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"Est-ce que ça vaut le coup d'aller travailler ?" : face aux prix du carburant, les habitants de la campagne piégés par leur dépendance à la voiture

Dans l'Oise, les habitants du village d'Amblainville se retrouvent contraints de faire des pleins à des tarifs toujours plus élevés en raison du conflit au Moyen-Orient : ils n'ont aucune autre solution que la voiture pour se déplacer dans ce territoire isolé.

Une pompe à essence (illustration)

Crédit : AFP / Philippe Huguen

"On ne peut pas être sans voiture, ce n'est pas possible !" : Amblainville (Oise), symbole de ces communes où la flambée des prix de l'essence devient une profonde inquiétude

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Vincent Serrano

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"Cela révèle une fracture territoriale et de mobilité." C'est le principal enseignement d'un sondage publié ce jeudi 2 avril par l’Institut Montaigne sur les Français face à la crise énergétique. Autrement dit, les prix des carburants et la hausse des dernières semaines, liée au conflit au Moyen-Orient, impactent surtout ceux qui habitent dans les territoires ruraux, isolés et peu peuplés. Illustration à Amblainville dans l'Oise, où résident 1.800 habitants piégés par leur dépendance à leur véhicule. Ici, on se tient au courant tous les jours de l'évolution des prix dans les stations-services du coin.

C'est Jean-Christophe, qui s'y colle ce matin avant de partir au travail. "Le gasoil, là, ça pique. Moi, je passe devant Carrefour, était à 2,35 euros le litre, Auchan 2,21, Total 2,09...", énumère-t-il, religieusement écouté par ses amis sur la place du village. "J'ai voulu prendre de l'essence ce matin chez Total mais il n'y en a plus", répond Marcelle.

"Il faut vraiment qu'ils fassent quelque chose… On fait déjà de la route pour pouvoir prendre de l'essence. Où est-ce qu'on va aller en chercher quand on n'en aura plus ? On ne roule plus ? C'est fini, on ne bouge plus ?", questionnent-ils tous en chœur.

"Vous êtes en Picardie, à la campagne, donc selon l'endroit où vous travaillez, il faut aller prendre le train dans le Val-d'Oise pour aller à Paris par exemple", ajoute Jean-Christophe, qui parcourt 50 kilomètres chaque jour, rien que pour se rendre à la gare. "J'ai fait le plein du 3008, il me restait un quart [du réservoir], mais ça m'a coûté 100 balles". En tout, il a vu son budget essence passer de 250 à 340 euros par mois.

"On va faire crédit maintenant pour aller bosser"

Sur place, beaucoup n'ont pas la possibilité de faire de télétravail et la voiture reste obligatoire, que ce soit pour aller faire les courses ou retirer de l'argent, puisqu'il n'y a pas de distributeur dans le village. "On ne peut pas être sans voiture, ce n'est pas possible. On n'a pas de RER, pas de car, on n'a rien du tout ici ! S'il y avait vraiment d'autres moyens de transport, on prendrait un peu moins la voiture, mais on n'a pas le choix. Qu'est-ce que vous voulez qu'on prenne ? Un métro ? Ah oui, on va chercher un métro à Amblainville. Oui, tiens, c'est original", ponctue Marcelle, qui arrive à en rire, quoiqu'un peu jaune.

À écouter aussi

Dans les centres urbains, 56% des sondés par l'Institut Montaigne expliquent s’être déjà reportés sur les transports en commun, pour seulement 7% dans le monde rural. Raison pour laquelle la station essence la moins chère de la zone est prise d'assaut.

Selon Angélique, qui attend depuis 40 minutes pour se servir, il faudra donc continuer de faire des pleins, même si cela dépasse 3 euros le litre. "On va faire crédit maintenant pour aller bosser… 40 kilomètres jusqu'à son boulot, est-ce que ça vaut le coup d'aller travailler ? On va payer plus cher que ce qu'on va gagner", en vient-elle à penser.

Il faut même repenser les trajets pour aller à l'école

Les collèges, lycées et universités sont aussi loin d'ici. Pour autant, les parents estiment qu'il est hors de question de pénaliser leurs enfants, à l'image d'Edeline, une voiture derrière : "Pour les plus petites de cinq et six ans déposées à l'école du village, on essaye du coup de faire des trajets à pied. Par contre, j'ai une grande en études sur Beauvais".
Cela représente trois à quatre allers-retours par semaine, détaille-t-elle, sachant que la trentaine de bornes peut se couvrir en 35 minutes environ. "C'est un budget, donc on essaye de faire autrement. Des fois, je fais du covoiturage aussi avec ma voisine, ce qu'on ne faisait jamais avant", ajoute cette mère de famille.

À cette station-service, la file d'attente d'une vingtaine de véhicules ne diminue jamais, comme en témoigne Benoît, qui vit juste à côté. "C'est toute la journée car c'est une station Total avec des prix bloqués et les autres autour sont plus chères. À minuit, il y avait la queue avec les gendarmes qui faisaient la circulation", assure-t-il. Comme dans de nombreuses campagnes, les automobilistes sont stressés à l'idée de ne pas avoir assez d'essence dans le réservoir pour se rendre simplement au travail.

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