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Le drapeau russe (illustration)
Crédit : KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP
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Des drones dans l'espace aérien européen, des opérations de sabotage, des cyberattaques, des incendies suspects : depuis plusieurs mois, les incidents attribués à la Russie se multiplient en Europe.
Fin septembre, le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général Alexus Grynkewich, a appelé les Européens à dénoncer publiquement les opérations russes de déstabilisation. Plusieurs gouvernements du Vieux-Continent accusent désormais Moscou de chercher, par ses actions, à tester les défenses occidentales et à affaiblir leur soutien à l'Ukraine.
En Allemagne, le gouvernement a ainsi attribué à la Russie une attaque impliquant un drone chargé d'explosifs à Leipzig, accusation rejetée par Moscou. En Estonie, les autorités ont accusé les services russes d'avoir commandité l'incendie d'une entreprise de défense. De son côté, la France a durci son discours face à ce qu'elle considère comme une multiplication des opérations russes de sabotage et de cyberespionnage.
Ces incidents peuvent donner l'impression d'une Russie se préparant à porter la guerre au-delà de l'Ukraine. Ils peuvent aussi conduire à la conclusion inverse. Si Moscou privilégie les drones, les sabotages, les cyberattaques et les opérations clandestines, c'est notamment parce que le passage à une guerre conventionnelle contre les pays européens de l'OTAN représenterait un changement d'échelle considérable.
Selon le journaliste d'investigation russe, Roman Badanine co-auteur de l'ouvrage Le Tsar en personne : L'enquête russe sur le vrai Vladimir Poutine, le chef du Kremlin aurait progressivement compris que la guerre pouvait consolider son pouvoir.
Roman Badanine, journaliste d'investigation russe, décrypte le système Poutine
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"Après la Tchétchénie, la Géorgie ou la Crimée, sa popularité a bondi, explique-t-il sur RTL. Il a compris que la guerre le renforçait parce qu'au départ, ce n'est pas du tout son ambition. Annexer la Crimée, par exemple, il s'en fiche. L'objectif premier ne serait donc pas nécessairement la reconstitution d'une "Grande Russie", mais la conservation du pouvoir et "sa popularité en tant que chef de guerre". Vladimir Poutine a donc intérêt à entretenir la confrontation avec l'Occident sans avoir intérêt à déclencher une guerre totale avec lui.
La première limite est militaire. Plus de quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, la Russie n'est toujours pas parvenue à imposer une victoire décisive. Les chiffres exacts des pertes sont difficiles à établir en temps de guerre. Mais l'International Institute for Strategic Studies estimait début 2026 qu'au moins 300.000 soldats russes avaient été tués depuis le début de l'invasion.
Pour la seule année 2025, les forces russes auraient subi environ 1.000 pertes, morts et blessés, par jour en moyenne. L'IISS estime néanmoins que Moscou conserve pour l'instant suffisamment de capacités de recrutement pour poursuivre la guerre, même si le rythme des engagements a commencé à ralentir.
La Russie a également perdu d'importantes quantités de matériel. Elle s'est adaptée : production militaire accrue, remise en état d'anciens stocks, évolution des tactiques, recours aux drones et importations de munitions et d'équipements étrangers. L'IISS estime même que les forces terrestres russes pourraient avoir reconstitué quantitativement une partie importante de leurs pertes matérielles. Mais ses projets d'expansion restent inachevés et certaines nouvelles unités demeurent sous-dotées.
Ouvrir un nouveau front contre un membre de l'OTAN signifierait affronter non plus seulement l'Ukraine, mais une alliance militaire qui a considérablement renforcé son flanc oriental depuis 2022. L'OTAN affirme disposer désormais de forces plus nombreuses et plus rapidement mobilisables dans la région ainsi que de ses plans de défense les plus complets depuis la fin de la guerre froide.
La Russie a déjoué les prévisions les plus pessimistes formulées après l'invasion de 2022. Son économie ne s'est pas effondrée sous l'effet des sanctions. Elle a réorienté une partie de ses échanges et massivement augmenté ses dépenses militaires.
L'IISS estime de son côté que l'économie approche de ses capacités productives maximales et que chaque ressource supplémentaire affectée à l'armée devient plus coûteuse. Moscou se trouve donc devant un choix : accepter progressivement de réduire ses ambitions ou imposer à la population et à l'économie une mobilisation beaucoup plus contraignante.
Le pouvoir russe doit donc résoudre une équation contradictoire. Il peut utiliser la confrontation extérieure pour légitimer la centralisation du pouvoir, justifier la répression ou mobiliser le sentiment patriotique. Mais plus la guerre exige d'hommes, d'argent et de sacrifices économiques, plus elle risque également de produire des mécontentements qu'il devra gérer.
"Il faut reconnaître que Poutine n'est pas un idiot. Il doit faire face à la réalité sur le terrain. Cette réalité prend en compte l'économie, la politique, la société et évidemment tout ce qui a trait à la politique intérieure russe. La Russie n'est pas prête pour une nouvelle guerre, tout simplement. Elle n'est même pas prête pour terminer celle-ci", assure Roman Badanine.
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