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"Il a été prescrit que le parti présidentiel obtienne au moins 45%" : comment Poutine organise un vote sans suspense pour les législatives en Russie

Le renouvellement de la Douma, en Russie, s'annonce sans véritable suspense. Sur RTL, l'historienne Galia Ackerman estime que le scrutin est largement encadré par le pouvoir, entre résultats "dessinés", vote électronique contesté et opposition réduite à l'impuissance.

Des femmes se rendent dans un bureau de vote pour élire les députés russes à Moscou, le 18 septembre 2026.

Crédit : Igor IVANKO / AFP

Elections législatives en Russie : Galia Ackermann, historienne et journaliste, est l'invitée de Jérôme Florin

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Eléonore Aparicio

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En Russie, le suspense est mince. Alors que 100 millions d'électeurs sont appelés à voter jusqu'à dimanche pour renouveler la Douma, l'équivalent de l'Assemblée nationale en France, le pouvoir a déjà balisé l'issue du scrutin. Ces élections sont les premières à se tenir depuis le lancement de l'offensive russe en Ukraine, en février 2022.

Invitée sur RTL l'historienne Galia Ackerman, spécialiste de la Russie et directrice de la rédaction du média en ligne Desk Russie, décrit un système électoral où le vote existe, mais où le résultat final est largement contrôlé.

"On connaît le résultat parce qu'il a été prescrit aux régions de faire en sorte que le parti présidentiel, la Russie unie, obtienne au moins 45% des voix", explique-t-elle. Cet objectif de 45% permettrait au pouvoir de conserver une majorité suffisante tout en évitant un score trop écrasant, susceptible d'alimenter davantage la défiance.

Les résultats sont dessinés

L'historienne Galia Ackerman, spécialiste de la Russie

Pour Galia Ackerman, la mécanique ne repose pas seulement sur une orientation politique générale, mais sur une falsification directe du scrutin. "Les gens votent, on peut dire, comme ils veulent, mais ensuite, les résultats, comme disent les Russes, sont dessinés. C'est-à-dire qu'ils sont clairement falsifiés", déclare-t-elle. 


L'historienne décrit aussi des pressions exercées sur une partie de l'électorat. Elle cite notamment les militaires, qui voteraient "sous observation directe de leurs supérieurs", ainsi que les salariés dépendant du budget de l'État. D'après elle, certains seraient contraints de photographier leur bulletin déjà coché pour prouver leur vote. "Il y a déjà à peu près 30% de la population dont le vote est assuré", avance-t-elle.

Une opposition sans véritable alternative

Le camp présidentiel ne fait face à aucune opposition crédible, ce qui renforce encore ses chances de l'emporter. Galia Ackerman explique qu'il n'y a "seulement quatre partis" autorisés et que, "pour pratiquement toutes les décisions", ils votent "de la même façon que Russie Unie". En clair, voter pour une autre formation ne changerait "pratiquement rien".

Elle évoque aussi le cas du parti Iabloko, présenté à l'antenne comme le parti anti-guerre. Sans le décrire comme un mouvement réclamant le retour des territoires occupés à l'Ukraine, elle précise qu'il défend au moins l'idée "qu'il faut arrêter cette guerre". Or, ce parti "n'a pas été admis aux élections". La crainte d'une nouvelle mobilisation pèse sur la population russe. 

Vote sur trois jours et vote électronique

Galia Ackerman insiste également sur les conditions d'organisation du scrutin. Le vote s'étale sur trois jours, jusqu'à dimanche, ce qui, selon elle, "rend les falsifications plus faciles". Elle met aussi en cause le vote électronique, qu'elle juge "absolument pas contrôlé". Sa conclusion est nette : "Donc là, on peut, comme j'ai déjà dit, dessiner n'importe quel chiffre."

Face à cette situation, l'opposition tenterait surtout de faire exister symboliquement le mécontentement. L'invitée cite plusieurs consignes, comme gâcher son bulletin. L'opposition en exil a appelé tous les "Russes opposés à la guerre" à voter contre le parti de Vladimir Poutine, le 20 septembre à midi, afin d'afficher leur nombre.

Malgré ses initiatives, l'historienne relativise sur leur portée, qu'elle qualifie de "techniques un peu futiles". Elle y voit le signe d'une population en partie lucide sur le "muselage" du scrutin, mais gagnée par une forme de résignation : "Les gens se disent, qu'est-ce qu'on peut faire ?"

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