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Au Maroc, un institut forme les imams à contrer les "discours radicaux"

L'institut situé à Rabat se donne pour poursuivre le combat antijihadiste. Depuis les attentats de 2003, le pays s'efforce d'encadrer le champ religieux et de promouvoir un islam plus "tolérant".

Des étudiants, pendant un cours à l'institut Mohammed VI, à Rabat (Maroc)
Des étudiants, pendant un cours à l'institut Mohammed VI, à Rabat (Maroc) Crédit : FADEL SENNA / AFP
Leia Hoarau
Leia Hoarau
et AFP

"Dialogue", "cohabitation" et "islam du milieu" : c'est le credo de l'Institut Mohammed VI de formation des imams de Rabat qui accueille, depuis 2015, des Marocains et des étrangers d'une dizaine de pays (Mali, Côte d'Ivoire, Guinée Conakry, Sénégal, Tchad, Nigeria, Gambie, Gabon et France) sur la base d'accords bilatéraux.

La mission du centre, placé sous la tutelle du roi Mohammed VI et fer de lance de sa diplomatie religieuse, est de lutter "contre les discours radicaux", comme le dit son directeur Abdeslam Lazaar. Une mission cruciale, alors que des jeunes imprégnés par ces discours ont rejoint les rangs jihadistes pour mener des attentats ou combattre pour le "califat" du groupe État islamique. En 2015, 1.600 Marocains ont été recensés en Irak et en Syrie.

"On nous apprend que l'islam est une religion de paix et de juste milieu, de dialogue et de cohabitation pacifique avec différentes communautés", souffle cheikh Ahmed Tijane Kébir, un Sénégalais de 30 ans originaire de la région de Dakar, qui souhaite "montrer la vraie image de l'islam".

Ils sont 1.300 étudiants, hommes et femmes, à suivre comme lui des cursus de deux ou trois ans. Les hommes sont ou seront imams, les femmes deviendront mourchidates (prédicatrices).

Les "idées erronées" des étudiants

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"En début de cursus, il arrive que des étudiants présentent des idées erronées en raison d'une mauvaise compréhension de l'islam", explique le directeur. "Les professeurs commencent par corriger les concepts erronés et démonter par l'argumentation les mauvaises interprétations des takfiristes" (extrémistes), dit-il.

"Parmi les cours que nous dispensons, il y a une étude introductive au christianisme, au judaïsme et à la comparaison des religions. Ces matières donnent aux étudiants une vue globale sur les autres religions pour pouvoir cohabiter avec les autres communautés", explique le directeur.

Les Français ont les discours "les plus radicaux"

C'est souvent les Français fraîchement débarqués qui tiennent les discours "les plus radicaux" : "il y a vraiment du travail avec eux", avance un formateur.

"Le métier d'imam (...) nécessite une formation encadrée, sérieuse", affirme Morgan Gallet, 30 ans. Venu de la commune d'Avion (nord de la France), il compte au terme de son cursus de trois ans "rentrer en France et occuper le poste d'imam". L'étudiant en fin de cursus dit avoir "appris les outils à maîtriser pour transmettre un état d'esprit basé sur la tolérance, le dialogue, le vivre-ensemble". Cet état d'esprit est "tout aussi important que les connaissances", selon lui. 

Un enjeu diplomatique

Frappé par une vague d'attentats à Casablanca en 2003 (33 morts), le Maroc s'efforce depuis d'encadrer le champ religieux, à travers la promotion d'un islam "tolérant". L'enjeu de cet institut est aussi diplomatique pour le Maroc, qui se positionne dans le monde musulman (en particulier en Afrique) comme un maillon fort de la lutte antijihadiste

"L'institut est un pilier de la politique religieuse africaine du Maroc", assortie de distributions d'exemplaires du coran et de constructions de mosquées, souligne l'universitaire Salim Hmimnat, auteur d'études sur la politique religieuse du royaume. "Il s'agit aussi de faire en sorte que les imams étrangers deviennent des ambassadeurs du modèle religieux marocain", soutient-il.

L'institut a d'ailleurs été choisi pour accueillir, samedi 30 mars, le pape François dans le cadre d'une visite présentée côté marocain comme un exemple de "tolérance" et de "dialogue inter-religieux". Dans son discours peu après l'arrivée du pape, le roi Mohammed VI a réaffirmé l'importance de cet institut, la religion étant selon lui "synonyme de paix" entre les peuples.

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