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Une personne fait son plein de diesel à la pompe (illustration)
Crédit : SIPA
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Pour faire face à la flambée des prix des carburants, le gouvernement a décidé de puiser dans les réserves stratégiques françaises de gazole. Dix millions de barils doivent progressivement être mis sur le marché, avec une baisse annoncée de 12 à 18 centimes par litre "dès le 1er novembre". Ces stocks stratégiques sont des réserves constituées à l'avance pour permettre à la France de faire face à une crise d'approvisionnement en pétrole ou en carburants.
En temps normal, ces stocks ne sont pas destinés à être vendus aux automobilistes. Ils constituent une sécurité en cas de pénurie, de rupture des importations ou de perturbation majeure du marché pétrolier. Ces réserves permettent au pays de disposer de carburant même lorsque les circuits habituels d'approvisionnement sont fragilisés, elles sont gérées par la Sagess, la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité.
C'est la première fois dans l'histoire des stocks stratégiques français qu'on met à disposition un tel volume
Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement
Dans le contexte actuel de tensions au Moyen-Orient et de blocage du détroit d'Ormuz, les pays du G7 ont décidé de prélever sur les stocks stratégiques pour tenter de faire baisser les prix. Une décision présentée comme exceptionnelle par Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, invitée de RTL, mardi 13 octobre.
"C'est la première fois dans l'histoire des stocks stratégiques français qu'on met à disposition un tel volume", assure-t-elle. Selon la ministre, la France dispose de 50 millions de barils de diesel stockés. Dix millions doivent être libérés dans le cadre de cette opération, soit un cinquième de ce volume.
Le carburant issu de ces stocks stratégiques a été acheté avant la crise, à un prix bien plus bas. Mais il ne sera pas revendu à ce tarif aux automobilistes, car il ne remplacera qu'une partie du gazole commercialisé dans les stations-service. Il sera mélangé, dans les volumes distribués, à du carburant acheté aux prix actuels.
"On va mettre les 10 millions de barils au prix d'achat, à 3 à 4 fois moins cher que le prix du marché. Mais ça ne correspondra pas à l'ensemble des volumes vendus", explique Maud Bregeon.
D'après les chiffres communiqués par Matignon, les stocks concernés ont été achetés à environ 28 centimes le litre, contre un prix du marché d'environ 1,10 euro le litre au moment de l'annonce. L'État prévoit de revendre ces volumes à prix coûtant aux distributeurs. L'objectif est donc de réduire leur coût moyen d'approvisionnement, puis de répercuter cette économie sur le prix payé par les consommateurs. "C'est comme ça qu'on arrive à 12 à 18 centimes de baisse, ce qui est déjà très important", justifie la ministre.
Le prix d'achat du carburant stocké ne correspond toutefois pas à son prix final à la pompe, qui intègre notamment les coûts logistiques, la distribution et les taxes. Invité sur RTL, mardi 13 octobre, Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U rappelle que les distributeurs devront supporter ces frais supplémentaires.
"Ces stocks ont été achetés à très bas prix. Mais par-dessus, il va falloir rajouter le transport. Et le transport pour livrer à Paris, pour livrer à Mulhouse ou pour livrer à Marseille, ce n'est pas le même prix". C'est notamment pour cette raison que la baisse annoncée prend la forme d'une fourchette plutôt que d'un montant identique dans toutes les stations. Pour un plein de 50 litres, une réduction de 12 à 18 centimes représenterait une économie de 6 à 9 euros.
Sur RTL, la porte-parole du gouvernement a expliqué que la libération des stocks nécessite plusieurs opérations administratives, commerciales et logistiques. Il faut d'abord autoriser la sortie des réserves, organiser leur vente, répartir les volumes entre distributeurs, puis acheminer le carburant jusqu'aux circuits de distribution.
"Il faut libérer ces stocks qui physiquement sont aujourd'hui stockés dans le sud de la France. On a 50 millions de barils de diesel stockés. Il faut en sortir 10 millions", détaille Maud Bregeon.
Selon le calendrier annoncé par Matignon, les premières ventes aux distributeurs doivent intervenir le 28 octobre, avant une baisse des prix à la pompe à compter du 1er novembre. Pour les quelque 300 stations rurales les plus isolées, susceptibles d'être approvisionnées plus tardivement, le gouvernement prévoit des avances de trésorerie et un fonds spécifique afin qu'elles puissent également appliquer la baisse dès cette date.
Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un mécanisme de transparence et de contrôle. Les volumes sortis des réserves par la Sagess doivent être publiés chaque semaine, tout comme les économies réalisées grâce à leur commercialisation. La réduction doit également être identifiable dans les factures des différents intermédiaires et affichée dans les stations-service.
L'exécutif prévoit de surveiller les prix et les marges des distributeurs, avec la possibilité d'encadrer ces dernières par décret si les engagements ne sont pas respectés.
Interrogé sur les marges réalisées par son enseigne, Dominique Schelcher assure ne faire "quasiment pas de marge". "On gagne un ou deux centimes au litre", précise-t-il. Le distributeur assure que la concurrence entre enseignes devrait également les inciter à faire bénéficier les consommateurs de la baisse.
Sur RTL, la porte-parole du gouvernement a indiqué que l'opération de libération des stocks stratégiques ne cible que le diesel en raison des tensions particulièrement fortes sur ce carburant et de l'accord international. "Ce n'est pas la France qui fait seule une libération des stocks stratégiques. C'est un accord 100 millions de barils, encore une fois, au niveau du G7. Et cet accord, il porte spécifiquement sur le diesel", explique-t-elle.
Elle assure qu'une intervention isolée de la France sur le marché de l'essence aurait un impact beaucoup plus limité. "Si la France met toute seule quelques millions de barils sur le marché international, ça n'aura pas l'effet escompté." Le gouvernement privilégie donc une action coordonnée pour peser davantage sur l'offre et la demande.
Sur RTL, Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U a confirmé l'engagement de répercuter la baisse à partir du 1er novembre, mais prévient que les automobilistes ne doivent pas s'attendre à un prix figé pendant trois mois. "Ça va être une libération progressive de 10 millions de barils sur 3 mois. Ça veut dire qu'à certains moments, nous n'accéderons peut-être pas à ces stocks-là."
Les distributeurs ne recevront pas nécessairement en permanence du gazole issu des réserves stratégiques. "Globalement, il y aura des prix en baisse, mais il pourra y avoir encore des variations parce que ça ne couvrira pas toutes les quantités de toutes les stations à tout moment", souligne Dominique Schelcher.
Le prix affiché restera donc dépendant des livraisons, des coûts de transport et des évolutions du marché pétrolier. La baisse annoncée n'est pas une garantie que chaque station affichera tous les jours un prix inférieur à 18 centimes.
L'opération doit s'étendre de novembre à janvier, mais les stocks stratégiques ne constituent pas une source permanente de carburant bon marché. Une fois les dix millions de barils écoulés, les distributeurs devront continuer à s'approvisionner sur le marché habituel. Si les cours restent élevés, la disparition de cet apport moins coûteux pourrait mécaniquement exercer une pression à la hausse sur les prix. À l'inverse, une détente de la situation internationale pourrait permettre aux prix de diminuer indépendamment de l'opération.
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