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"Jeûner et prier jusqu'à la mort" : au Kenya, le "gourou" Paul Mackenzie condamné pour le meurtre de 191 fidèles

En 2023, plus de 400 corps avaient été découverts dans des fosses communes de la forêt de Shakahola, au Kenya. La plupart des victimes avaient cessé de s'alimenter, suivant les consignes de l'auto-proclamé pasteur Paul Mackenzie. Il leur promettait une rencontre avec Jésus.

Paul Mackenzie, qui se proclame pasteur, assiste à sa comparution devant le tribunal de Mombasa le 19 octobre 2026.

Crédit : SIMON MAINA / AFP

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Le verdict final pour celui qui était habitué à faire des prêches apocalyptiques est tombé. Au Kenya, l'auto-proclamé pasteur Paul Mackenzie a été jugé coupable du meurtre de 191 personnes après la découverte de plusieurs centaines de corps dans la forêt de Shakahola en 2023. Le jugement du "gourou" à la tête de l'Église internationale de Bonne Nouvelle a été annoncé par la juge Diana Kavedza, lundi 19 octobre. 

"Mackenzie a persuadé ses disciples que le répit spirituel face à un monde condamné ne pouvait être obtenu qu'en se retirant dans le désert où Jésus apparaîtrait pour rassembler ses disciples", a détaillé la magistrate, prenant le temps de décrire le système d'emprise mis en place par cet ancien chauffeur de taxi reconverti en pasteur radical, comme le rapporte le média kényan Hivileo.

Jeûner et prier jusqu'à la mort

La macabre histoire du massacre de Shakahola a fait le tour de la planète il y a trois ans, lorsque plus de 400 corps, principalement ceux d'enfants et de femmes, avaient été retrouvés dans des fosses communes de cette forêt du sud-est du pays africain. 


Très vite, les autorités ont lié cet amas de corps au mouvement fondé par Paul Mackenzie. À la tête de sa secte depuis 2003, il prêchait avec ferveur contre l'éducation et la médecine, entraînant de nombreuses personnes à retourner à un mode de vie primitif. Il forçait notamment les femmes à se raser le crâne.

Des ouvriers transportent le dernier sac mortuaire vers la morgue après avoir exhumé les corps du charnier de Shakahola, près de la ville côtière de Malindi, le 25 avril 2023.

Crédit : Yasuyoshi CHIBA / AFP

À ses disciples, le pasteur évoquait régulièrement la fin du monde et promettait une rencontre avec Jésus. "Le plan, c'était de jeûner et de prier jusqu'à ce que les enfants, les femmes et les hommes meurent", raconte Kadzo, une ancienne fidèle, au magazine Jeune Afrique qui a enquêté sur la secte de Paul Mackenzie. 

Un "père spirituel"

À la BBC, Stephen Mwiti, un Kényan âgé de 48 ans, raconte avoir perdu ses enfants dans la secte. "Mes six enfants sont morts dans la forêt de Shakahola", s'émeut-il, indiquant n'avoir "retrouvé et enterré que les restes de [s]on fils Samuel". Beaucoup de corps n'ont pas pu être identifiés. 

À écouter

Ordre du temple solaire : l'engrenage meurtrier d'une secte apocalyptique

00:22:30

Le "gourou" et plusieurs de ses fidèles étaient jugés depuis juillet 2024 pour le meurtre de 191 personnes, dont une grande majorité de mineurs, ainsi que pour terrorisme, radicalisation et entrave à l'éducation des enfants, relate le journal kényan The Star. Le procès fleuve avait dû être interrompu en novembre suite au manque de procureurs. Il avait alors repris en début d'année 2026.

Malgré l'arrestation et l'inculpation du pasteur, certains fidèles continuent de l'aduler. C'est le cas de Peter Shukrani, aujourd'hui âgé de 23 ans mais qui en avait 8 lorsque sa mère l'a entraîné pour la première fois dans la secte. Pour lui, Mackenzie est son "père spirituel", raconte-t-il à la BBC. Dans la forêt de Shakahola, le jeune homme est tombé gravement malade. "Ma mère jetait tous les médicaments que je devais prendre car elle croyait que seul Dieu pouvait me guérir."

"L'un de nous devrait mourrir"

En mars 2023, le garçon est sauvé par des bergers locaux. "Je serais mort si je n'avais pas été secouru dans la forêt de Shakahola", reconnait-il. Mais il n'accable pas le pasteur pour autant. "Mackenzie n'a forcé personne à jeûner, défend-il. Les gens ont fait ces choix eux-mêmes en fonction de leurs convictions."

Mais c'est bel et bien un groupuscule sectaire et violent que dirigeait le prédicateur. Lundi, la juge Kavedza a indiqué à la lecture du verdict que "Paul Mackenzie a[vait] ordonné que les partisans qui refusaient de jeûner soient contraints par des coups de pied et des coups". 

À écouter

Jim Jones : le révérend aux mains sanglantes

00:38:15

Invité sur RFI lundi matin, Yvan Droz, anthropologue à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, évoquait également la violence de l'Église internationale de Bonne Nouvelle : "Certains [fidèles] ont été contraints. Je crois même qu'on a retrouvé des cadavres qui avaient les mains nouées. Tous ne sont pas morts volontairement, tous n'ont pas jeûné volontairement", expliquait-il. 

Le propre fils de l'accusé, Dan Mackenzie, reconnaît auprès de la BBC la culpabilité de son père dans cette tragédie : "Il était le chef, il était quelqu'un qu'ils admiraient. C'est donc un meurtrier de masse." Stephen Mwiti, qui a perdu ses six enfants, confie au média britannique ressentir de la haine : "Si je rencontrais le pasteur Mackenzie aujourd'hui, l'un de nous devrait mourir."

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