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“On n’en guérit pas” : sur RTL, le témoignage poignant de Frédéric Pommier sur les viols subis durant son enfance qui entend "rendre justice au garçon" qu'il était

Dans "Derrière les arbres", le journaliste Frédéric Pommier raconte les viols subis dans son enfance. Invité de RTL ce mercredi 29 avril, il revient sur ces violences longtemps enfouies, sur la mémoire qui ressurgit et sur son combat pour "rendre justice" au petit garçon qu’il était.

Frédéric Pommier, journaliste et auteur, face à Céline Landreau le 29 avril 2026

Crédit : RTL

Frédéric Pommier brise le silence sur les viols subis durant son enfance pour "rendre justice au garçon" qu'il était

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Céline Landreau

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Son livre ne laisse pas indifférent. Dans Derrière les arbres, Frédéric Pommier raconte l’histoire de "l’enfant" qu’il a été, violé à plusieurs reprises entre 4 et 7 ans par quatre hommes, dont un proche devenu plus tard une figure politique.

Invité de Céline Landreau sur RTL ce mercredi 29 avril, le journaliste a expliqué sa démarche : "Ce qui était indispensable, c’était d’écrire ce livre, d’essayer de me laver de cette histoire, de la mettre à distance."

S’il a choisi de ne pas nommer l’homme politique qu’il accuse, certains médias ont évoqué l’ancien maire d’Alençon, qui a nié les faits et a annoncé vouloir porter plainte. Une réaction qui a laissé Frédéric Pommier perplexe : "Cette plainte, jusqu’à présent, n’existe pas. C’est compliqué pour moi d’évoquer une plainte qui n’existe pas (…) Quand moi, ça fait plus de 40 ans que j’essaie de me réparer, cette phrase est d’une violence inouïe."

"Se cacher et boire sa honte"

L’avocat de l’élu a évoqué la prescription pour expliquer l’impossibilité d’un procès pénal. Un argument qu'a vivement rejeté le journaliste : "La prescription, elle empêche simplement une condamnation d’ordre pénal. C’est tout (…) Sa seule attitude un petit peu digne serait de se cacher et de boire sa honte."

Frédéric Pommier a rappelé qu’il a lui-même déposé plainte par le passé, donnant lieu à une confrontation durant laquelle les faits ont été niés. Mais au-delà du judiciaire, l’essentiel est ailleurs : "Parler pour le petit garçon que j’ai été (…) et pour tous les autres qui n’ont pas pu se défendre."

Des souvenirs fragmentés, revenus à l’âge adulte

Pendant des décennies, les violences sont restées enfouies. Seules persistent des images floues, récurrentes, incompréhensibles. "Toute ma vie, je me suis réveillé avec les mêmes images (…) un petit bonhomme minuscule et un géant", a-t-il raconté.

C’est à 34 ans, après une agression sans caractère sexuel dans le hall de son immeuble, que tout a basculé. "Le fait de m’être défendu a ouvert une case dans mon cerveau (…) qui m’a permis d’accueillir progressivement les souvenirs des différentes agressions".

Peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblent, révélant aussi leurs conséquences : insultes envers lui-même, violences - "je me donnais des coups" - et "des voix dans la tête pendant de longues années".

Une enfance marquée par la honte et le silence

Malgré des parents "aimants" et "attentifs", l’enfant n'a pas réussi à s'exprimer. "Quand on est petit, on n’a pas les mots. On ne comprend pas ce qui nous est arrivé", explique le journaliste.

À cela s’ajoute la manipulation des agresseurs : "Quand l’adulte nous dit 'ce sera notre secret' (…) ou pire 'je savais que tu en avais envie' - à sept ans - ça veut dire qu’on sait que le coupable, c’est nous." Le silence s’est installé, nourri par la honte. "Tout le chemin de reconstruction, c’est se défaire progressivement de la culpabilité", a-t-il insisté.

"Un crime qu’on porte à vie"

À l’adolescence, cette souffrance s'est traduite par des comportements à risque : alcool, sexualité excessive, mise en danger. "C’est la recherche de la mort (…) se dire peut-être que si je n’existais pas, j’arriverais à être plus en paix."

Aujourd’hui encore, Frédéric Pommier l'a affirmé : "On ne guérit pas de ça. On peut apprendre à vivre avec." Et écrire a constitué une étape essentielle : "Mettre les traumatismes dans des cases qui les transforment en souvenirs acceptables (…) mais on ne guérit pas."

"Derrière les arbres" de Frédéric Pommier

Crédit : Flammarion

À travers ce livre, le journaliste a voulu redonner une voix à l’enfant qu’il a été. "La justice ne lui rendra pas justice. Donc moi, je dois lui rendre justice." Un combat qui dépasse son histoire personnelle : "Parmi tous ces petits garçons et toutes ces petites filles, il y en a encore qui ne peuvent pas raconter (…) et il y en a beaucoup qui en sont morts". Aujourd’hui, a-t-il conclu, cet enfant "a gagné parce qu’il est en couverture sur ce livre. Et parce qu’il n’est pas mort."

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