5 min de lecture

Droits de douane, guerre en Ukraine... Pourquoi les résultats des midterms concernent aussi l'Europe

Les Américains sont appelés aux urnes ce mardi 3 novembre pour les élections de mi-mandat. Si le scrutin déterminera les rapports de force politiques à Washington, ses répercussions pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières américaines. Plusieurs dossiers internationaux pourraient être influencés par les résultats.

Des Américains faisant la queue pour voter lors des Midterms, le 6 novembre 2018

Crédit : Daisuke Tomita/AP/SIPA

Eléonore Aparicio

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Mettre RTL en favori sur Google

Ce mardi 3 novembre, les Américains doivent renouveler l'ensemble de la chambre des représentants et un tiers du Sénat. Un scrutin décisif pour Donald Trump, qui pourrait voir sa marge de manœuvre réduite pour les deux dernières années de son mandat. Mais les enjeux dépassent largement la politique intérieure américaine, car le Congrès dispose de pouvoirs importants qui lui permettent d'influencer s'il le souhaite les décisions de Washington à l'international. 

Pour autant, les conséquences dépendront largement des résultats. "Les conséquences d'une défaite pour le président Trump, à l'intérieur comme à l'extérieur, dépendront de l'ampleur de sa défaite, si défaite il y a", explique à RTL Marie-Christine Bonzom, politologue et journaliste spécialiste des États-Unis, où elle a vécu près de trente ans. 

Une victoire démocrate à la seule Chambre des représentants ne produirait pas les mêmes effets qu'une prise de contrôle des deux chambres du Congrès. Dans ce second scénario, les démocrates disposeraient de davantage de moyens pour tenter de contrer certaines décisions présidentielles, mais Donald Trump conserverait une importante liberté d'action, notamment en ce qui concerne la politique étrangère. 

Guerre en Ukraine : le Congrès pourrait-il changer la donne ?

La guerre en Ukraine figure parmi les dossiers sur lesquels les résultats des midterms pourraient avoir des répercussions. Le Congrès américain est chargé entre autres choses, de voter le budget. Une éventuelle majorité démocrate pourrait donc chercher à augmenter l'aide financière et militaire accordée à Kiev.  "Si les démocrates souhaitaient augmenter l'aide à l'Ukraine ou rejeter une diminution de l’aide voulue par le président Trump, il faudrait que les démocrates passent là aussi une loi, une loi budgétaire", indique Marie-Christine Bonzom.

À lire aussi

Mais même en cas de victoire démocrate dans les deux chambres, la Maison-Blanche conserverait des moyens de s'opposer à ces initiatives. Donald Trump pourrait notamment opposer son veto. Et même si le Sénat passait outre, la mise en œuvre de l'aide militaire dépendrait toujours de son administration.

"L'administration Trump peut tout simplement faire traîner la savate", souligne la spécialiste qui rappelle que le président américain conserve une grande latitude en matière de politique étrangère, même lorsqu'il doit composer avec une majorité parlementaire qui lui est opposée. 

À ces obstacles s'ajoute une évolution de l'opinion publique américaine. Selon un sondage Economist/YouGov publié le 22 octobre, 46 % des électeurs américains inscrits se déclarent favorables à l'envoi d'aide militaire à Kiev, contre 56 % en juillet. Le recul est particulièrement marqué chez les républicains, où ce soutien est passé de 41 % à 28 % en trois mois. Chez les démocrates, il reste en revanche stable, à 69 %.

Droits de douane : pas de révolution à attendre des démocrates

Donald Trump a fait des droits de douane l'un des principaux instruments de sa politique économique. Un enjeu de taille pour les Européens puisque selon Eurostat, l'Union européenne a exporté pour 554 milliards d'euros de marchandises vers les États-Unis en 2025, contre 354,4 milliards d'euros d'importations.
Mais selon Marie-Christine Bonzom, une victoire des démocrates ne changerait pas nécessairement la donne. "Le protectionnisme n'est pas l'apanage des Républicains aux États-Unis", rappelle-t-elle. La spécialiste souligne que Joe Biden avait conservé certains droits de douane instaurés par son prédécesseur lors de son premier mandat. Elle rappelle également que l'Inflation Reduction Act, voulu par le président démocrate Joe Biden en 2022, était "essentiellement une loi protectionniste".

Selon la politologue, les démocrates "prendront des mesures symboliques, des mesures qui marquent les esprits", notamment en ce qui concerne les droits de douane appliqués au Canada, qui "ont eu un effet relativement désastreux pour l'agriculture, le tourisme ou la construction aux États-Unis".

"La mesure la plus importante qu'ils pourraient prendre, la plus significative de leur désir de changer les choses en matière de tarifs douaniers, ce serait d'adopter [...] des lois pour abroger celles des années 70 par lesquelles le Congrès avait largement délégué son autorité au président dans ce domaine", explique-t-elle.
Une telle réforme nécessiterait une majorité dans les deux chambres et pourrait se heurter au veto présidentiel. Pour les partenaires commerciaux des États-Unis, notamment les européens, une victoire démocrate ne serait pas nécessairement synonyme de disparition des barrières douanières. 

OTAN : les Européens devront continuer à renforcer leur défense

Donald Trump dispose déjà d'une marge de manœuvre limitée par le Congrès sur la question de l'Alliance atlantique. "Le président américain ne peut pas, de lui-même, décider de quitter l'OTAN", explique Marie-Christine Bonzom. La politologue souligne qu'une loi adoptée il y a quelques années, notamment à l'initiative de Marco Rubio, alors sénateur républicain, encadre un éventuel retrait des États-Unis de cette alliance.

Une autre loi adoptée en décembre 2025 encadre aussi une éventuelle réduction des effectifs militaires américains en Europe sous le seuil de 76.000 soldats, en imposant notamment des consultations avec les alliés de l'OTAN et des évaluations de sécurité.


Pour autant, une majorité démocrate au Congrès ne signifierait pas que les Européens pourraient compter davantage sur Washington. "Les démocrates ne sont pas fondamentalement opposés à ce que les pays européens en fassent plus pour leur propre défense ou en fassent plus pour l'Ukraine", prévient-elle.

Cette position s'explique notamment par une réorientation stratégique américaine engagée depuis plusieurs présidences, qui dépasse les clivages entre républicains et démocrates. "Il y a consensus entre démocrates et républicains sur le fait que la priorité des priorités pour les États-Unis en matière stratégique, c'est la Chine", insiste-t-elle.

Après le scrutin, la voie étroite du compromis

Une victoire démocrate ne signifie pas obligatoirement une paralysie de la politique étrangère américaine. "Les démocrates et Trump auront aussi intérêt à travailler ensemble, à trouver des terrains d'entente", estime Marie-Christine Bonzom. Selon elle, le président américain pourrait chercher à obtenir des résultats concrets pour marquer les deux dernières années de son mandat. 

À écouter

INÉDIT - Midterms 2026 : tout ce qu'il faut savoir avant les élections de mi-mandat du 3 novembre

00:23:29

De leur côté, les démocrates devront garder à l'esprit la prochaine élection présidentielle, en 2028. S'opposer systématiquement au président pourrait leur coûter le soutien d'une partie de l'électorat, notamment celui des indépendants. "Aux États-Unis, l'électeur indépendant a horreur [...] que les deux partis se chamaillent en permanence ou aillent trop loin dans la radicalité", souligne la spécialiste.

Malgré les profondes divisions politiques que traversent les États-Unis, des compromis restent donc possibles, y compris sur certains dossiers internationaux. Les effets du scrutin ne seront cependant pas immédiats. Le nouveau Congrès ne prendra ses fonctions qu'en janvier 2027. D'ici là, Donald Trump conservera de toute façon ses majorités républicaines actuelles.  

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée