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Le chancelier Friedrich Merz à Berlin le 29 juillet 2026.
Crédit : JOHN MACDOUGALL / AFP
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C'est une petite révolution en Allemagne. Mercredi 12 août, le ministre de l'Intérieur a présenté une réforme inédite des services secrets allemands. Une fois la loi votée par le Bundestag – le Parlement allemand –, le renseignement intérieur (BfV) et le renseignement extérieur (BND) disposeront de nouveaux pouvoirs, censés protéger le pays contre les menaces hybrides étrangères provenant notamment de la Russie.
"Le sabotage, l'espionnage, les cyberattaques et les opérations secrètes menées par des puissances étrangères exigent de nouvelles réponses", a exposé le ministre conservateur Alexander Dobrindt après que le gouvernement de coalition a donné son feu vert au projet. "La situation sécuritaire a changé. C’est pourquoi nos services de renseignement doivent pouvoir détecter les menaces plus tôt et, si nécessaire, agir activement pour mieux protéger l’Allemagne", a de son côté avancé le chancelier, Friedrich Merz.
Si la réforme des services secrets était dans les tuyaux depuis plusieurs mois – l'Allemagne étant consciente de son retard en la matière –, l'annonce du gouvernement intervient dans un contexte tendu pour le pays. Dans la nuit du 5 août, un drone transportant des explosifs a été retrouvé à l'aéroport de Leipzig (dans l'est de l'Allemagne), à proximité d'un avion ukrainien garé sur le tarmac. S'il n'y a pas eu de blessés, ni de dégâts, l'accident aurait pu être grave. Du Semtex, un puissant explosif, a été retrouvé par les enquêteurs. Des images de vidéosurveillance ont montré l'engin voler en direction de l'avion, percuter une aile et tomber sur le sol. Fort heureusement, les explosifs ne se sont pas activés.
Un technicien médico-légal travaille aux côtés d'un robot de déminage près d'un avion cargo ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle à Schkeuditz, dans l'est de l'Allemagne, le 5 août 2026.
Crédit : Hendrik Schmidt / dpa / AFP
Plus tard, dans la même journée, un drone a percuté un autre avion-cargo qui venait de décoller du même aéroport, Leipzig, lui infligeant des dégâts mineurs. Une semaine plus tard, dans la nuit du 10 au 11 août, un autre drone a été aperçu au-dessus de l'aéroport d'Hanovre, dans le nord du pays, forçant la fermeture des pistes pendant plus d'une heure.
La multiplication de ces incursions de drones mais aussi de tentatives d'ingérence numériques russes intervient à quelques semaines d'élections régionales dans les Länder de Saxe-Anhalt, de Berlin et de Poméranie-Occidentale, en septembre. La cellule fact-checking du média public DW a identifié plus de 180 faux contenus avant les scrutins du mois prochain, rapporte le site Deutschland.de.
Alors la fébrilité monte chez les responsables politiques allemands. "Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes la cible quotidienne d'une guerre hybride", a reconnu le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt, pointant du doigt des "puissances étrangères". Jusqu'à présent, les autorités se sont refusées à nommer directement la Russie derrière ces attaques, arguant que les enquêtes sont toujours en cours. Mais tout laisse à penser que Moscou se cache derrière ces manœuvres d'intimidation et de sabotage.
"L’Allemagne est visée parce qu’elle est le principal pilier du soutien européen à l’Ukraine", pense l'analyste politique allemand Carlo Masala dans les colonnes du Monde. Dans une interview accordée au Wall Street Journal le 11 août, le général Carsten Breuer, chef d'état-major des armées allemandes, a déclaré que "la Russie teste [l'OTAN] et observe notre réaction".
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La réforme des services secrets tombe donc à point nommé. Le texte prévoit d'élargir les pouvoirs des deux organes du renseignement – intérieur et extérieur –, afin notamment qu'ils puissent mener des opérations de contre-offensive (aujourd'hui, les services sont principalement occupés à collecter des informations). Le BND et le BfV auront plus de marge de manœuvre, notamment en ce qui concerne les cyberattaques et la cybersurveillance. Les agents à l'étranger pourront porter des armes et mener des opérations de sabotage.
Mais les annonces du ministre de l'Intérieur ont réveillé de vieux démons en Allemagne, où les services de renseignement servaient à la répression de la population et des opposants politiques sous l'Allemagne nazie (avec la Gestapo) et en Allemagne de l'Est, alors sous influence soviétique (avec la Stasi). Les renforcer n'a donc rien d'anodin, sifflent les détracteurs. "Ce que Dobrindt envisage est une rupture historique d’un tabou", ose même Wolfgang Kubicki, le chef du parti libéral FDP. Lui et d'autres personnalités politiques réclament des garde-fous constitutionnels. Et d'alerter : "Je ne veux pas d’une police secrète en Allemagne".
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