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DOCUMENT RTL - "J'ai peur des représailles" : ces Français racontent comment ils sont revenus de l'enfer du "plan Thaïlande"

Marie, 19 ans, et Rémy, 20 ans, sont tombés dans le piège du "plan Thaïlande", comme d'autres touristes français avant eux. Ils racontent en exclusivité à RTL comment ils ont réussi à échapper aux griffes des narcotrafiquants.

Un policier thaïlandais fouille les bagages personnels d’une Française piégée par le "plan Thaïlande" en août 2026.

Crédit : RTL

"J'ai peur des représailles" : ces Français racontent comment ils sont revenus de l'enfer du "plan Thaïlande"

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Simon Marseille & Alexis Lalemant & Sylvain Zimmermann

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Ils rêvaient de vacances paradisiaques et "gratuites" à l'autre bout du monde. Ils ont vite déchanté, frôlé la case prison et échappé au pire. Deux Français pris dans l'engrenage du "plan Thaïlande" racontent leur voyage en enfer au micro de RTL.

Marie*, 19 ans, et Rémy*, 20 ans (les prénoms et les voix ont été modifiés), ont répondu sur Snapchat à une fausse annonce particulièrement alléchante : un séjour tous frais payés (hôtel, taxi et extras compris) en échange d'une mission plutôt simple : ramener en France une valise soi-disant remplie de smartphones. Problème : dans le bagage fourni, point de téléphone. À la place, des kilos de drogue, notamment du cannabis, destinés être distribués dans l'Hexagone.

Cette histoire illustre un phénomène inquiétant : le nouveau fléau des "plans Thaïlande". Comme l'a révélé RTL plus tôt cette semaine, onze Français appâtés par une proposition du même ordre sont détenus depuis le début de l'été dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Ils ont accusés d'avoir tenté de transporter dans leurs valises d'importantes quantités de stupéfiants vers la France.

Marie et Rémy, eux, ont eu plus de chance. Ils ont échappé aux griffes des narcotrafiquants. La jeune femme sans emploi raconte à RTL comment elle a été approchée sur Snapchat par un recruteur il y a près de trois semaines. "On m'avait promis 3.000 euros à la fin de cette 'mission' qui consistait à transporter 78 téléphones dans une valise à l'étranger. J'allais avoir les 3.000 euros une fois arrivée en France... Mais je me suis faite piéger", relate-t-elle.

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De son côté Rémy, un étudiant précaire, a lui aussi voulu croire au "bon plan" des vacances gratuites au soleil. Avant de flairer le traquenard. "On savait très bien que ce n'était pas que des iPhone. C'était vraiment un coup de folie, reconnaît-il avec le recul. Mais quand on a envie d'argent, on est prêt à faire pas mal de choses."

Comme d'obéir à cet inconnu qui réserve leur billet, ou encore d'atterrir à 9.000 kilomètres de chez eux et de poser leurs valises dans un hôtel sombre de la banlieue de Bangkok.

Un programme de vacances idéal

À leur arrivée en Thaïlande, première surprise : dans les chambres de l'hôtel, une vingtaine de jeunes embauchés pour la même mission. Parmi eux des Français, mais pas seulement. Tous sont encadrés par des narcotrafiquants.

"Le premier jour, il y en a un qui me prend mon passeport. Jusque-là, moi, je trouve que c'est normal parce que je me dis que c'est pour les réservations d'hôtel et qu'il va donner de l'argent chaque jour", se remémore Marie au micro de RTL.

Selon Rémy, les participants au "plan Thaïlande" reçoivent "entre 1.000 et 2.000 bahts par jour, 25 euros à peu près". "On nous paye l'hôtel, la nourriture... Des vacances gratuites quoi. J'allais me baigner, j'ai fait du golf, on a fait du karting. Tout ce qu'on fait quand on est en vacances", explique-t-il.

Mais la carte postale idyllique va rapidement s'assombrir au cours du séjour. Les deux jeunes changent d'avis et ne veulent plus faire la mission, celle de ramener la précieuse valise... "Au moment où j'ai décidé de vouloir ouvrir la valise, qui est cadenassée avec des codes, c'est là que j'ai compris que c'était vraiment de la drogue. J'ai tenté d'appeler la police", souligne Marie. 

Des menaces sans équivoque

Résultat : ça ne plaît pas aux gros bras du gang. Aussitôt son téléphone vibre, avec au bout du fil, un membre du réseau criminel qui menace la jeune Française. "Reste en Thaïlande tranquillement, tu fais la mission c'est tout, basta. Je sais pas pourquoi tu fais la meuf, tu veux appeler la police, je sais pas quoi. Je vais t'enc**** pour de vrai toi. Reste calme. Me force même pas à envoyer une équipe chez ta mère", lance le criminel dans un message vocal envoyé à Marie.

Cette dernière réalise alors qu'il faut "trouver une solution". Elle dit alors avoir "pris l'ascenseur" avant d'aller se cacher "derrière la réception où il y a tout ce qui est caméras de surveillance".

Dès que la police locale est arrivée à l'hôtel, les narcotrafiquants présents sur place se sont fait interroger. "Sauf qu'on les a relâchés", déplore la jeune femme. Néanmoins, grâce à l'intervention des forces de l'ordre, Marie récupère son passeport avant d'être prise en charge par le consulat. En fait, j'ai peur des représailles, parce que je les ai dénoncés. Surtout qu'un trafic de drogue c'est grand", 

On s'est dit 'waouh', on s'en est sorti

Rémy

Rémy, de son côté, a tenté une approche encore plus risquée pour s'extirper du piège. Il tente le tout pour le tout alors que tout l'hôtel s'endort : au cœur de la nuit, lui et son voisin de chambre descendent les escaliers sur la pointe des pieds.

"On est partis de l'hôtel vers 4-5 heures du matin. On n'a rien laissé derrière nous. On a bloqué les numéros. On a coupé notre localisation... On a tout coupé", décrit l'étudiant.

"Le moment où on a le plus stressé, on va dire, c'était à l'aéroport de Bangkok. On s'est dit : 'est-ce qu'il y aura des gens là-bas qui vont venir nous attraper ?' Les gens du réseau, ils sont pas mal à barouder à l'aéroport pour justement les gens qui doivent embarquer leurs valises soi-disant remplies d'iPhone", continue Rémy, en précisant que les membres du gang sont "cinq ou six" dans l'aéroport.

Les deux hommes ont alors pu s'enfuir en prenant un vol "le plus tôt possible". C'est seulement au moment où Rémy pose le pied sur le sol Français qu'il réalise vraiment ce à quoi il a échappé.

"On s'est dit 'waouh, on s'en est sorti'. Si on allait passer le reste de nos jours derrière les barreaux, dans un pays qu'on ne connait absolument pas, dans un autre continent, sans contact, ma vie aurait pu être gâchée en l'espace de dix secondes, en fait", réalise finalement Rémy. 

Le Quai d'Orsay dit "surveiller de près" la situation

Un miracle pour ces deux évadés qui laissent derrière eux, à Bangkok, d'autres victimes du "plan Thaïlande". Depuis les révélations sur cette nouvelle méthode de trafic, les propositions de "vacances gratuites" se font beaucoup plus rares. Le réseau se fait plus discret depuis la médiatisation de l'affaire.

En parallèle, la police nationale diffuse depuis peu un message de prévention sur les réseaux sociaux. "Ne vous faites pas avoir par ces annonces frauduleuses diffusées sur les réseaux sociaux. Quand c'est trop beau, c'est toujours une arnaque. Et ce voyage gratuit peut vous envoyer directement derrière les barreaux", répète le message des autorités françaises.

Du côté de Bangkok à l'heure actuelle, au moins onze Français sont toujours derrière les barreaux en attente de leur jugement par la justice thaïlandaise. Une "situation surveillée de près par les services compétents", assure le Quai d'Orsay.

Des zones d'ombre restent encore à éclaircir, notamment afin de savoir qui se cache derrière ce réseau criminel. Pour le savoir, le parquet national anticriminalité organisé a ouvert une enquête. 

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