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Royaume-Uni : Jeremy Corbyn prend la tête du Parti travailliste

REPLAY - PORTRAIT - Ce parlementaire atypique a été élu par les militants du Labour ce samedi.

Vincent Parizot RTL Soir Week-End Vincent Parizot iTunes RSS
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Qui est Jeremy Corbyn, l'homme à la tête du Parti travailliste ? Crédit Image : JUSTIN TALLIS / AFP | Crédit Média : Laura Kalmus / RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

Il y a quelques années à peine, son propre parti ne misait pas sur lui. Longtemps considéré comme un "vieux gauchiste", Jeremy Corbyn, 66 ans, a pourtant été élu haut la main à la tête du Parti travailliste ce samedi 12 septembre. 

Une victoire qui consacre la surprenante ascension de cet eurosceptique, farouche opposant des politiques d'austérité. Favori des sondages et des bookmakers pendant la campagne des primaires, Corbyn l'a emporté avec 59,5% des voix. Il coiffe au poteau ses trois rivaux, Andy Burnham, Yvette Cooper et Liz Kendall. Les résultats ont été annoncés à Londres lors d'un congrès exceptionnel du Labour. Cette élection "a montré que notre parti et notre mouvement, passionné, démocrate, divers, était uni et résolument déterminé dans notre quête pour une société meilleure et juste pour tous", a réagi Jeremy Corbyn. 

L'exact opposé de Tony Blair

Ancré résolument à gauche du parti, Jeremy Corbyn a réussi l'impensable en devenant le nouveau chef du Labour après en avoir longtemps été le principal rebelle. Que ce soit sa personnalité, son parcours ou sa place au sein du parti, rien ne destinait ce vétéran barbu à devenir un jour le nouveau leader du principal parti d'opposition britannique. Jusqu'ici, il était un outsider au Labour. Un rebelle solitaire, qui a voté 533 fois contre la ligne de son parti à la chambre des Communes depuis 1997 et l'arrivée au pouvoir de Tony Blair.

De fait, il est l'exact opposé de l'ancien Premier ministre. Blair a missionné les forces britanniques en Irak ? Corbyn, président de Stop the War, est contre toutes les guerres. L'un était le champion du New Labour et de la social-démocratie ? L'autre est un membre de l'aile gauche du parti qui milite pour la réouverture des mines de charbon. Blair était un rassembleur au charme messianique ? Corbyn est la sobriété incarnée, jamais un mot plus haut que l'autre.

Le Labour est sa "maison"

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Le pourfendeur de l'austérité a toujours tenu à mener la révolution à l'intérieur du parti, plutôt que de trouver refuge dans un Syriza ou un Podemos à la sauce britannique. "J'ai souvent été extrêmement frustré par le Labour. Mais ça a toujours été ma maison", confie-t-il. Cet amour du parti et le sens de l'engagement lui ont été légués par ses parents, un ingénieur et une enseignante, tombés amoureux lors d'une manifestation contre la guerre civile en Espagne.

Élevé dans l'ouest de l'Angleterre dans une famille de quatre garçons, Corbyn n'est guère passionné par les études. Après le bac, il part deux ans en Jamaïque pour une association caritative. À son retour au Royaume-Uni, il devient tout de suite syndicaliste, puis politique professionnel, tout en épousant de multiples causes (anti-apartheid, anti-nucléaire, pro-palestinien, etc.)

Vélo et confiture

Élu en 1983 député d'Islington North, un quartier de Londres, il ne cesse depuis de faire la navette entre les bancs de l'Assemblée et les piquets de grève. Quintuple lauréat du concours de "la plus belle barbe du Parlement", il promène son look de prof à la retraite - sandales, veste fatiguée et chemise col ouvert -, imperméable aux quolibets de la droite qui le taxe de "dinosaure gauchiste". "Il est en paix avec lui même. Peu importe ce que disent les autres, il ne dévie pas de sa route", explique une proche, la députée travailliste Emily Thornberry.

Une fois rentré chez lui auprès de sa troisième épouse, une Mexicaine plus jeune de 20 ans, il mène une vie tranquille, presque ascétique. Végétarien, il cultive son potager et fait sa propre confiture pomme-cassis, d'excellente réputation. "Je mène une vie normale, je roule à vélo, je n'ai pas de voiture. Je ne suis pas très dépensier", a-t-il déclaré au Guardian en juin.

Pas l'étoffe d'un Premier ministre

Les malfrats qui ont cambriolé sa modeste maison il y a quelques années peuvent témoigner d'un style de vie dépouillé. Lorsque le scandale des notes de frais a secoué Westminster en 2009, on a appris que Corbyn était le député réclamant le moins de remboursements : 8,99 livres pour une cartouche d'encre. Même ses ennemis le reconnaissent, Jeremy Corbyn est un homme respectable, profondément gentil. "C'est agréable de prendre le thé avec lui et il est totalement sincère, même si ses idées remontent au Jurassique", souligne Alex Burghart, candidat conservateur malheureux contre lui en mai dernier. 

Ces qualités ont largement contribué à son succès. Elles alimentent également les critiques de ceux qui jugent qu'il n'a pas l'étoffe d'un leader... et encore moins d'un Premier ministre. Ces doutes se propagent jusque dans son camp. "J'adore Jeremy, mais c'est quelqu'un qui ne fait pas de compromis. Ça passe quand on tient un certain rôle. Ça ne passe plus quand on est le leader du Labour", souligne Emily Thornberry. 

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