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Du pouvoir à la disgrâce : comment l'ancien ambassadeur Peter Mandelson a été emporté par le scandale Epstein

Peter Mandelson, figure emblématique du Labour Party et ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, se retrouve au cœur d'une tempête politique et judiciaire après son arrestation récente, liée à ses relations passées avec Jeffrey Epstein. La chute spectaculaire d'un homme habitué à naviguer entre les controverses.

Peter Mandelson, ex-ambassadeur du Royaume- Uni aux États-Unis.

Crédit : Glyn KIRK / AFP

Eléonore Aparicio

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Il avait jusque-là réussi à survivre à toutes les polémiques, revenant, chaque fois, au cœur du pouvoir. Stratège redouté du Labour Party, deux fois contraint à la démission avant de renaître ministre, puis élevé à la Chambre des Lords, Peter Mandelson semblait avoir transformé la controverse en carburant politique.

Sa récente nomination comme ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis consacrait même son retour au premier plan. Mais son interpellation, lundi 23 février, dans le cadre d’une enquête liée à ses relations passées avec Jeffrey Epstein, a brutalement rompu sa mécanique de résilience. Cette fois, Peter Mandelson est au coeur d'une crise politique et judiciaire aux répercussions internationales.

Une figure du New Labour épinglée dans plusieurs affaires

Architecte du New Labour aux côtés de Tony Blair, Mandelson incarne dans les années 1990 la modernisation travailliste, le virage pro-business et la reconquête du pouvoir après dix-huit ans d’opposition. Ministre du Commerce et de l’Industrie en 1998, il démissionne une première fois lorsqu’est révélé un prêt personnel non déclaré du millionnaire Geoffrey Robinson. Peter Mandelson aurait reçu la somme de 373.000 livres sterling (427.165,19 euros) pour l'achat d'une maison à Londres. Ce qui ne l'empêche pas de faire son retour au gouvernement moins d'un an plus tard, en tant que secrétaire d'État pour l'lrlande du Nord.

En 2001, il est contraint de nouveau au départ. Mandelson est accusé cette fois d’être intervenu en faveur de l’homme d’affaires indien Srichand Hinduja dans une procédure de naturalisation britannique. L’"affaire Hinduja" fragilise davantage son image. Il nie toute intervention inappropriée, mais la polémique est telle qu’il quitte à nouveau le gouvernement. Il est tout de même disculpé après une enquête indépendante. Cette double démission en l’espace de trois ans aurait pu sceller le destin de n’importe quel responsable politique, mais pas le sien.

Un homme proche des plus fortunés

Contre toute attente, Peter Mandelson revient au premier plan sous Gordon Brown. En 2008, en pleine crise financière mondiale, il est nommé secrétaire d’État aux Entreprises. Mais là encore, les controverses ne tardent pas. La même année, la révélation de vacances passées sur un yacht avec l’oligarque russe Oleg Deripaska, déclenche une tempête médiatique. 

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Les photos d'un ministre travailliste en croisière dans les eaux grecques avec un magnat russe de l'aluminium alimentent les critiques sur ses liens étroits avec les grandes fortunes internationales. Cette controverse est d'autant plus marquante qu'il avait soutenu des allégements fiscaux sur les importations de ce métal au sein de la Commission européenne. Après une enquête interne, Bruxelles assure que le ministre britannique "n'est intervenu à aucun moment en faveur de M. Deripaska".

Ses liens avec Jeffrey Epstein

C’est toutefois son association, même indirecte, avec Jeffrey Epstein qui, des années plus tard, ravive les interrogations. Après la condamnation d’Epstein en 2008 pour des faits liés à la prostitution de mineures, Mandelson reconnaît l’avoir rencontré à plusieurs reprises. Lorsque les révélations autour du financier américain explosent en 2019, notamment après son arrestation puis sa mort en détention, la presse britannique s’interroge sur la nature et la persistance de ces relations. 

Aucune accusation pénale n’est portée contre Mandelson. Mais dans un climat où la fréquentation d’Epstein devient un marqueur toxique, la question devient morale et politique. À mesure que les révélations sur Epstein dévoilent l’ampleur de son carnet d’adresses, chaque nom associé devient matière à controverse. Mandelson se retrouve ainsi embarqué dans une dynamique qui le dépasse.

À écouter

Des Français au cœur des fichiers (5/5)

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Malgré ses liens avec le financier américain, Peter Mandelson était encore perçu il y a quelques mois comme un diplomate influent et un pilier du Parti travailliste britannique. Surnommé le "Prince des ténèbres", il est désigné ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis par le Premier ministre Keir Starmer en 2025. 

Emporté par l'affaire Epstein

La publication progressive de documents liés à Jeffrey Epstein révèle des échanges d’e-mails profondément embarrassants et une relation prolongée avec le financier condamné, allant bien au-delà de ce qu'il avait précédemment admis. Des messages personnels décrivant Epstein comme un "meilleur ami" et des preuves de contacts répétés fragilisent sa défense.

En septembre 2025, de nouvelles séries de courriels montrent qu’il est resté en contact avec Epstein jusqu’en 2016 et laisse même voir des transferts financiers. Peter Mandelson est alors relevé de ses fonctions d’ambassadeur en septembre 2025. Fin janvier, le ministère de la Justice américaine publie plus de trois millions de documents du dossier Epstein. Cité à plusieurs reprises, Peter Mandelson démissionne du Parti travailliste et de la Chambre des Lords le 1er février 2026. Trois jours plus tard, la police londonienne indique ouvrir une enquête contre l'ancien ambassadeur. 

D'après les documents fournis par les États-Unis, Peter Mandelson aurait transmis au financier américain des informations susceptibles d'influencer les marchés, notamment durant son mandat de ministre sous Gordon Brown, entre 2008 et 2010. Il aurait également perçu des paiements totalisant 75.000 dollars (63.200 euros) de la part de ce financier en 2003 et 2004. 

Face à la pression croissante, Mandelson démissionne du Parti travailliste et de la Chambre des Lords début février 2026. Arrêté le lundi 23 février, puis libéré sous caution après un interrogatoire, l'ancien ministre n'a pas encore fait de déclaration publique depuis l'annonce de l'enquête.

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