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Rwanda : à Nyamata, bourreaux et victimes coexistent tant bien que mal

REPORTAGE - Vingt ans après le génocide rwandais, Hutus et Tutsis cohabitent parfois dans les mêmes quartiers. Une douleur quotidienne pour les familles des victimes.

Un survivant du génocide marche devant l'Église de Nyamata, le 12 mars 2014
Un survivant du génocide marche devant l'Église de Nyamata, le 12 mars 2014 Crédit : AFP
Brice Dugénie Journaliste RTL

À 40 kilomètres de Kigali, Nyamata abritait 60.000 Tutsis au début du génocide rwandais. Cent jours plus tard, ils n'étaient plus que 10.000. Cyriaque Rwiyemaho avait 15 ans en 1994. Au premier jour du massacre, le 7 avril, il converge avec ses parents, ses 8 frères et sœurs et plus de 10.000 personnes vers l'église de Nyamata.

Dans le bâtiment devenu mémorial, au milieu des haillons ensanglantés entassés sur les bancs en bois, Cyriaque montre du doigt où lui et sa famille se trouvaient. Dans les premiers jours du drame, ces lieux saints étaient préservés. Mais après cinq jours, la donne a changé. Les interahmwe, des miliciens hutus, ont attaqué l'église.

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"Les interahmwe ont encerclé l'église. Ils ont commencé à jeter des grenades à l'intérieur du bâtiment. Tout autour de moi, il y avait des morts et des blessés. Puis ils sont entrés et ont commencé à nous tirer dessus avec des fusils. Il y avait des civils et des militaires. Ils ont continué avec des machettes pour achever les survivants. Moi, je n'ai plus bougé", raconte Cyriaque.

Tout vu, tout entendu pendant sept heures

Pendant sept heures, caché sous les corps de ses frères assassinés, Cyriaque fait le mort. Aujourd'hui, il reproduit les gestes qu'il faisait il y a vingt ans. Tel un pantin désarticulé, il mimait le cadavre au milieu des morts. Pendant sept heures, Cyriaque a vu et entendu. Il sait aujourd'hui qui a tué ses parents. Ce sont des connaissances, des voisins. Des tueurs qu'il a fui ensuite pendant tout le génocide à travers les collines, les marais et les champs.

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Comme lui, ses bourreaux sont des habitants de la ville. Cyriaque les croise tous les jours. Dans la rue, dans les bars ou à l'église. Après être sortis de prison, ils sont revenus vivre dans leur maison. Parmi eux, il y a Etienne Aamajyario. Ce petit homme de 55 ans vit au milieu des bananeraies au bout d'une piste de terre rouge, dans une maison en terre à flanc de colline. 

J'ai tué des gens. Des enfants, des femmes et des personnes âgées. Je reconnais que j'ai fait ça.

Un Hutu
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Marié et père de trois enfants, il raconte comment marteau, gourdin, machette sont devenus ses outils de travail. "Les autorités nous ont demandé de tuer des Tutsis. Je reconnais que j'ai fait ça. J'ai tué des gens. Des enfants, des femmes et des personnes âgées. Je ne sais pas combien. Mais pendant cette période, je partais le matin et je rentrais le soir. C'était mon travail, je partais à la chasse aux Tutsis", se souvient l'agriculteur. 

La réconciliation pour avancer

Après onze ans de prison, Etienne pense avoir obtenu le pardon. "J'ai demandé pardon lorsque j'ai été jugé par le tribunal populaire. J'ai été condamné puis j'ai été pardonné. C'est la raison pour laquelle j'ai pu revenir chez moi, en paix. Ceux qui ont accepté de demander pardon ont été pardonné. Aujourd'hui, le Rwanda est uni", assure-t-il.

Le refrain de la réconciliation réussie est rodé. Pourtant, aucun assassin n'est jamais venu voir Cyriaque pour lui demander pardon. En 20 ans, le jeune homme a canalisé sa colère. Malgré les difficultés. "C'est possible de pardonner parce que notre État a cherché tous les moyens possibles de mettre en place la réconciliation entre les génocidaires et les victimes", confie-t-il.

Cyriaque se persuade qu'il est possible de se réconcilier pour permettre au Rwanda d'avancer. Mais le passé le rattrape invariablement. Sur un cahier, il note les noms de ses parents et de ses frères et sœurs assassinés. Il en manque deux. Les larmes aux yeux, gêné, il a oublié les prénoms de ses deux plus jeunes frères morts pendant le génocide. Ils n'ont plus de noms et, comme tous les membres de sa famille, n'ont pas de sépulture.

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Génocide rwandais : à Nyamata, bourreaux et victimes coexistent tant bien que mal Crédit Média : Brice Dugénie | Durée : | Date :
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