3 min de lecture Économie

Privatisation d'Aéroports de Paris : une fausse-bonne idée ?

ÉDITO - L'État pourrait lâcher du lest dans sa participation dans les deux aéroports parisiens (Orly et Roissy). Le journaliste François Lenglet émet quelques réserves sur cette opération.

LENGLET 245300 Lenglet-Co François Lenglet
>
Privatisation d'Aéroports de Paris : une fausse-bonne idée ? Crédit Image : THOMAS SAMSON / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
La page de l'émission
LENGLET 245300
François Lenglet Journaliste RTL

C'est une information de BFM Business. Le porte-parole du gouvernement a démenti, mercredi 7 mars, en indiquant que rien n'est décidé. Mais il y a bien des préparatifs pour vendre la participation de l'État au capital d'Aéroports de Paris, qui ont commencé dès l'été dernier, peu après l'arrivée du nouveau gouvernement. La puissance publique possède 50,6% de cette entreprise qui vaut 17 milliards d'euros au cours de mercredi. L'État peut espérer récupérer 8 à 9 milliards d'euros.

Une bonne affaire pour le contribuable ? Honnêtement, il y a de quoi être très réservé sur cette opération. D'abord, un aéroport c'est une frontière.

Depuis quand privatise-t-on la gestion des frontières, surtout dans un monde où elles redeviennent stratégiques ? Aux États-Unis, pays pourtant fort libéral, les quelque 3.000 aéroports sont la propriété des États et des collectivités locales.

À lire aussi
Le ministère de l'Économie et des Finances, communément appelé "Bercy", le 15 mars 2013 gouvernement
Fiscalité : "La majorité va se faire flasher sur le radar du suffrage universel", dit Mazerolle

Pourquoi donner une rente financière au privé ?

Ensuite, un aéroport c'est un monopole naturel. Vous n'avez pas le choix, si vous voyagez en avion, d'aller le prendre à Paris ou à Berlin. Vous utilisez évidemment le plus proche de chez vous.

C'est un monopole géographique en quelque sorte, exactement comme une route ou un réseau d'électricité. Cela assure à l'actionnaire une clientèle captive, qu'il sert sans réelle concurrence, et donc une rente financière.

Pourquoi donner une rente financière au secteur privé ? C'est ce qu'on a fait pour les autoroutes, il y a douze ans, lorsqu'on a privatisé d'importants tronçons chez nous, en hypothéquant des recettes futures pour l'État, au profit de sociétés privées très rentables. J'ajoute ensuite que le précédent de Toulouse devrait aussi faire réfléchir.

 En 2014, le ministre de l'Économie, un certain Emmanuel Macron, a autorisé la vente de l'aéroport de Toulouse à un groupe chinois. Quelques semaines plus tard, le dirigeant de ce groupe a littéralement disparu, sans qu'on s'ache s'il a été inquiété par les autorités de Pékin. Il a fini par revenir, pour siphonner une bonne partir de l'abondante trésorerie de l'entreprise, au détriment de l'investissement promis.

Il serait plus intéressant de conserver ADP, d'encaisser ses dividendes et de les affecter au désendettement

François Lenglet
Partager la citation

En clair, cette privatisation a été une catastrophe, au point que l'État voudrait aujourd'hui que le Chinois revende. A dire vrai, il y a eu quand même depuis deux autres privatisations qui ont été engagées, l'aéroport de Nice et celui de Lyon. Et ça ne semble pas se passer du tout aussi mal. 

Qu'est-ce qu'on va faire de l'argent ? Les recettes de privatisations auraient deux emplois : désendetter le pays et constituer un fonds pour l'innovation de 10 milliards, qui rapporterait 2 à 300 millions par an pour financer l'innovation.

La politique du sapeur Camember

Le paradoxe, c'est qu'ADP rapporte aujourd'hui à ses actionnaires du 4% après impôt (c'est en tout cas le résultat 2017). Ce n'est pas rien aujourd'hui, c'est mieux que le livret A. Quel est l'intérêt de vendre une entreprise qui rapporte du 4%, pour faire des investissements dans le fonds de l'innovation qui ne sont pas sûr du tout de faire 4% ? Pourquoi ne pas mettre la participation ADP directement dans le fonds et en conserver ainsi la propriété ?

Quant à se désendetter, c'est une noble entreprise. Mais quel est l'intérêt, là encore, de vendre une entreprise qui rapporte autant alors qu'on s'endette aujourd'hui à 0,9% par an sur dix ans ?

Il serait bien plus intéressant de conserver ADP, d'encaisser ses dividendes et de les affecter au désendettement. Toute cette affaire fait penser à la politique du sapeur Camember, qui bouche un trou en en creusant un autre.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Économie Aéroports de paris Aéronautique
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792538186
Privatisation d'Aéroports de Paris : une fausse-bonne idée ?
Privatisation d'Aéroports de Paris : une fausse-bonne idée ?
ÉDITO - L'État pourrait lâcher du lest dans sa participation dans les deux aéroports parisiens (Orly et Roissy). Le journaliste François Lenglet émet quelques réserves sur cette opération.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/privatisation-d-aeroports-de-paris-une-fausse-bonne-idee-7792538186
2018-03-08 09:51:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/1TNdTS0lrI2ZZDJ8Y2GpCA/330v220-2/online/image/2018/0104/7791691609_l-aeroport-de-roissy-charles-de-gaulle-illustration.jpg