex.
Les plots en question sont projetés à plus de 300 km/h dans "un rayon efficace de 15m et jusqu’à 30m", précise le site spécialisé Maintien de l'ordre. Si le bruit surpasse celui d’un avion au décollage, ce modèle GENL, "activé en 1.5 seconde", "n’a, normalement, pas le temps d’être ramassée à la main", y lit-on encore. Si les circonstances autour du drame de Lens ne sont pas encore claires, il semble plutôt que la main du jeune homme a été arrachée à cause d'une grenade assourdissante.
Dans un télégramme, daté de mardi et consulté par l'AFP, le directeur général de la police nationale Louis Laugier a d'ailleurs informé ses troupes que l'usage de la grenade assourdissante ASSD, qui pourrait être impliquée, était suspendu "à titre conservatoire". Elle est conçue pour être lancée à la main, en roulant par terre, au contraire des autres grenades projetées à grande distance, et ne doivent jamais exploser à proximité des manifestants. À Lens, elle a été tirée avec un lance-grenade sur les manifestants, ce qui est une violation flagrante de la doctrine d'emploi.
Le modèle ASSD, de la société Alsetex encore, équipe les forces de l'ordre depuis 2022. Comme les grenades GENL, elle explose au bout de 1,5 seconde, un laps de temps qui, théoriquement, ne permet pas de la ramasser, selon sa fiche sur Maintien de l'ordre. Par ailleurs, elle ne continent pas de lacrymogène, contrairement à la GLI-F4 (plus employée depuis 2020 en raison de son effet de souffle) et la GM2L.
S'il est question d'un usage de l'ASSD à Lens, une source syndicale policière et une source sécuritaire à l'AFP parlaient elles ce mardi d'une GM2L. Celle-ci produit un "effet sonore intense" tout en libérant simultanément un gaz lacrymogène, selon la notice d'Alsetex. En 2021, son lancer à la main a été interdit à cause de sa dangerosité pour les forces de l’ordre, après des mutilations : tirées au lanceur Cougar, elles peuvent atteindre une distance allant de 50m à 200m.
Dans la note du ministère de l'Intérieur mettant fin au lancement à la main de la GM2L, relayée par Maintien de l'ordre, l'ASSD est à l'inverse décrite comme minimisant les dommages aux tiers au vu de son “absence d’éclat ou de projection d’éléments résiduels au moment de l’explosion”.
Pourtant, d’après les policiers qui ont testé la grenade et des images, celle-ci projette son bouchon allumeur à très grande vitesse lors de sa détonation, précise le site. Résultat, elle peut être lancée à la main ou, comme cela a été le cas à Lens, au lanceur. Avec une détonation de 160 décibels, elle peut donc entraîner des lésions graves, notamment auditives. D'ailleurs, comme toutes les autres grenades, il s'agit d'une arme de catégorie A2, correspondant à des "matériels de guerre" selon la classification.
Reste enfin le modèle baptisé EF-SON mis à disposition des forces de l'ordre depuis l'été 2025. Le Monde avance qu'il s'agirait plutôt, à Lens, d'une grenade assourdissante de ce type, qui a été tiré avec un lance-grenades de type Cobra, disposant d'un double tube et a été utilisé à partir de la même période, car son diamètre réduit n'est pas compatible avec un Cougar (40mm contre 56mm).
Son dispositif de propulsion intégré lui offre une portée d’environ 80 mètres lorsqu’elle est tirée correctement, avec un angle de 45 degrés, et une marge de précision d’une vingtaine de mètres selon la documentation de la police nationale consultée par le journal. Là aussi, l'objectif est de créer un "effet assourdissant avec un niveau sonore de l’ordre de 160 décibels à 10 mètres".
Toujours d'après le média, le retrait provisoire du projectile employé à Lens va contraindre les forces de l'ordre à se rabattre sur la GM2L. Et ce, tandis que le modèle GL-304 du fabricant brésilien Condor, également mis en service en 2025, imposent de la lancer à la main à plus de 10 mètres de la personne la plus proche.
"Lorsqu'on est tirés comme des lapins au mortier, il faut qu'on puisse se défendre. Sans arme intermédiaire, soit nous allons au corps-à-corps, soit ce serait l'utilisation de l'arme létale et il n'en est pas question car on serait en disproportion par rapport aux agressions", a réagi de son côté Stanislas Gaudon, délégué National du syndicat de police Alliance sur RTL. Preuve que cette suspension risque d'encore alimenter les débats.
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte