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"Là, on est dans la merde" : un ex-pilote capturé en Bosnie après s'être éjecté de son avion raconte sur RTL son opération de sauvetage

Capturé après l'éjection de son avion lors d'une mission de l'OTAN en Bosnie, José Souvignet revient sur les épreuves traversées et partage, sur RTL, son regard sur la situation du pilote américain disparu en Iran.

Le lieutenant José Souvignet (C) et le capitaine Frédéric Chiffot (D), le 15 décembre 1995, quelques minutes après leur arrivée sur la Base aérienne 133 de Nancy-Ochey.

Crédit : ERIC CABANIS / AFP

José Souvignet, ex-pilote capturé en Bosnie, est l'invité du mag

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Vincent Parizot & Jérémy Descours

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Ancien militaire de l'armée de l'air, José Souvignet a vécu l'une des expériences les plus extrêmes pour un pilote : l'éjection en zone hostile, suivie de la capture. En 1995, lors d'une mission de l'OTAN en Bosnie, son avion est abattu. Contraint de s'éjecter avec son pilote, il est fait prisonnier et restera détenu pendant 104 jours. 

Sur RTL, ce samedi 4 avril, José Souvignet livre son témoignage qui permet de mieux comprendre ce que peut vivre le pilote américain toujours porté disparu en Iran après avoir été éjecté de son avion.

Car ce 30 août 1995, tout bascule en quelques secondes. "Vous passez d'un moment où vous êtes en train de faire ce qu'on appelle une ressource après avoir largué vos bombes et d'un seul coup, vous sentez un choc assez impressionnant et toutes les alarmes s'allument dans votre avion. Là, vous savez que ça va être très, très compliqué", confie-t-il sur RTL.

Vous prenez 20G. 20G, c'est-à-dire que vous pesez 20 fois votre poids.

José Souvignet, ancien pilote, sur RTL

Très vite, la situation devient critique. José Souvignet explique que la décision de s'éjecter ne laisse quasiment aucune place à l'hésitation. En voyant l'appareil en feu, il alerte immédiatement son pilote : il faut quitter l'avion. "La décision, elle est prise en quelques secondes (...) c'est des secondes qui paraissent assez longues quand on est dans l'action", assure-t-il. 

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L'éjection, elle-même, est un moment très violent : "Vous prenez 20G. 20G, c'est-à-dire que vous pesez 20 fois votre poids. (...) La séquence d'éjection, c'est de l'ordre de deux secondes et vous vous retrouvez très rapidement sous le parachute". 

Puis, soudain, le contraste : après le chaos, le silence. "Vous passez d'un espace où tout est bruit et fureur (…) au calme, sous le parachute", poursuit l'ex-militaire. Et dans ce moment suspendu, une pensée lui traverse alors l'esprit : "Je me souviens très bien avoir pensé : là, on est dans la merde." 

Le capitaine Frédéric Chiffot (G) et le lieutenant José Souvignet (C) sont faits chevaliers de la Légion d'honneur par le président de la République Jacques Chirac, le 18 avril 1996 aux Invalides à Paris.

Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP

"J'ai vu que ma cheville était à 90 degrés"

Au sol, la réalité rattrape rapidement les deux militaires. Tous deux blessés à la cheville sans s'en rendre compte immédiatement, ils comprennent vite qu'ils ne pourront pas fuir.

"Quand j'ai voulu me lever, je suis retombé. J'ai vu que ma cheville était à 90 degrés... Quand on est blessé comme ça, on ne peut pas se sauver. On sait qu'on va être fait prisonnier très rapidement", rembobine José Souvignet sur RTL. 

Leur équipement de survie est limité, insuffisant face à des forces ennemies nombreuses. Comme les pilotes aujourd'hui, ils disposent toutefois d'une balise de détresse permettant de signaler leur position, un élément clé dans ce type de situation.

"Je me suis réveillé et j'ai pensé à ce pilote"

Concernant le pilote américain actuellement recherché en Iran, José Souvignet reste prudent mais estime qu'il a probablement été localisé. "Tout est mis en œuvre à ce moment-là pour le retrouver. C'est la mission la plus complexe qui existe, la mission de Combat Search and Rescue (Recherche et sauvetage au combat, NDLR)", explique-t-il.

Car ces opérations d'exfiltration sont particulièrement risquées, comme le confie l'ancien militaire sur RTL : "C'est très dangereux. Les gens qui y vont savent pertinemment quels sont les enjeux. Ce sont des gens extrêmement courageux".

Si le pilote américain n'a pas encore été retrouvé, c'est peut-être, selon lui, qu'il a réussi à se cacher - une chance fragile, mais réelle. Une situation qui crée une forme de solidarité immédiate entre aviateurs. "Je vous avoue que dans la nuit, je me suis réveillé et j'ai pensé à ce pilote. Je me suis donc levé pour regarder un peu les infos et j'ai vu qu'il n'y avait pas de nouvelles..."

Pour José Souvignet, chaque heure compte. Et dans ce type d'opération, la nuit offre souvent les meilleures chances de réussite. En attendant, quelque part sur le terrain, le temps s'étire pour ce pilote traqué, comme il s'était étiré, autrefois, pour lui.

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