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Brésil : pourquoi la présidente Dilma Rousseff risque d'être destituée

ÉCLAIRAGE - Le Brésil est ébranlé depuis un mois et demi par une folle crise politique aux incessants rebondissements politiques et judiciaires.

La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brasilia le 12 avril 2016
La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brasilia le 12 avril 2016 Crédit : EVARISTO SA / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Au terme d'un vote historique de 367 voix pour et 137 contre, les députés brésiliens ont ouvert la voie à la destitution de la présidente Dilma Rousseff, dimanche 18 avril. Pour que la procédure aboutisse, elle doit désormais être examinée et validée par le Sénat. Si ses membres suivent l'avis de la chambre basse, ce qui a de fortes de chances de se produire, la présidente de la République sera effectivement écartée du pouvoir.

Preuve que le pays se déchire sur cette affaire, la séance extraordinaire s'est déroulée dans un climat d'insultes et d'empoignades entre les parlementaires. Une agitation qui a également touché la population, obligeant la capitale Brasilia à ériger une grande barrière pour séparer les soutiens et les opposants à Dilma Rousseff qui suivaient le vote sur écrans géants. Une tension qui reflète l'instabilité dans laquelle se trouve le Brésil depuis plusieurs mois à cause d'une crise politique majeure sur fond de corruption et de rebondissements judiciaires.

De quoi Dilma Rousseff est-elle accusée ?

Devenue la première femme présidente du Brésil en 2011, reconduite en 2014 par 54 millions de Brésiliens, Dilma Rousseff est soupçonnée d'avoir maquillé les comptes publics et dissimulé l'ampleur des déficits dans le but de faciliter sa réélection. L'affaire est d'autant plus grave que le pays est frappé par une récession économique liée à l'effondrement des prix des matières premières.

La polémique se déclenche au même moment que le scandale de corruption Petrobras dans lequel de nombreuses personnalités politiques brésiliennes, notamment issues du Parti des Travailleurs (gauche) au pouvoir, ont obtenu des commissions par le biais de contrats gonflés accordés à la compagnie pétrolière publique. "Elle était au courant de tout et en a bénéficié directement pour le financement de ses campagnes", assure un sénateur, Delcidio do Amaral, lui-même inculpé dans ce dossier. Pour ne rien arranger, la dirigeante de 68 ans a tenté d'appeler à la rescousse l'ex-président Lula (2003-2010) en lui offrant le poste de chef de cabinet (quasi premier ministre) en mars dernier. Mais les autorités judiciaires ont suspendu cette nomination, suspectée d'avoir été entreprise pour accorder à Lula une immunité le protégeant d'une possible incarcération pour corruption et blanchiment d'argent dans l'enquête Petrobras.

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Empêtrée dans cette triple crise politique, judiciaire et financière, Dilma Rousseff est plus impopulaire que jamais avec une cote qui se maintient péniblement à 10%. Selon les derniers sondages d'opinion, 60% de la population se prononce même en faveur de sa destitution.

Comment la probable destitution va-t-elle se passer ?

Après plusieurs semaines de chaos politique, l'assemblée plénière des députés lance le 15 avril la procédure de destitution contre Dilma Rousseff, lâchée par de nombreux partis initialement rattachés à sa coalition gouvernementale. Pour que le processus puisse se poursuivre, deux tiers des députés (342 sur 513) devaient donner leur aval. Avec 367 voix, la majorité a donc été largement obtenue au terme de ce vote sous haute tension. "Les putschistes ont gagné ici mais cette défaite provisoire ne signifie pas que la guerre est perdue", affirme le leader du parti au pouvoir.

En effet, pour que Dilma Rousseff soit déchue, il manque encore le vote du Sénat, qui doit se prononcer d'ici le 11 mai. Cela pourrait toutefois être une simple formalité, car seule une majorité de sénateurs (41 sur 81) est requise pour que la Présidente soit officiellement mise en accusation pour "crime de responsabilité". Si le vote s'avère favorable, elle sera alors écartée dans un premier temps pour un maximum de 180 jours. Ce laps de temps permettra au Sénat d'organiser un procès, où une destitution définitive pourra être prononcé en fonction du verdict. Dilma Rousseff deviendrait alors la deuxième présidente du Brésil à être destituée depuis Fernando Collor de Mello, pour corruption en 1992.

Et après ?

Si la destitution a effectivement lieu, le pouvoir se retrouvera entre les mains du vice-président Michel Temer, qui compte mettre en place un gouvernement d'unité nationale. Âgé de 75 ans, le centriste devenu premier opposant de la présidente est visiblement prêt à endosser le costume, comme en atteste la fuite de la presse du texte du discours à la nation qu'il compte prononcer lors de sa prise de fonction. 

Mais à l'instar de Dilma Rousseff, Michel Temer est impopulaire. Les sondages ne le créditent que de 2% d'intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle. La faute notamment à des soupçons qui pèsent aussi sur lui dans le cadre du scandale Petrobras et d'une enquête sur des pots-de-vin dans le financement de sa dernière campagne électorale. Preuve que le pays n'est pas prêt de sortir de la tourmente, des alliés de Dilma Rousseff ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils comptaient lancer une demande de destitution contre Michel Temer. Mais celle-ci n'a que peu de chance d'aller plus loin.

La destitution de Rousseff, l'arbre qui cache la forêt ?

Avec une destitution de Dilma Rousseff, le Brésil espère bien porter un grand coup à la corruption. Mais difficile de croire que cette solution va assainir les débats. Selon l'ONG Transparency International, six députés brésiliens sur dix ont eu des démêlés avec la justice pour des affaires de corruption. Un constat qui pouvait facilement se vérifier lors du vote sur la destitution.

L'ouverture de la session extraordinaire a ainsi été proclamée par le président du Congrès Eduardo Cunha, lui-même inculpé pour corruption et blanchiment d'argent dans le scandale Petrobras. Puis comme le relate The Guardian, bon nombre d'élus ayant pris la parole pour annoncer leur vote sont impliqués dans des affaires de blanchiment d'argent, de détournement de fonds publics, de recel de faux documents, voire dans le collimateur d'Interpol pour conspiration. Ce qui fait dire au député d'extrême gauche Jean Wyllys : "J'ai honte de participer à la farce de cette élection indirecte, conduite par un voleur, ourdie par un traître conspirateur et appuyée par de lâches tortionnaires, des analphabètes politiques et des vendus, une farce sexiste".

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