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Contrôle de l'île de Kharg, stocks d'uranium... Quels sont les scénarios d'un potentiel déploiement terrestre américain au Moyen-Orient ?

Les États-Unis multiplient les signaux de fermeté face à l’Iran, en envisageant plusieurs scénarios de déploiement terrestre au Moyen-Orient. De la prise de sites stratégiques comme l’île de Kharg à la saisie de stocks d’uranium, ces options, révélées par la presse américaine, visent à accentuer la pression sur Téhéran, sans pour autant lever les incertitudes sur une éventuelle intervention au sol.

Un navire de guerre américain présent dans les eaux territoriales de Trinité-et-Tobago pour un exercice

Crédit : MARTIN BERNETTI / AFP

Eléonore Aparicio

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L'hypothèse d'un déploiement terrestre américain a été réfutée par Donald Trump lui-même au début du conflit. Mais, un mois après le lancement de l'offensive Epic Fury, plusieurs scénarios sont déjà envisagés par le Pentagone, selon les médias américains Axios et le Wall Street Journal. Le président américain agite désormais la menace d’un envoi de troupes au sol en Iran pour pousser Téhéran à négocier une sortie de crise, mais cette stratégie reste sans effet pour l’instant.

Selon le Washington Post, le Pentagone a ordonné, mardi 24 mars, le déploiement d'environ deux mille parachutistes de la 82e division aéroportée au Moyen-Orient. Jusqu'ici, l'idée d'envoyer des militaires américains au sol relevait presque du tabou. Les précédents irakien et afghan avaient durablement refroidi toute ambition d'engagement terrestre prolongé au Moyen-Orient. 

Donald Trump n'a pas le soutien des Américains dans cette affaire. D’après plusieurs sondages réalisés par CNN, Reuters et le Washington Post au lendemain de l’attaque contre l’Iran, une majorité d’Américains désapprouvent les frappes menées par les États-Unis. Selon des responsables proches de l'administration Trump, interrogés par Axios, quatre scénarios de "coup de grâce" sont envisagés. 

Envahir l'île de Kharg ou celle de Larak

L'une des options étudiées par le Pentagone est la prise ou le blocage de l’île de Kharg, située dans le nord du Golfe, est un site stratégique pour l’Iran : elle concentre près de 90 % des exportations de pétrole brut du pays. Cette bande de terre, équivalente à un tiers de Manhattan, abrite le principal terminal pétrolier iranien et a connu un essor important lors du boom pétrolier des années 1960 et 1970.

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Véritable centre névralgique des exportations pétrolières iraniennes, ce territoire représente un levier économique majeur. En prendre le contrôle reviendrait à porter un coup direct aux ressources du régime tout en sécurisant un point clé du trafic énergétique mondial. Sur le plan militaire, l’opération serait circonscrite, mais son impact politique et économique pourrait être considérable, en privant Téhéran d’une part essentielle de ses revenus. 

Donald Trump a menacé d'anéantir cette île, lundi 30 mars, si le détroit d’Ormuz ne rouvrait pas et si les discussions avec Téhéran n’aboutissaient pas rapidement.

Nous conclurons notre charmant 'séjour' en Iran en faisant exploser et en anéantissant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg.

Donald Trump

"Si pour une raison quelconque un accord n'est pas conclu rapidement, ce qui sera probablement le cas, et si le détroit d'Ormuz n'est pas immédiatement 'ouvert aux affaires',  nous conclurons notre charmant 'séjour' en Iran en faisant exploser et en anéantissant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg (et peut-être toutes les usines de dessalement !)", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

En cas de déploiement de troupes américaines sur l’île, assurer leur sécurité face aux missiles et drones iraniens s’annonce particulièrement difficile, ce qui laisse craindre des pertes du côté américain.

Une autre option envisagée par les États-Unis consisterait à s’emparer de l’île de Larak, un avant-poste stratégique qui permet à l’Iran de renforcer son contrôle sur le détroit d’Ormuz. L’île abrite des bunkers, des navires d’attaque capables de cibler des cargos, ainsi que des radars surveillant le trafic maritime, y compris les petites embarcations susceptibles de s’en prendre à des navires civils.

Parmi les autres scénarios évoqués, il y a la prise de l’île stratégique d’Abu Musa et de deux îlots voisins, situés à l’entrée ouest du détroit d’Ormuz et revendiqués à la fois par l’Iran et les Émirats arabes unis, ou encore le blocage et la saisie de navires exportant du pétrole iranien à l’est du détroit.

Une intervention de plus grande ampleur

Selon Axios, l’armée américaine a aussi élaboré des plans pour mener des opérations terrestres en profondeur sur le territoire iranien, avec pour objectif de s’emparer de stocks d’uranium hautement enrichi dissimulés dans des sites nucléaires. Une telle opération viserait à démanteler durablement le programme nucléaire et à imposer un rapport de force susceptible de déstabiliser le pouvoir en place. Mais cette option ouvrirait la voie à une guerre d’une intensité bien supérieure, avec des combats prolongés, notamment en milieu urbain, et un risque élevé d’enlisement dans un pays aux caractéristiques géographiques et militaires particulièrement complexes.

Au-delà des objectifs militaires, c’est l’ampleur des conséquences régionales qui inquiète le plus. Une intervention terrestre en Iran pourrait déclencher une réaction en chaîne dans l’ensemble du Moyen-Orient. Les bases américaines présentes dans plusieurs pays pourraient devenir des cibles, tandis que le détroit d’Ormuz, artère essentielle du commerce mondial de pétrole, pourrait être perturbé. Dans un tel contexte, un conflit localisé risquerait rapidement de se transformer en crise internationale majeure, avec des répercussions économiques globales.

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Pour l’heure, toutefois, ces scénarios restent à l’état de plan. Le renforcement militaire américain peut aussi être interprété comme un instrument de pression, destiné à peser sur les négociations et à contraindre Téhéran à faire des concessions, notamment sur la question nucléaire. En affichant sa capacité à intervenir au sol, Washington cherche peut-être avant tout à éviter d’avoir à franchir ce seuil. Toute intervention terrestre reste donc à l’état d’hypothèse. Donald Trump n’a pas encore pris la décision de mettre en œuvre l’un de ces scénarios.

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