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La façade de l'université de La Sorbonne à Paris le 1er mai 2024.
Crédit : Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Ce vendredi 19 juin débute la phase complémentaire, puis dès la fin du mois ce sera le début de l'examen des dossiers des nombreux candidats qui souhaitent intégrer un Master à la rentrée. Lancé en 2023, le dispositif Mon Master vise à simplifier l’accès aux formations de master et à mieux répartir les places disponibles dans l’enseignement supérieur. Cette année, près de 270.000 étudiants ont déposé leurs candidatures sur la plateforme, avec jusqu’à quinze vœux en formation classique et quinze en alternance.
Mais contrairement à Parcoursup, où les établissements transmettent directement les dossiers des candidats, Mon Master repose sur un système déclaratif. Les étudiants téléchargent eux-mêmes leurs relevés de notes, lettres de motivation, rapports de stage et autres documents nécessaires à l’examen de leur candidature.
Une faille qui inquiète de nombreux enseignants. "Rien n’est certifié, tout est déclaratif (…) Et aujourd’hui c’est plus facile de demander à une IA de créer un faux", souligne Ioana Galleron, vice-présidente formation à l’université Sorbonne Nouvelle. L’établissement a identifié cinq ou six cas avérés de fraude en 2025 et nourri des soupçons concernant une centaine de dossiers.
Pour les responsables de master, les falsifications de relevés de notes sont loin d’être exceptionnelles.
"C’est assez fréquent qu’ils truquent leurs bulletins", affirme Philippe de Peretti, directeur d’un master d’économie statistique à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. Chaque année, il examine manuellement près de 1.400 candidatures pour seulement 30 places.
En 2025, deux étudiants ont été sanctionnés par la commission disciplinaire de l’université. Le premier avait obtenu une admission en master grâce à une moyenne de 16/20 affichée dans son dossier, alors qu’il n’avait même pas validé sa licence. Après vérification dans les archives de l’université, il a écopé de quatre ans d’interdiction d’inscription dans l’enseignement supérieur.
Le second présentait un dossier jugé excellent. Mais ses enseignants ont rapidement constaté un décalage entre son niveau réel et ses résultats annoncés. Une demande adressée à son université d’origine a révélé qu’il affichait en réalité 10/20 de moyenne, contre 15/20 dans son dossier de candidature. Il a été sanctionné de deux ans d’interdiction, dont un avec sursis.
Le principal problème, selon les responsables universitaires, est l’absence de moyens de contrôle systématique. "On n’a pas de recours parce que les étudiants ne sont pas scolarisés chez nous. On n’a pas de motif pour rejeter un dossier douteux", regrette Philippe de Peretti.
Pour Jean-François Caulier, vice-président chargé de la formation à Paris-1, ces fraudes ont des conséquences directes sur les admissions. "Sur 20 places, si trois ont fraudé et sont pris, c’est trois étudiants évincés et qui auraient été pertinents", explique-t-il.
Les établissements ne peuvent pas vérifier chaque dossier auprès des universités d’origine, une démarche jugée matériellement impossible compte tenu du nombre de candidatures reçues.
Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, cinq sanctions disciplinaires ont été prononcées jusqu’à présent dans le cadre de fraudes liées à Mon Master. Trois plaintes pénales pour falsification de documents ont également été déposées.
À l’université Paris-Saclay, un étudiant admis en master de management grâce à un dossier falsifié a ainsi été exclu de l’enseignement supérieur pour deux ans. Une décision toutefois suspendue par la justice administrative, qui a estimé la sanction disproportionnée et relevé un problème de compétence dans la procédure.
Pour l’avocat Théo Clerc, qui défend chaque année plusieurs étudiants mis en cause, la fraude est souvent motivée par la peur de l’échec. "Au-delà du stress, c’est plutôt de l’angoisse de se retrouver pour la première fois sans rentrée scolaire ni diplôme pour chercher un emploi", explique-t-il.
Face à ces difficultés, les enseignants tentent de développer de nouveaux outils de détection. Certains établissements organisent davantage d’entretiens oraux ou confrontent les résultats académiques affichés à la qualité du projet de recherche présenté.
Philippe de Peretti cite le cas d’un candidat affichant d’excellentes notes mais incapable de répondre à deux questions techniques élémentaires lors d’un entretien. Son dossier n’a finalement pas été retenu.
Pour plusieurs universitaires, la solution passerait surtout par la création d’une plateforme centralisée où les établissements déposeraient directement les relevés de notes certifiés des étudiants, à la manière d’un "coffre-fort" numérique.
Le ministère assure que des évolutions techniques sont actuellement "en cours de développement". "L'objectif est de permettre, dès la prochaine campagne Mon Master, un pré-remplissage des données des candidats relatives à leur cursus post-baccalauréat". France universités, association qui réunit les présidents d'établissements, n'a pas souhaité s'exprimer sur ce sujet.
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