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Guerre au Moyen-Orient : pourquoi Donald Trump annonce un blocus du détroit d'Ormuz, déjà verrouillé par l'Iran

Le blocus des ports iraniens, annoncé par les États-Unis après l'échec de pourparlers avec l'Iran, doit débuter ce lundi 13 avril après-midi, une perspective qui a fait rebondir les prix du pétrole.

Le détroit d'Ormuz, au Moyen-Orient, le 25 juin 2025.

Crédit : Giuseppe CACACE / AFP

Juliette Vignaud

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Il veut inverser la tendance. Donald Trump a annoncé imposer un blocus du détroit d'Ormuz, après l'échec des négociations à Islamabad durant le week-end pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Les "navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens" seront bloqués dès 16 heures ce lundi 13 avril, selon les menaces du président américain. Les bateaux venant d'autres pays du Golfe pourront, en théorie, circuler librement.

Sans détailler les modalités d'une telle opération, Donald Trump a affirmé sur Fox News que le Royaume-Uni "et quelques autres pays" enverraient des dragueurs de mines. "Cette mission est difficile à mener à bien seul et probablement non viable à moyen et long terme", estime Dana Stroul, du Washington Institute for Near East Policy, dans les colonnes du Guardian.

Asphyxier l'économie de l'Iran

Pourquoi appliquer un blocus à un détroit déjà bloqué ? En effet, cette étroite voie stratégique, où transite un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux, est déjà à l'arrêt, à la mainmise des Iraniens, depuis le début du conflit. Elle représentait justement un point central des négociations et l'une des conditions du fragile cessez-le-feu entre Téhéran et Washington mardi 7 avril. Mais malgré l'accord, rare sont les navires à se risquer à traverser le passage verrouillé et miné par l'Iran.

Selon les informations du Guardian, la réouverture du détroit d'Ormuz a constitué l'un des principaux points du blocage des pourparlers de paix. Téhéran souhaite conserver le contrôle de la voie maritime et même imposer un droit de passage, moyennant une taxe pouvant atteindre 2 millions de dollars par navire. Des conditions rejetées par les Américains.

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L'annonce par Donald Trump de ce blocus naval américain vise à mettre sous pression l'Iran, notamment économique en le privant de sa manne pétrolière. En effet, depuis le début de la guerre, le 28 février, l'Iran a continué d'exporter son propre pétrole dans la région grâce au détroit. En moyenne, 1,85 million de barils de brut par jour ont été exportés, soit environ 100.000 barils de plus par jour qu'au cours des trois mois précédents, selon la société d'analyse de données Kpler. 

Le chef des États-Unis veut donc asphyxier le régime, en coupant sa source de financement majeure pour les opérations militaires iraniennes, mais aussi écarter le principal levier de négociation de l'Iran. "Il y a peu de raisons de penser qu’un blocus contraindrait l’Iran à capituler, a estimé toutefois auprès de l’Agence France-Presse Danny Citrinowicz, chercheur à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. En fait, la résilience dont le pays a fait preuve jusqu’à présent suggère l’inverse."

Le paradoxe du blocus

Le pari semble donc risqué pour Donald Trump, face à une éventuelle dégradation de la situation. Si le chef de la marine iranienne a jugé que les intimidations étaient "ridicules et amusante", les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont menacé de piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel".

Outre le risque d'escalade majeure militaire, ce blocus pourrait aussi avoir un effet négatif à court terme sur les prix mondiaux du pétrole, en fonction de "son ampleur et de sa mise en œuvre". "La réaction de Téhéran est également cruciale. Des représailles iraniennes et/ou houthies contre les itinéraires alternatifs des producteurs du Golfe pourraient encore faire grimper les prix", souligne Kevin Book, directeur de la recherche chez ClearView Energy Partners, auprès du Guardian

La menace du président a déjà plongé les marchés mondiaux dans une nouvelle période d'incertitude. Le baril de pétrole a directement commencé la semaine au-dessus du prix symbolique de 100 dollars, bondissant de plus de 7% pour le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, et de plus de 8% pour le WTI, référence américaine, vers 6 heures du matin.

Face à ce paradoxe, Donald Trump, déjà peu soutenu dans sa guerre contre l'Iran, est critiqué de toute part. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dit ne pas soutenir ce blocus, tandis que l'Espagne, par la voix de sa ministre de la Défense, Margarita Robles, a taclé une mesure qui "n'a aucun sens". "C'est un épisode de plus dans toute cette dérive dans laquelle on nous a entraînés."

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